Oui, je suis musclée, non, ça ne fait pas de moi un homme

Mariama a 19 ans, et elle est passionnée de sport. Judo, boxe, musculation... sa pratique sportive lui a permis de prendre confiance en elle et d'ignorer le regard des autres sur son corps.

Oui, je suis musclée, non, ça ne fait pas de moi un homme

Il y a quelques semaines, Mymy est tombée sur un tweet du profil Twitter de Mariama, 19 ans :

Après avoir lu son thread, je l’ai contactée pour qu’elle me parle de son rapport à son corps, au regard des autres, au sport et à sa féminité.

Moi et le sport, dès le plus jeune âge

Je m’appelle Mariama, j’ai 19 ans, et j’ai arrêté mes études de droit pour suivre une formation BPJEPS (coach sportive). À côté de ça je travaille dans une salle de sport.

Mes loisirs ne se résument pas à grand chose, j’adore le sport en général, je fais du judo et de la musculation. Je suis quelqu’un de très casanier donc je ne sors pas souvent.

Niveau caractère j’ai un très fort tempérament, je suis impulsive et nerveuse, c’est pour cela que l’on m’a inscrite au judo d’ailleurs. Et en même temps je suis très timide et réservée.

Avant de commencer la musculation, j’étais déjà sportive. J’ai commencé le judo à l’âge de 6 ans, et je pratiquais à haut niveau autour du collège.

J’ai dû m’arrêter à cause d’un problème de santé : j’ai eu un traumatisme crânien lors d’un combat et j’ai dû stopper pendant un certain temps.

J’ai également fait de la boxe, mais j’ai arrêté quand je suis allée en centre de formation.

Le sport est devenu une passion, si j’ai arrêté mes études de droit pour m’y consacrer c’est que le sport fait partie de ma vie, je ne peux pas m’en passer, c’est devenu une partie de moi.

Mon rapport à la musculation et à mon corps

Au départ j’utilisais la muscu comme complément.

Je n’y ai pas pris goût tout de suite parce que je galérais vraiment (je ne savais pas trop utiliser les machines, je ne savais pas comment avoir des résultats, quelle hygiène de vie il fallait avoir, etc.).

Donc j’y allais sans avoir vraiment de but précis.

Avant de commencer la musculation je n’aimais pas du tout mon corps, j’étais vraiment complexée et ça depuis mon plus jeune âge.

J’ai d’ailleurs une photo qui date de 2009/2010 (donc j’avais 9/10 ans) où on voit une personne tripoter mes bras, j’étais désespérée…

Le côté positif, c’est que je faisais peur aux gens donc personne n’osait venir m’embêter, jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs ! J’étais même le « garde du corps » de mes amies, et je le suis toujours !

Avant de commencer la muscu, j’avais déjà un corps athlétique, mais maintenant j’ai largement progressé et j’ai pris en muscle mais le regard des gens n’a pas vraiment changé, on me fait toujours des remarques du genre :

« T’abuses, arrête-toi là tu ressembles à un homme. »

Ce qui me fait rire c’est que ces mêmes personnes qui m’ont critiquée viennent me demander comment j’ai fait pour construire le corps que j’ai actuellement !

Après il y’a beaucoup de personnes qui aiment, qui sont admiratives, j’ai même des amis qui m’ont dit que grâce à mes posts sur les réseaux, leur vision sur la femme musclée commençait à changer, et qu’ils appréciaient de plus en plus.

Ils me disent que ça change car ils n’ont pas l’habitude de voir des filles musclées, ce que je peux comprendre, et c’est pour ça que je montre mon corps et ce que je fais sur mes réseaux.

Être une femme et être musclée dans notre société

Dans la société, la fille musclée n’est pas mise en valeur car muscle = homme.

L’image de la femme dans la société, c’est qu’elle est faible, avec un petit corps mince, et le muscle n’est toléré qu’à des endroits hyper esthétiques et sexuels.

Quand une femme a un gros fessier musclé ou un ventre plat tonique on ne dit rien, mais quand il s’agit d’autres parties du corps, bizarrement ce n’est plus le même discours.

Un homme sans muscle n’est pas un homme, du coup ? Bah si, car c’est la personne elle-même qui définit son genre et non son apparence.

Ce que je trouve désolant, ce sont les filles qui participent elles aussi à rabaisser les femmes musclées.

Nous devrions nous soutenir pour enfin faire évoluer les mentalités afin que de plus en plus de femmes au corps athlétique s’assument.

Sur les réseaux je me fais harceler car je suis musclée et certains hommes n’acceptent pas qu’une femme soit plus musclée qu’eux. D’autres m’ont carrément dit d’aller me suicider !

Quand j’allais en compétition de judo et que je me changeais dans les vestiaires, tous les regards étaient braqués sur moi.

Certaines filles étaient vraiment choquées, elles me disaient qu’elles étaient vraiment impressionnées par mon physique et que je « faisais peur ».

L’évolution de mon regard sur mon corps musclé

Quand on me traitait d’homme avant je le prenais très mal mais je ne le montrais pas. Personne n’était au courant que je n’étais pas bien dans ma peau et dans ma tête.

Je me demandais pourquoi j’avais un corps si masculin, j’aurais aimé avoir des hanches, pas d’épaules, des bras fins… Quand il y avait des soirées et que j’étais en robe j’étais très très mal à l’aise, je ne me sentais pas à ma place.

J’enviais les filles qui avaient des corps « féminins ».

Maintenant, lorsqu’on me traite d’homme, ça me fait rire, ça ne me touche plus du tout. Au contraire, je le prends bien car ça prouve que le travail que je fournis paye.

Et je m’assume totalement donc c’est pour cela que ça me touche encore moins.

Ma définition de la féminité ne se résume certainement pas à un physique. C’est la femme elle-même qui définit sa féminité. Les muscles et le sport sont une façon de changer son physique et donc ça peut être sa force et donc sa féminité.

La féminité c’est aussi une attitude, un comportement, chaque femme dégage plus ou moins sa féminité à elle seule. C’est très subjectif.

Ce que m’ont apporté les sacrifices pour la musculation

La musculation m’a tout apporté. Grâce à ça j’ai appris à m’assumer et avoir confiance en moi.

Quand je suis à la salle je suis très fière d’afficher mon corps et je montre aussi aux gens que oui, les filles peuvent être musclées même s’il est plus difficile pour nous, physiologiquement, de développer du muscle (notamment parce que nous avons moins de testostérone).

De plus, je peux faire tellement de choses sans « souffrir » : soulever du matériel, pousser des meubles, les courses… En bref, j’ai plus confiance en moi car je me sens forte.

À la salle, je souffre pour pouvoir sculpter le corps que je souhaite, j’y vais pratiquement tous les jours, j’ai une alimentation qui suit, etc.

Je consacre ma vie à ça donc ce ne sont pas les commentaires d’autrui qui vont m’affecter. Ma force physique est devenue une force de caractère.

Tout ce que je fais est une sorte de sacrifice, ce n’est vraiment pas facile, tout se joue au mental, donc quand je reçois des critiques, je fais abstraction et je reste concentrée sur mes objectifs.

Car la plupart de ceux qui me critiquent ne connaissent pas toute la souffrance pour en arriver-là.

C’est beaucoup plus facile de rester dans son canapé avec son hamburger et de critiquer les gens que d’aller pousser à la salle et faire attention à son alimentation.

Du soutien et des pensées positives

Ma famille me booste chaque jour, ça m’a pris du temps, certes, mais c’est grâce à eux et à Dieu que j’ai réussi.

Avoir un soutien, c’est vraiment important, même des petits mots, des petites phrases, peuvent booster une personne et changer sa manière de penser.

Dans ma famille, on est tous sportifs, de temps en temps je vais en salle de sport avec mon père. Mes parents sont très fiers de mon physique et sont totalement compréhensifs, alors j’ai tout gagné !

Si je devais donner des conseils à une fille qui veut se mettre à la muscu, je lui dirais de foncer et de ne surtout pas se préoccuper du regard des gens.

De toute façon, quoi que l’on fasse, on se fera toujours critiquer, c’est triste à dire mais c’est comme ça. Donc autant foncer et faire ce qui nous plaît.

Ce serait bête de passer à côté d’une chose qui pourrait nous être bénéfique.

Même si ce n’est pas forcément le sport, faites ce qui vous plaît, faites ce que vous pensez être bon pour vous. Personne n’a rien à dire sur vos choix.

En tout cas si vous êtes mal dans votre peau, parlez-en aux bonnes personnes, celles qui savent parler et qui sauront vous aider. Il ne faut surtout pas rester seule avec des pensées négatives.

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Oceane

Oceane

Océane est chargée des témoignages sur madmoiZelle ! Sa passion, c’est vos vies, surtout quand elles lui font réfléchir à la sienne. Elle aime aussi le froid, les arbres et les avocats.

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Commentaires

Chat-au-Chocolat

@Delah Oh bah avec plaisir, j’en serais flattée :ninja: :P
 

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