Les 5 livres préférés de… Tove !

« Les 5 livres préférés de… », c’est une rubrique qui vous présente cinq ouvrages phares d’une madmoiZelle : qu’ils aient changé sa vie, marqué son enfance ou l’aient sauvée d’un trajet ennuyeux, voici les bouquins qu’elle ne pourra jamais oublier !

Les 5 livres préférés de… Tove !

Redburn ou Sa Première Croisière, d’Herman Melville

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Je viens d’une famille de pêcheurs bretons, j’ai grandi sur une île, j’habite sur une autre île… bref, l’univers de la mer, ça me travaille. Vous devriez me voir les week-ends quand je me promène dans des ports ou sur les plages dans mon Guy Cotten jaune vif : je ne suis pas à piquer des hannetons ! Alors je lis beaucoup de livres en rapport avec la marine et parfois je m’imagine tout plaquer et partir travailler dans les Affaires Maritimes.

Si vous voulez vous attaquer aux romans de Melville, ou même n’en lire qu’un, il est évident qu’il faut choisir Moby Dick. C’est le plus beau et le plus abouti de ses livres, je m’en rends bien compte. Pourtant mon préféré reste Redburn : c’est celui que je relis le plus souvent et auquel je pense le plus. Si vous partez en voyage seul•e pour la première fois, c’est LE bouquin à embarquer avec vous.

Lorsque je l’ai lu la première fois, je partageais toutes les émotions du personnage, de la première nuit d’angoisse, au moment à l’aube où l’on se dit qu’en fait, non, ça va, pour se remettre à s’inquiéter plus tard dans la journée… Bon, je n’ai jamais été tyrannisée par un vieux loup de mer et j’ai toujours réussi à bien me nourrir dans chacun de mes voyages, mais je me suis identifiée complètement à l’évolution du héros. C’est un vrai récit initiatique, un peu comme Candide mais en plus chouette (navigation ! Liverpool dans la brume ! Esclandres au fin fond d’une taverne !).

Mais l’intérêt principal à lire du Melville, c’est bien l’écriture. Les phrases sont longues et détaillées, les descriptions sont chatoyantes et font tout autant appel à de l’argot qu’à du jargon technique. C’est vraiment un plaisir voluptueux à lire, l’inverse complet de l’écriture âpre d’un Camus par exemple.

Dans le même domaine, je conseille entre autres À bord de l’Étoile Matutine de Mac Orlan, très belle histoire de pirates, et en bande dessinée le carnet de voyage d’Emmanuel Lepage sur les Kerguelen, qui est tout simplement magnifique.

Le Père Goriot, d’Honoré de Balzac

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C’est une de mes lectures de lycée qui m’a le plus marquée. Tout comme avec Melville, l’écriture est ici très fournie, voire alambiquée. La description qui est faite de Paris est à tomber par terre, à force de grandes métaphores baroques. N’importe quelle description ou action est propice à de la poésie à rallonge et on ne se rend pas du tout compte de toutes les pages qu’on s’enfile !

Le topo n’est pas non plus inintéressant. Le roman fait parti de la Comédie humaine de Balzac, donc il n’a rien à envier à n’importe quel film ou série chorale, en cela que l’intrigue est foisonnante et nous entraîne au plus bas de l’humanité (dès le début par la description sordide de l’endroit où tout ce petit monde évolue). On peut de temps à autres avoir l’impression que ça part dans tous les sens, mais sans jamais se perdre : c’est simplement l’histoire qui s’épaissit avant d’aboutir.

Jean-Joachim Goriot n’est pas à proprement parler le personnage principal : c’est plutôt le personnage-pivot du récit, le révélateur de tous les obscurs dessins de ses compères. Rastignac est davantage le personnage central. Il est tout à fait ambitieux mais fait preuve tout au long de l’action de qualités morales qui seront bien mises à l’épreuve par ses passions plus en avant dans l’intrigue.

En cela, je trouve que c’est aussi un roman initiatique, sauf que là où Redburn avait un parcours circulaire digne d’Ulysse (je pars du point A, en passant par B et C mais pour revenir au point A), la construction narrative du Père Goriot se rapproche plus de l’Iliade (je pars de A et j’atteins le point D, après avoir traversé B et C). Rastignac n’est donc pas changé dans sa manière de voir les choses en rentrant chez lui, amenant de nouvelles perspectives à sa vie, mais il change bien sa vie du tout au tout, devenant complètement ambitieux, obsédé par l’idée de se faire une place dans la société, poussé par l’arrivisme.

Je pense sincèrement que c’est le genre de livre que, même si l’on est rarement amené à relire, l’on feuillette de temps à autres avec plaisir, retrouvant ses petits passages préférés et les phrases qu’on trouve les mieux tournées. C’est à mettre dans les mains de tous les jeunes loups audacieux que vous pourriez connaître si vous voulez leur remettre les idées en place !

Gens Indépendants, de Halldór Laxness

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Laxness est à mes yeux, et autant que faire se peut, un homme bon et juste, ni plus ni moins. Il n’y a vraiment aucune raison qui explique pourquoi ce type est aussi peu connu en France ! En moins de cinq ans, il a obtenu le Prix international de la paix et le Nobel de littérature. Il a été tour à tour catholique et communiste, passionné par le surréalisme puis par des thèmes plus empreints de préoccupations sociales, cherchant toujours et partout la spiritualité ou la justice. Il n’y est jamais parvenu, mais ne se défaisait pas pour autant de sa tendresse envers les turpitudes de l’humanité.

Il était aussi férocement drôle. La première fois que j’ai lu quelque chose comme ça, c’était dans The Poor Mouth de Myles na gCopaleen, alias Brian O’Nolan/Flann O’Brien, un écrivain irlandais qui arrive à faire hurler de rire tout en parlant de la famine, parvenant pourtant à affecter bien plus qu’un récit larmoyant. L’ironie est tout autant aiguisé avec Laxness : dans La Cloche d’Islande, par exemple ,violences et bitures s’enchaînent sans temps mort dans une ambiance tout à fait glaçante.

J’ai choisi Gens Indépendants parce que c’est mon préféré, c’est le premier livre de Laxness que j’ai lu et celui par lequel je l’ai découvert, complètement par accident, et c’est celui qui dépeint le mieux mes aspirations de vie futures — à base de ferme et d’indépendance donc. La lecture est assez ardue (un ouvrage plus facile et très drôle pour commencer est The fish can sing, mais il ne me semble pas traduit en français) et il faut se mettre un peu à niveau en ce qui concerne les sagas pour bien suivre.

La traduction est un vrai problème en ce qui concerne l’œuvre de Halldór Laxness. Un type admirable, Régis Boyer, s’est mis en tête de le traduire depuis l’islandais, mais il n’a pas eu le temps de tout faire. Sinon, ce sont des secondes traductions depuis l’anglais (et je n’ai rien contre les traductions anglaises : c’est d’ailleurs ça que je lis), qui finissent par être sans queue ni tête, complètement dénuées de l’humour de Laxness et par moment carrément insensées. Ça se mérite, quoi.

Plus facile à trouver et dans le même ton, il y a également l’excellent Qu’elle était verte ma vallée de Richard Llewelyn, qui est un antidote parfait à tous ceux qui n’aiment pas les descriptions : c’est si beau qu’on en voudrait dix fois plus.

Notre agent à la Havane, de Graham Greene

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J’adore James Bond, j’aurais adoré être un agent double pendant la Guerre Froide, assassiner des malfrats sans scrupules avant de siroter un Negrino dans des destinations de rêve (ne me jugez pas)… Mais bon, les romans mettant en scène 007, ce n’est pas de la grande littérature et ça devient sacrément vulgaire par moment. Inversement, Greene était complètement fou furieux, obsédé par la religion, connaissant par cœur Pascal, reporter de guerre pour les plus grands journaux et complètement tiraillé à l’idée de s’engager ou non dans les conflits qu’il couvrait. En somme, il avait tout ce qu’il fallait pour pondre des chefs-d’œuvre. Tous ses romans valent le coup, vous avez de la lecture assurée pour les vingt prochains étés !

L’intrigue est complètement loufoque : James Wormold habite à la Havane et y vend des aspirateurs. Il est approché par un membre des services secrets britanniques Hawthorne, qui lui demande de produire des rapports sur ce qu’il remarque sur le terrain. James n’est pas trop chaud, en plus il n’a rien de très excitant à raconter mais il a une fille à charge et il ne gagne pas assez d’argent pour couvrir ses extravagances…

Ayant donc accepté, il se met à produire des rapports audacieux, piochant des informations dans la presse et inventant tout un réseau d’espions. Emporté dans son petit travail d’écriture, il décide de passer à la vitesse supérieure et envoie des plans de ses aspirateurs, les faisant passer pour des installations militaires dans les montagnes. Tout se complique lorsque la réalité dépasse sa fiction et qu’il se retrouve bel et bien mêlé à une véritable affaire d’espionnage !

C’est du divertissement pur, ce qui n’est pas le cas de tous les romans de Greene, et ce n’est probablement pas son meilleur, mais il est franchement irrésistible et très drôle si vous aimez l’humour noir.

Rebecca, de Daphné du Maurier

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J’adorais le Club des Cinq quand j’étais petite (et je l’adore toujours secrètement), et je trouve que Daphné du Maurier est un peu le pendant plus sérieux et mature d’Enid Blython. Par exemple, L’Auberge de la Jamaïque est une bonne étape intermédiaire, avec trésor à la clé comme pour les quatre gamins cornouaillais, mais émaillé de plus de crimes entre-temps.

J’ai choisi Rebecca parce que c’est le plus abouti de ses romans. J’envie votre sang-froid si vous ne vous mettez pas à baliser vers la fin quand tout s’accélère ! Si vous avez vu le film d’Hitchcock, vous pouvez quand même lire le livre après (c’est ce qui m’est arrivé). Alfred avait expliqué que si l’on avait aimé le livre, on vivrait le film, et j’ajouterais que l’inverse marche aussi.

C’est très daté par contre, c’est poussiéreux et ça ne rigole pas, mais c’est aussi cela qui fait son charme: il y a une ambiance très surannée et l’intrigue marche très bien. En somme, si vous aimez les histoires mystérieuses de jeunes filles perdues sur la falaise à qui il arrive toujours tout et n’importe quoi, mais qui sont toujours rentrées pour le thé, vous serez servi•e•s.

Ce n’est pas de la grande littérature mais c’est parfait pour se changer les idées avec un bon roman divertissant et réconfortant, et s’occuper lors d’un trajet en train ou pendant une longue soirée hivernale (les deux testés et approuvés par moi-même) !

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