D’où vient la trypophobie, cette terreur des trous ?

La trypophobie est une drôle de peur : la peur des trous, des trous bien alignés, des trous qui ne devraient pas être là, des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous... Mais d'où sort-elle ?!

D’où vient la trypophobie, cette terreur des trous ?

Il y a quelques jours, après un épisode savoureux de Laisse-moi kiffer, Clémence m’a proposé de vous parler d’un truc qui frémir une partie de la rédac : la peur des petits trous, alias la trypophobie.

Ça fait un bail qu’on se connaît, vous et moi, et je me sens obligée de l’avouer… taper « trypophobie » dans Google Images était une idée bien dégueu.

Tous mes poils se sont hérissés et j’ai bien failli rendre mes corn-flakes. Ainsi, je vous le promets solennellement, aucune image terrible ne sera visible dans cet article.

Les curieux et curieuses peuvent avancer à 1 min. 41 pour quelques exemples

Qu’est-ce que la trypophobie ?

Généralement, la trypophobie est définie comme une phobie (c’est-à-dire une peur irrationnelle, excessive, plutôt intense) des objets présentant des grappes de forme circulaire.

Par exemple : les trous d’une éponge, les bulles dans un café, une plaque de miel…

En observant les images de cet article de Buzzfeed, notre bien-aimée Manu, rédac beauté, décrit des sensations peu chouettes :

« J’ai un sentiment d’angoisse et d’oppression avec la boule au ventre. Il y a trop de trous, ils sont partout et cette multiplication a quelque chose de malsain…

Surtout lorsqu’ils sont parfaits et/ou pas vides et/ou vraiment béants. »

Ces images peuvent vous sembler anodines, mais pour certain·es, elles sont insupportables et semblent provoquer une forte aversion, voire un sentiment de panique.

La trypophobie selon la science

Pour le moment, la science ne dit pas grand-chose à ce propos.

La trypophobie n’est pas reconnue par le corps médical ; il n’y aurait pas suffisamment de recherches et données disponibles pour « valider » son existence. La peur des petits trous est sujette à débat chez les scientifiques !

Cela ne signifie pas que votre peur ne sera pas prise au sérieux : si vous vous sentez en difficulté, ou débordé·e par votre émotion, n’hésitez pas à l’exprimer à votre médecin généraliste ou un·e psychologue.

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D’où vient la trypophobie ?

Quelques scientifiques se sont tout de même penché·es sur le sujet.

Tom Kupfer et An T.D. Le, par exemple, ont mené une expérience auprès de 600 personnes : 300 trypophobes et 300 non-trypophobes.

Les deux spécialistes ont proposé à tout ce petit monde de visionner 16 images contenant toutes des grappes de formes circulaires.

  • 8 images présentaient des parties corporelles touchées par une maladie (des éruptions cutanées),
  • 8 autres images présentaient des formes circulaires non liées à une maladie (des trous dans des briques, des graines de lotus…).

Sans surprise, l’ensemble des participant·es indique que les 8 premières images sont désagréables, alors que les 8 autres le sont uniquement pour les volontaires trypophobes.

Après cette étape, Tom Kupfer et An T.D. Le demandent aux personnes trypophobes de décrire leurs sensations face aux images.

Les termes utilisés relèvent plus souvent du dégoût que de la peur : les scientifiques déduisent que la trypophobie pourrait être une aversion intense (et non une peur).

La trypophobie, un réflexe de défense contre la maladie ?

Kupfer et Le poussent leurs hypothèses plus loin.

Ils supposent que cette aversion particulière serait liée à une peur des maladies infectieuses et des parasites, qui peuvent être associés à des lésions de formes rondes sur la peau — notamment la rubéole, la rougeole, le typhus, la gale…

Dans cette optique-là, la trypophobie serait une réponse adaptative de notre cerveau !

La trypophobie et le monde animal

Geoff Cole et Arnold Wilkins ont organisé une expérience similaire pour comprendre ce qui déclenche la peur des petits trous.

En diffusant à des volontaires 76 photos de « petits trous » et 76 photos sans aucun petit trou chelou, les chercheurs se sont aperçus que les images déclenchant le plus souvent la trypophobie avaient un contraste important dans leurs couleurs.

Pour Geoff Cole, c’est un petit pas vers la compréhension de la phobie.

Grâce au témoignage d’un trypophobe, le chercheur s’aperçoit que certains animaux venimeux ont sur la peau de forts contrastes visuels et s’interroge…

Et si la trypophobie venait de l’évolution de nos cerveaux, programmés pour réagir en cas de danger ?

Ces théories, d’orientation « évolutionnistes », sont à prendre avec de sacrées pincettes et sont réfutées par un bon nombre de scientifiques (car elles manquent de preuves empiriques).

La trypophobie viendrait-elle des maths ?

Paul Hibbard et Arnold Wilkins (oui, encore lui) proposent un éclairage différent : et si notre inconfort provenait des propriétés mathématiques des images trypophobes ?

Ces images auraient des propriétés mathématiques spécifiques, qui demanderaient à notre cerveau une oxygénation cérébrale plus importante… ce qui générerait un inconfort et une répulsion.

Pour étudier à leur tour le phénomène, trois autres scientifiques ont confronté des enfants en bas âge à des images d’animaux venimeux. Visuellement, ces images avaient un potentiel trypophobes (par l’aspect des animaux).

Les chercheurs constatent que les clichés semblaient déclencher effectivement un inconfort chez les enfants. Mais cette sensation vient-elle des propriétés de l’image, ou d’une peur inconscience des animaux venimeux ?

Les scientifiques ont une idée : ils proposent aux enfants de regarder des images d’animaux venimeux, mais en ayant ôté cette fois les caractéristiques visuelles trypophobes… et l’inconfort des sujets semble disparaître !

Ce résultat suggère que l’inconfort serait bien lié aux caractéristiques visuelles de l’image, et non à une peur ancestrale et inconscience des animaux venimeux.

Vous l’aurez compris, la recherche a du chemin à faire ! En attendant dites-moi tout, vous êtes trypophobes ? Qu’est-ce qui vous dégoûte tant ?

En savoir plus sur la trypophobie

Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

Commentaires
  • GrandeMarine
    GrandeMarine, Le 5 mai 2018 à 8h32

    C'est drôle en lisant l'article j'ai eu peur pendant tout le long qu'une image apparaisse donc je l'ai lu en étant totalement angoissé ahah.
    Mais article très intéressant en tout cas, je trouve ça par contre dommage que les gens ne prennent pas encore cette phobie au sérieux, parce que perso être confronté à une image ou voir une fleur de lotus en vrai bah ça me fait pousser un cri/me fait pleurer/me fait vomir donc comme d'autres phobie cela peut être handicapant.

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