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Franco-sino-vietnamienne, j’ai eu du mal à comprendre qui j’étais — Nos Racines

05 mar 2017 2
May Berthelot a des origines métissées, entre la France, la Chine et le Vietnam. Associées au racisme anti-asiatique, il lui a été difficile de comprendre son identité. Voici un nouvel épisode de notre série « Nos Racines ».

Un père franco-chinois, une mère vietnamienne et un nom de famille français. Un physique asiatique pour les caucasiens, un physique de métisse pour les asiatiques.

J’ai plusieurs origines, et cela a entraîné certaines questions : qui suis-je ? D’où je viens ? Pourquoi ce monsieur que j’ai croisé dans la rue me dit « Ni Hao » ?

Des origines entre le Vietnam, la Chine et la France

La famille de ma mère est vietnamienne mais sa grand-mère était française, il paraît qu’elle était rousse aux yeux verts.

Du côté de mon père, mon grand-père Jacques a épousé une chinoise, Yu Lien.

Mes parents sont nés au début des années 50 et ont grandi à Saïgon durant la guerre du Vietnam.

Mes parents sont nés au début des années 50 et ont grandi à Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh) durant la guerre du Vietnam.

Dès l’enfance, mon père a appris le français (comme son père), le chinois (comme sa mère) et le vietnamien (la langue du pays).

De la même façon, ma mère parlait depuis toute petite le français et le vietnamien.

À l’âge de 18 ans, quand le lycée français de mon père a été réquisitionné, il a rejoint le lycée Marie Curie, dans lequel était scolarisée ma mère.

Un soir, à la fin des années 60, mes parents allaient à une fête de lycéens et, n’ayant pas respecté le couvre-feu, ont été gentiment renvoyés chez eux par les militaires.

Ma mère m’a raconté qu’elle avait sauté à toute vitesse dans la dernière voiture qui quittait le lieu, une décapotable blanche MG (cataloguée « de fille ») avec une plaque intérieure portant l’inscription « MIMI ».

C’était la voiture de la grande sœur de mon père, Émilienne !

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L’installation forcée en France

En 1971, amoureux, ils sont partis faire leurs études supérieures en France — ma mère en fac d’anglais, mon père en école de commerce. Ils pensaient revenir ensuite vivre au Vietnam.

Cela n’a pas été le cas : le 30 avril 1975, l’État est définitivement tombé dans les mains des communistes.

Mes grands-parents ont quitté le pays dans le dernier avion Air France, mon oncle pilotait un des hélicoptères évacuant les gens depuis les toits à l’arrivée des chars vietnamiens, et sa femme aidait au tri des réfugiés sur l’île de Guam.

Un autre oncle, qui a refusé de partir, a été transféré dans un camp de redressement vietnamien.

Je suis née le 5 décembre 1990 à Paris.

Mon prénom est May. Ce n’est pas la mayonnaise Maille, ce n’est pas l’asiatique Meï : c’est simplement le mois de mai en anglais !

La découverte de mes origines

C’est seulement à l’adolescence que la question de mes origines s’est posée. Enfant, je ne me voyais pas du tout différente, j’étais une « petite Française » comme tout le monde.

On me disait juste que j’étais très petite mais sans plus.

C’est seulement à l’adolescence que la question de mes origines s’est posée.

Je pense que le « problème » a véritablement commencé en classe d’anglais, en terminale, quand un camarade de classe a imité ma mère avec un accent asiatique.

Je n’ai pas compris. Tout simplement car je n’avais jamais remarqué son accent et qu’aujourd’hui encore, je ne l’entends pas.

Mais cela a soulevé des questions, mis le doigt sur des différences avec mes camarades.

Pourquoi je grandissais moins vite que les autres ? Pourquoi on m’imitait avec les yeux bridés ? Pourquoi j’avais les cheveux lisses et noirs ? Pourquoi je chaussais du 35 ?

Pourquoi dans ma cuisine il y avait de la soupe Pho et de la blanquette de veau ? Est-ce que j’étais différente ?

Je me suis rendu compte que j’étais Française mais qu’on ne me considérait pas comme telle dans mon pays.

À lire aussi : J’ai testé pour vous… avoir des origines asiatiques

Le racisme anti-asiatique, un triste quotidien

Suite au sketch pathétique de Kev Adams et Gad Elmaleh, à l’assassinat d’un homme à Aubervilliers, la communauté asiatique s’est soulevée et commence à se faire entendre.

Voici mon top personnel des réflexions racistes que j’ai reçues :

  • « Pourquoi tu travailles dans la lutte anti-contrefaçon ? Ça vient de chez toi ces trucs. »
  • « Ni Hao » et « Ching chong », environ tous les mois, souvent par des mecs dans la rue.
  • « Est-ce que vous habitez dans le 13ème arrondissement ? »
  • « Est-ce que vos parents tiennent un restaurant chinois ? »
  • « Salut Katsumi ! », souvent en boîte.
  • « Tu t’es déjà tapé une asiat’ ? » « Non, c’est bizarre, je pourrais pas ! » « Je ne suis pas un animal, merci. », par 3 mecs plutôt chics en entrant dans un bar et sans aucune discrétion.
  • « Vous êtes une bouffeuse de chiens, comme les gens de votre race », par une vieille dame dans la rue qui promenait son caniche.
  • « Tu pourrais faire des nems ? »
  • « Et le business en Chine, ça se passe comment en ce moment ? »

Bien évidemment, entre amis, on s’autorise quelques petites boutades racistes et je ne suis pas contre.

Cependant, je rappelle à tou•tes que je ne passe pas mes soirées à coudre des faux jeans Diesel dans la cave avec ma famille, que je ne parle pas « asiatique » (qui n’est pas une langue), que je ne me nourris pas exclusivement de rouleaux de printemps et que je n’en suis par ailleurs pas un.

Ces remarques ont cependant fini par beaucoup peser, et par se superposer à mes questionnements identitaires et l’impression de ne pas être Française.

À lire aussi : Nos Racines – Romy et ses grand-mères chinoises

À la recherche de son identité

À l’âge de 19 ans, je ne pouvais plus continuer à me poser toutes ces questions et j’ai demandé à mon père de m’emmener au Vietnam pour la première fois depuis mes six ans.

Le premier soir, je suis tombée sur un serveur qui faisait la même taille que moi. En me baladant dans la ville, je me suis rendu compte que j’étais de taille normale.

Malheureusement, j’ai vite compris que je ne parlais pas la langue ou très mal, et qu’on se moquait de moi.

On me disait que je venais de Singapour, de Hong Kong, que j’avais des traits vietnamiens mais que je ne l’étais pas.

J’étais triste car je ne me sentais pas Française, ni Vietnamienne, ni Chinoise.

Au milieu du voyage, j’étais triste car je ne me sentais pas Française, ni Vietnamienne, ni Chinoise.

Durant cette semaine, mon père m’a emmenée voir son ancienne maison, celle de ma mère, leurs lycées et j’ai commencé à me sentir mieux.

Le dernier soir, il a demandé au chauffeur de s’arrêter devant un restaurant et il m’a dit :

« Le soir où les militaires nous ont chassés, c’est ici que j’ai emmené ta mère dîner. »

Toute l’histoire était retracée et reprenait son sens. Et j’ai pleuré pendant tout le trajet du retour.

Dans l’avion qui me ramenait à Paris, j’ai compris ce qui m’avait réconciliée avec moi-même : je n’étais pas l’une ou l’autre de mes origines, j’étais à la fois Française, Vietnamienne et Chinoise.

Le métissage est une force et il n’est pas nécessaire de faire un choix.

Tous les témoignages
de notre série « Nos Racines »

– Retrouvez May Berthelot sur son blog !

À lire aussi : De la Grèce à la banlieue parisienne en passant par la Chine, je me sens citoyenne du monde

Les Commentaires
2

Avatar de Weena88
5 mars 2017 à 16h43
Weena88
Très beau témoignage. Ayant grandit dans les iles, le métissage me semble d'une telle normalité que j'ai du mal à me dire qu'il est aussi victime de racisme.
Un de nos témoin de mariage est d'origine coréenne né en France et c'est vrai que c'est difficile pour lui de se positionner entre les traditions de ses parents et son mode de vie résolument occidentale.
Personnellement, je trouve que c'est une vraie richesse que tes parents t'ont offerts.
1
Voir les 2 commentaires

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