AFS Vivre Sans Frontière – J’ai accueilli une étudiante norvégienne

Caliodë vous raconte l’accueil d’une étudiante norvégienne sous son toit ! — Article publié le 20 juillet 2011 AFS Vivre Sans Frontière est une association créée en 1917 par des ambulanciers américains, et est vite devenue source d’échanges universitaires entre les États-Unis et la France. Aujourd’hui AFS propose des programmes de voyages divers sur tous […]

AFS Vivre Sans Frontière – J’ai accueilli une étudiante norvégienne

Caliodë vous raconte l’accueil d’une étudiante norvégienne sous son toit !

Article publié le 20 juillet 2011

AFS Vivre Sans Frontière est une association créée en 1917 par des ambulanciers américains, et est vite devenue source d’échanges universitaires entre les États-Unis et la France. Aujourd’hui AFS propose des programmes de voyages divers sur tous les continents, dont le plus usité est l’année d’étude à l’étranger pour les 15-18 ans.

Ainsi, des milliers de jeunes du monde découvrent de nouveaux pays chaque année. Cette année, ma famille et moi avons accueilli une jeune Norvégienne de 17 ans (le même âge que moi). À la veille de son retour chez elle, je vous livre un témoignage de cet échange profond qui m’a appris sur la Norvège autant que sur ma propre culture, qui m’a agacée ou lassée parfois, mais qui m’a offert un cadeau merveilleux : une sœur.

Pourquoi avoir tenté l’aventure AFS ?

Il se trouve que, mon frère et ma sœur ayant déménagés, je me suis trouvée l’année dernière seule enfant dans la maison familiale, et que ce statut était un peu pesant. De leur côté, je pense que mes parents s’ennuyaient des repas de famille qui ont animé mon enfance.

L’idée d’accueillir un étranger a pointé son nez quand une connaissance de la famille a raconté son accueil d’un Vénézuélien. Puis un jour, ma mère est rentrée de chez une amie avec 4 mots écrits sur une serviette en papier : « AFS Vivre Sans Frontières ».

Le processus était lancé, 3 jours plus tard notre dossier de famille d’accueil à un jeune étranger était envoyé. Ensuite, tout s’est précipité.

Des bénévoles de l’association sont venus visiter notre maison, puis les dossiers de 4 candidats ont été envoyés. Le choix ne fut pas difficile : nous avons choisi cette jeune Norvégienne car elle aimait les chiens (et que ma chienne déprimait depuis le départ de mon frère), qu’elle parlait déjà un peu français, mais surtout, car nous avions tous trois un certain feeling avec son dossier (extrêmement précis d’ailleurs : je connais actuellement la date de circoncision d’un Suédois de 16 ans qui fait de la danse folklorique).

Hanne, ma soeur Hanne…

Quelques semaines plus tard, je rencontrais Hanne (à prononcer « Hanneu ») sur Facebook. Le jour de son arrivée (celui de la Braderie de Lille, soit la moitié de la population dans le métro) fut délicat. Peut-être n’aurions-nous pas dû lui faire la bise vu le voile de terreur dans son regard après ce geste de présentation…

Très vite s’est installée une triple barrière entre nous.

Déjà, la barrière de la langue : que ce soit avec notre niveau d’anglais ou son niveau de français, pas question de faire du second degré les 3 premiers mois. Avec en plus des problèmes de traduction tel un « Mais, tu ne parles pas beaucoup, tu ne vas pas bien ? » qui fut pour elle un « mais t’es pas bien dans ta tête toi ! » et qui finit dans des larmes d’incompréhension…

D’autre part la barrière culturelle. Par exemple, en Norvège, il est malpoli de se moucher en public. Imaginez-vous le mal-être d’Hanne dans une classe de 35 élèves au mois de novembre ! Et encore, la Norvège n’est pas si différente de la France. Une pensée pour ceux qui accueillent Japonais et Thaïlandais sans connaissance de notre alphabet…

Citons également la bise, si propre à la France, qui ressemble plutôt à un « collons-nos-muqueuses-sur-nos-joues-pour-se-saluer-même-si-on-ne-se-connait-pas » à l’internationale.

La troisième barrière, la plus délicate à faire tomber cette année, fut celle de la timidité. Car Hanne est très réservée. J’admire déjà le courage qu’elle a eu pour partir dans un pays dont elle n’a étudié la langue que pendant deux ans, sans voir ses parents pendant 10 mois, surtout en étant incapable d’ouvrir la bouche face à une personne qu’elle ne connaît pas !

Très vite, les choses ont progressé. L’immersion totale est sans conteste le meilleur moyen d’apprendre une langue. Et si, en septembre, ses camarades lui écrivaient des devoirs qu’elle ne comprenait pas sur son agenda, quelques mois plus tard, Hanne a passé son bac français avec brio.

Hanne, la France, la Norvège, et moi

Je pourrais vous détailler toute l’épopée que fut cette année scolaire pour Hanne, les premiers échanges téléphoniques incompréhensibles, la tristesse de Noël, ses couchers à 20h à cause de la fatigue mentale, son premier rêve en français. Mais non. Je suis venue vous raconter mon point de vue de la chose. Pour une raison simple : je le connais mieux.

Si au quotidien, la présence scandinave était discrète, ne filtrant que dans les suggestions Google incompréhensibles, les sous-titres en permanence à la télévision, les deux affreuses (désolée, Hanne, si tu me lis, mais je ne vais pas mentir, elles sont moches) figurines traditionnelles de Noël sur la cheminée, elle fit une subtile percée dans mon cœur.

En effet, en 10 mois, j’ai découvert la Norvège, ses 4,6 millions d’habitants, sa neige à Halloween, ses trolls, son saumon, ses paysages sublimes, son fromage brun et sucré, son IDH au premier rang mondial. D’ailleurs, gentes Mademoizelles, apprenez que NON, le Père Noël ne vit PAS en NORVÈGE, mais au pôle Nord !

Mais j’ai aussi découvert la France à travers les yeux de Hanne : les boulets qui te demandent un 06 en voyant ton short ne sont pas un produit mondial, par exemple. Et la langue française… Combien de fois ai-je cherché un mot dans le dictionnaire pour pouvoir l’expliquer ? Combien de règles de grammaire ai-je redécouvert pour les décrire à Hanne ?

J’ai aussi beaucoup appris sur ma culture et ma famille. Car Hanne, ma « sœur d’accueil », m’a apporté un regard neuf sur mon environnement : quand elle se plaignait de mes parents, quand elle critiquait ma façon de faire, quand elle exposait le « comment on fait en Norvège ».

En Norvège, les lycéens travaillent sur ordinateur, on mange du fromage avec de la confiture, et les cantines n’existent pas : on mange un sandwich. La Norvège ne traduit pas les films étrangers, elle met des sous-titres. C’est plus rentable, et ses 4,6 millions d’habitants ont donc un excellent niveau d’anglais. Une pince à cornichons s’y appelle « pince à saucisses ».

Cependant, cette expérience ne m’a pas servi qu’à découvrir. J’ai aussi ri, soupiré, attendu, appris, accepté, patienté. Hanne a utilisé les expressions « lessive de tête » et « jambe qui dort » pour parler de lavage de cerveau et fourmis dans les jambes. Hanne attend le bus à l’arrête, fait brûler de l’inceste pour parfumer une pièce et tire sur des gens avec un Pistoule.

La farouche étrangère des premiers jours est devenue ma sœur complice, avec qui je partage mes ragots, me bats pour aller aux toilettes en première, et à qui je fais des câlins quand je suis fatiguée. Malgré toutes nos différences de culture et de valeurs, nous partageons énormément de moments et de souvenirs.

Dans 5 jours, elle rentre chez elle, et bien que mon été soit chargé, elle va terriblement me manquer, et je me sentirai bien seule devant les prochaines saisons d’Esprits Criminels. L’année prochaine, j’accueillerai un étudiant de 15 ans originaire des États-Unis. Le premier petit frère de ma vie. Je partagerai sûrement avec lui des choses inoubliables, et je perdrai probablement beaucoup de préjugés sur son pays.

L’année suivante, mes parents voudront probablement accueillir une personne d’Amérique du Sud, continent que nous connaissons peu. Mais jamais rien, ni personne, ne pourra remplacer ma sœur norvégienne.

Mise à jour du 15 avril 2014

Des nouvelles de l’AFS

Cela fait 3 ans déjà qu’Hanne est partie. Tellement de choses se sont passées depuis !

J’ai accueilli deux autres personnes : Lucas, un Américain de 15 ans puis Daniella, une Chilienne de 17 ans. Si les relations quotidiennes étaient chaleureuses avec Lucas, sa tendance à ne pas respecter complètement les règles a fait que sa relation avec moi était moins profonde et fraternelle qu’avec Hanne, car je me sentais un peu bloquée entre mes parents et lui.

Disons que j’expérimentais le rôle de grande sœur pour la première fois, et ce n’était pas évident. Mais nous avons eu nombre de conversations passionnantes sur nos cultures et nos pays.

Avec Daniella, ça a été un coup de foudre. Composée d’un mètre soixante de tendresse et d’énergie, elle a apporté tellement de joie dans notre famille. Plus qu’une sœur, elle a été une vraie amie pour moi !

On a visité Paris ensemble. Elle m’a appris le Rapa Nui, la danse de l’île de Pâques, et nous en avons même fait au spectacle de mon école de danse, où elle s’était inscrite. Et puis on a regardé Glee et Game of Thronesensemble. Et on a tous pleuré à son départ, tellement fort. Aujourd’hui encore, je vois des larmes dans les yeux de mon père et ma mère quand je parle d’elle…

Cette année, comme j’ai quitté la maison de mes parents, ils n’ont pas voulu accueillir à nouveau, mais ma mère a décidé de devenir bénévole au sein de l’association. Puis de fil en aiguille je le suis devenue aussi.

J’ai participé à deux week-ends de suivi des accueillis et un week-end de sélection des partants. Ce sont donc une quinzaine de jeunes cette année que j’ai vu grandir, progresser et évoluer. Et je me suis portée volontaire pour les accompagner à Paris pour leur week-end de départ, pour leur dire adieu, et je pense pleurer encore en les voyant prendre leurs avions ! D’autant que mes parents sont devenus, par la force des choses, famille d’accueil temporaire…

En effet, cette année plusieurs jeunes ont dû changer de famille car les relations ne se passaient pas bien. Heureusement les bénévoles sont très à l’écoute des jeunes et des familles, et, après avoir tenté de résoudre les conflits, mettent les premiers en famille d’accueil temporaire avant de leur trouver un nouveau foyer.

J’ai donc également passé quelques très bonnes soirées chez mes parents avec Aidan et Daniela. AFS est une aventure tellement extraordinaire qu’elle vous change à jamais…

En plus de l’ouverture culturelle et l’aventure humaine, j’ai désormais une famille agrandie, j’ai des points de chute sur 3 continents, et l’année prochaine, comme je vais passer 2 semestres en Amérique du Nord avec un programme universitaire, je rendrai visite à Lucas à Boston, Daniella au Chili pour Noël, et Hanne qui étudie en Virginie !

AFS a besoin de vous !

Si ce genre d’expérience vous intéresse, sachez qu’AFS cherche des familles pour l’accueil 2014-2015. Vous pourrez héberger, pendant 3 à 10 mois, un jeune de n’importe où dans le monde, que vous sélectionnez sur dossier.

C’est une aventure que je ne peux que vous conseiller, peu importe la configuration de votre famille. Un bénévole que je connais a même été accueilli par un homme célibataire qui prenait plusieurs jeunes en même temps !

Pour plus d’informations, ce journal contient des tonnes de témoignages, le site AFS est là, et ma boîte à MP est grande ouverte.

Vous avez encore du temps avant de vous lancer, jusqu’à juin-juillet je dirais, mais en vous y prenant plus tôt vous vous sentirez moins pressées au moment de choisir un jeune !

Alors, accueillir des jeunes du monde entier, ça vous tente ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Assbutt
    Assbutt, Le 9 mai 2016 à 22h40

    Et c'est en me perdant dans les méandres de Madmoizelle que je tombe sur un article qui parle d'AFS ! C'est marrant, ça m'a replongé 9 ans en arrière pour mon premier départ (vive les bourses), aaah,la nostalgie.
    Je suis bénévole en région paca depuis que je suis rentrée de mon deuxième programme (donc 6 ans, j'me sens vieille) et je m'éclate toujours autant avec les jeunes partants et accueillis ! J'ai 6 frères et sœurs d'accueil dans 3 pays différents, des amis éparpillés à travers le monde et ça c'est d'la balle. :danse:

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