La classe prépa : guide de survie

Les classes prépa sont aussi prestigieuses que redoutées. Entre camaraderie et sélection, comment survivre à un an de khôlle et de concours blanc ?

La classe prépa : guide de survie

Les classes prépa, littéraires, scientifiques ou économiques, se déroulent en un à deux an(s) après le bac et préparent aux concours des Grandes Écoles. Parmi ces dernières, on trouve les Grandes Écoles d’ingénieur, de commerce, Science Po

Pour ma part, après un an d’hypokhâgne, j’ai pu intégrer… la fac. Mais je ne regretterai jamais ce passage en classe prépa : entre techniques de méthodologie et amitiés de longues dates, j’ai pu retirer beaucoup de choses de cette année très particulière !

À qui s’adressent les classes prépa ?

Environ 80 000 étudiant-e-s, toutes filières confondues, entrent chaque année en prépa. Il s’agit certes d’élèves ayant de bons résultats, mais pas forcément de très fortes têtes.

Tristement sans surprise, les filles sont sous-représentées dans les classes préparatoires scientifiques dont elles forment seulement 38% des effectifs, et sur-représentées en classes littéraires, où leur pourcentage atteint 75%.

Mais le plus gros point noir est au niveau de l’égalité d’accès pour tous en classe prépa : 51% des étudiant-e-s de classe préparatoire sont en effet issus de milieux favorisés.

Paradoxalement, les classes prépa sont aussi un facteur d’égalité des chances car elles ne nécessitent pas beaucoup d’argent au moment de l’inscription : l’État dépense pour un-e étudiant-e en classe prépa le double de l’argent investi pour un-e étudiant-e en faculté. C’est l’occasion pour quelqu’un n’ayant pas les moyens d’investir dans une école de se garantir la meilleure formation possible et un dossier scolaire de haut niveau.

Parce que leur finalité est éminemment sélective, les classes prépa sont redoutées et considérées comme plus difficiles que la fac. Ce n’est pas toujours le cas ! D’abord parce qu’il existe des parcours « d’excellence » en fac, ensuite parce que la difficulté reste une notion bien subjective. On peut tout à fait s’épanouir et rechercher l’excellence scolaire à l’université !

En fait, la classe prépa c’est avant tout un cadre qui bien souvent rassure ceux et celles qui, en terminale, n’ont pas encore pris de grandes décisions concernant leur orientation, mais savent déjà qu’ils et elles se destinent à de longues études.

Y en a même chez qui le goût pour les longues études est plus précoce… 

Dans tous les cas, ne t’inquiète pas : avec un peu d’astuce et quelques bons conseils, les classes prépa vont te sembler beaucoup plus sympathiques ! 

Communique à foison

Ces filières semblent être le monde de la performance individuelle. Les classements seront bientôt là pour te le rappeler… Mais ce n’est qu’une illusion ! Dans la grande majorité des classes prépa, tu peux en réalité compter sur une vraie dynamique de groupe : profites-en pour partager ton ressenti, t’ouvrir aux autres.

À tes « petits camarades » déjà, parce qu’ils passent par les mêmes épreuves que toi. Un groupe de travail soudé promet des heures en bibliothèque bien plus paisibles.

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Et si un jour tu sens que tu perds pied, n’hésite pas à aller leur en parler sans honte : il est fort probable qu’eux aussi soient passé par là durant l’année. En prépa, il faut vraiment compter sur l’esprit d’équipe !

« Attention, c’est une épreuve de 6h camarade, la calculette est autorisée, je répète, la calculette est autorisée ! »

Tu peux aussi compter sur le soutien de tes professeurs : ils passent du temps à vous former, et vous êtes peu nombreux. À la fin de l’année, les plus impliqués d’entre eux vous connaîtront donc plutôt bien, et ils seront à même de vous conseiller en matière d’orientation mais aussi, de façon plus générale, de vous rebooster quand cela est nécessaire.

Au milieu de mon hypokhâgne, j’étais fatiguée et je ne voyais pas trop où tout cela allait me mener. J’ai pu compter sur mon prof de latin pour me tirer gentiment les oreilles : il était temps de me donner à fond, si je voulais obtenir des résultats, et de ne plus rester aussi passive. Ce conseil m’a suivie tout au long de ma scolarité et m’a permis de relever des défis que ma tendance à la paresse m’aurait condamnée à échouer !

Pense à ton orientation dès maintenant

Le problème des prépa, c’est qu’elles ont tendance à endormir légèrement l’esprit. On bachote, on bachote, et un beau jour la fin du cursus arrive et il faut choisir son orientation.

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Bien sûr, tu as encore du temps pour faire tes choix, et il ne s’agit pas de prendre une décision définitive… mais plutôt de te renseigner constamment sur les différentes options qui te sont offertes. Connais-tu bien toutes les formations proposées par les facs de ta région ? Les différents concours possibles après ta prépa ? Car ce n’est pas en juin que tu pourras prendre ces décisions, dans la panique et entre deux concours !

N’hésite donc pas à faire une liste de toutes les formations que tu croises durant l’année et qui pourraient te plaire, avec dans un coin de ta feuille, les différentes dates et modalités d’inscription… juste au cas où !

Apprends à lâcher prise

En prépa, il est parfois difficile de savoir lâcher du lest. On veut tout réussir, être le meilleur partout, et on panique dès qu’on est dans la moitié faible de la classe. Ou on peut carrément abandonner dès le départ, convaincu-e qu’on n’y arrivera jamais, de toute façon…

La classe prépa, c’est une affaire d’endurance. Peu importe ce que tu feras plus tard, ce n’est pas ta capacité à être le premier qui intéressera tes évaluateurs. Ils sont d’ailleurs fréquents, les cas où un élève discret finit par obtenir le concours de l’École Normale Supérieure à force de travail continu, et où les génies brillants trop sûrs d’eux finissent par ne pas obtenir l’école de leurs rêves !

Savoir lâcher prise, ça veut aussi dire te souvenir des passions qui t’animent. Il faut savoir en user comme d’un muscle, et travailler ta curiosité de façon à ce que même les jours un peu nuls, tu puisses porter un regard d’enfant le jour de Noël sur les déclinaisons grecques et autres algorithmes. Bon, peut-être pas comme le jour de Noël, mettons… Pâques ? La Chandeleur ?

Travailler son lâcher-prise, ça veut aussi dire se réserver de vrais moments régressifs : pourquoi pas le dimanche soir, après 20h, devant un Disney, en slip, un bol de cacahuètes à la main ? Après tout, prépa ou pas prépa, on n’a jamais que 18 à 20 ans !

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Travaille tes points faibles

Il est tentant, en prépa, d’avoir des matières préférées — celles dans lesquelles on se sent à l’aise, ou dont le prof est sympa. Or le but de la classe prépa n’est pas de favoriser des profils en dents de scie.

Un travail constant sur tes points faibles te permettra d’avoir un profil plus harmonieux, et il vaut mieux avoir 9 partout que 15 dans deux matières et 5 dans d’autres par exemple.

Mission impossible ?

« C’est très important Ginette, rappelle-toi, c’est quoi la différence entre l’ablatif et le gérondif ? »

Laisse-moi te parler de cette jeune femme, à l’identité mystérieuse, qui commença l’année avec 2 en latin. Oui. 2. Et qui finit, sans aucune prédisposition, par atteindre, enfin, le 12 de moyenne tant espéré. Le secret de cette transformation ? Nulle potion magique, simplement des heures et des heures passées à bouquiner un Gaffiot !

La prépa appartient à ceux et celles qui ont l’esprit bosseur, pas aux génies, et l’esprit bosseur, avec un peu de travail sur soi, ça s’apprend !

Apprends à contrôler la pression

Deux devoirs à rendre, trois khôlles à préparer et quatre livres à lire : tu n’y arriveras jamais ? Scoop : tou-te-s tes camarades sont dans la même situation que toi. Et tes profs en ont vu défiler, des armées entières d’étudiant-e-s ayant vécu exactement la même chose.

Une des qualités que développe la prépa, c’est ça : la capacité à gérer son temps. Elle te sera précieuse tout au long de tes études supérieures, et même après.

Ce climat de pression constante est voulu, parce que c’est ta capacité à gérer cette pression, et non pas à tout réussir comme par magie, qui est en réalité évaluée. Petit à petit, tu vas t’habituer à en faire deux fois plus, deux fois plus vite : à aller à l’essentiel.

Petite astuce en attendant : découpe consciencieusement chaque tâche en plusieurs étapes simples, et coche scrupuleusement chaque petite étape accomplie. L’idée est de progresser de façon continue, et pas de pondre 30 pages en une nuit. Petit exemple : le lundi, je rédige l’introduction, le mardi, la première partie, le mercredi je développe, etc.

Contrôler la pression, c’est aussi se remettre rapidement d’un échec. Car des échecs, il va y en avoir. Et pour tout le monde. Croyez-moi, quand j’ai commencé mon année, encore trop sûre de moi, et que j’ai reçu dès la deuxième semaine un beau 6 en philo, ça a calmé tout de suite mon ego !

Hum… Oui bon ok, c’était mérité. Mais ça pique toujours un peu…

Le bon étudiant en prépa n’est pas celui qui a 14 de moyenne tout le temps. C’est celui qui, après un échec, sait le digérer et se remettre à ses livres. Car personne ne passe jamais de 6 à 14 en deux semaines ! D’abord on vise le 8, ensuite la moyenne… Le pire ennemi de l’étudiant-e en prépa, c’est le découragement.

N’oublie pas de t’aérer un peu !

C’est peut-être ce qui marque le plus les ancien-ne-s étudiant-e-s de prépa débarquant dans l’ambiance de l’université ou des grandes écoles : c’est donc ça, le monde « adulte » ? Car si l’étudiant-e de prépa fait régulièrement la fête, sort et s’amuse, il/elle reste parfois un peu trop confiné-e… à ses classes. Classes qui se trouvent où ? Dans un lycée. Parfois le même que celui de sa terminale. Et ta prépa, si effrayante soit-elle au début, pourrait bien rapidement devenir une sorte de nouvelle famille… un peu envahissante.

C’est très positif, de se sentir bien dans son cocon, mais une bonne idée serait peut-être, s’il te reste du temps, d’en profiter pour te sortir la tête du guidon… et de la prépa. Un club de musique, un week-end à la montagne avec des amis, une sortie en famille… L’idée c’est de côtoyer des gens d’autres milieux, qui vivent d’autres réalités, histoire de se rappeler qu’il n’y a pas que les statistiques et rosa-rosam dans la vie !

Esprit d’équipe et curiosité à toute épreuve, te voilà armé-e pour survivre à cette première année d’études supérieures ! Ne te laisse pas décourager, je suis sûre que tu t’en sortira haut la main, et en cas de coup de mou tu peux toujours venir discuter sur le forum !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kamel0tt
    Kamel0tt, Le 20 septembre 2014 à 20h13

    Je voulais moi aussi partager mes impressions sur cet article / la prépa en général.
    Pour ma part j'ai fait une PCSI puis PC dans un lycée de prépa de province situé sur Grenoble.
    Globalement, je conseillerais ce parcours à n'importe qui, même si, vous avez raison, il n'est pas "fait" pour tout le monde...

    Mais il faut tenter sa chance là aussi!! Et c'est une chance formidable non, quand on vient d'un milieu relativement modeste, qu'on se pointe là par hasard en sortant d'un lycée moyen (mon cas) et qu'on nous offre 2 ans d'études à moins de 150 balles, et qu'on arrive à entrer dans une école d'ingé pour faire un métier que je juge intéressant et gratifiant (et bien payé, mais cela reste accessoire ;-) )

    Faut pas se mentir, oui c'est très dur. Oui, surtout, tout le monde ne vit pas sa prépa de la même façon...
    J'ai plutôt bien vécu la mienne, même si je me suis pris une claque monumentale en année 1 (je sais pas si ça vous a fait le même effet les filles mais pinaise!) et que j'ai eu un prof de Maths qui me saquait, et qui à la fin d'une khôlle m'a assassinée avec une note de merde en me demandant ce que je faisais en prépa, que " ça servait à rien que je m'entête".
    Ces gens-là, ça sert à rien de les écouter et encore moins de leur donner du crédit. La prépa, c'est juste un "objectif concours", et rien d'autre. En entrant là, c'est la seule chose qui compte. Il y aura des difficultés, des gens qui chercheront à vous détourner de cet objectif, mais il faut garder à l'esprit qu'avoir le concours est la raison d'être de la prépa! Ne vous laissez pas démoraliser ou abattre et malgré les notes / remarques de merde (ça fait partie du "milieu"), il faut continuer à croire en soi!!  Parce qu'au final ça paye :-)
    Une fois qu'on est arrivée en école après avoir sué sang et eau pendant 2 ans voire 3, on est contentes croyez moi!

    Et ça vaut pas que le coup pour ça... J'ai gardé des potes de lycée mais en prépa j'ai trouvé parmi mes meilleures amies aujourd'hui, parce que passer par la prépa ensemble ça rapproche! Et les moments où on décompressait comptent parmi les meilleures soirées/weekends de mes années d'études (je vais être diplômée, enfin :-D!)!
    Et réussir à entrer dans une bonne et cool école (pour moi, les Mines) à force de détermination et de travail, bien entourée par certains profs et ami(e)s, alors qu'on est pas forcément bien parties au début, ça a été un des plus grands accomplissements de ma vie personnellement, et je ne regrette certainement pas d'avoir fait une prépa! C'est ce qui a fait ce que je suis aujourd'hui...

    En conclusion, il faut s'accrocher et croire en soi malgré tout dans la vie! Courage à toutes les étudiantes (et diplômées), en fac, DUT, BTS, et prépa! :-)

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