Interview de Rutile et Nephyla, les auteures de Geek&Girly !

Geek & Girly, c’est une série dont j’avais déjà adoré le premier tome. Cette semaine, c’est le second opus qui sort, et je dois bien avouer que le plaisir a été encore plus grand. Au programme, un teen movie en bd, de l’amour, des larmes, des fous rires. Mais Geek & Girly c’est encore plus […]

Interview de Rutile et Nephyla, les auteures de Geek&Girly !

Geek & Girly, c’est une série dont j’avais déjà adoré le premier tome. Cette semaine, c’est le second opus qui sort, et je dois bien avouer que le plaisir a été encore plus grand. Au programme, un teen movie en bd, de l’amour, des larmes, des fous rires.

Mais Geek & Girly c’est encore plus que ça, parce que les auteures y mettent un humour ravageur et des références qui te toucheront forcément (de Star Wars aux téléfilms de l’après midi, qu’on assure n’avoir jamais regardé). C’est avec un plaisir immense que j’ai pu poser quelques questions à Rutile et Néphyla, les deux adorables demoiselles à l’origine de G&G, qui vont ainsi t’en dire un peu plus sur elles, leur rencontre, leur série, et leurs projets !

Pouvez-vous vous présenter ? Qui sont Rutile et Nephyla ?

Des filles d’aujourd’hui, enfants de la forme : une paire de guerrières  masquées au service de la justice, de l’amour, et du retour de Mister T dans l’Agence Tous Risques. Plus sérieusement, nous sommes les auteurs de Geek & Girly, premier shôjo geek à la française et dont le tome 2 sortira à Japan Expo.

Quel a été votre parcours à chacune, avant Geek&Girly ?

Rutile : Quel que soit le medium, j’ai toujours voulu raconter des histoires. J’ai publié mon premier livre à 16 ans, un recueil d’histoires courtes aux éditions Anne Carrière, mais je ne me suis pas toujours destinée à l’écriture : je pensais que je voulais devenir comédienne. Lors de mes études en France à la Sorbonne dont je suis ressortie avec une Licence, je me suis rendu compte que la passion qui ne m’avait jamais quittée depuis l’enfance était la bande dessinée. C’est après la lecture des Watchmen d’Alan Moore que je me suis dit que c’était exactement ça que je voulais faire : changer le monde avec ce medium.

Nephyla : Je viens du milieu du dessin animé, je suis notamment diplômée de l’école des Gobelins. Mais après la co-réalisation d’un film et le travail en studio, je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. Je m’éclatais davantage en solitaire dans ma bat-cave sur les pages de mon fanzine, Raxxon, où je pouvais développer mon amour de la fantasy et m’essayer à mes premières pages de BD. C’est là que j’ai eu le déclic : « mais en fait, c’est ça que je veux faire ! ».

A chaque love story son commencement, comment vous êtes vous rencontrées ?

R : Au-dessus d’un poulet. En fait on s’est connues sur une communauté artistique sur le Net, puis on s’est vues IRL et alors qu’on dépeçait un poulet dans une cuisine lors d’une soirée, on a convenu qu’il fallait qu’on travaille ensemble sur un projet de bandes dessinées érotiques. Sexy n’est-ce pas ?

N : On a pas mal galéré avec nos projets un poil trop ambitieux pour un milieu de la bédé encore trop conservateur, jusqu’au moment où Audrey Alwett m’a repéré via mon blog et m’a proposé de participer au lancement de la collection Strawberry qui visait un public féminin avec des sujets plutôt punchy. Et comme je ne travaille jamais sans mon acolyte guerrière masquée, j’ai ramené Rutile dans l’affaire.

Comment vous est venu Geek&Girly ?

R : Le bourgeon d’idée, à savoir celui du beau gosse qui se casse les dents sur un jeu de drague inventé par une geekette de sa classe,  m’est venu pour un fanzine, mais n’ayant ni le temps ni les moyens de m’y coller, j’avais laissé tombé ; jusqu’au jour où nous l’avons retravaillé avec Nephyla pour le proposer à Audrey.

N : J’ai été assez surprise de constater que parmi les trois picthes que nous avions proposés, c’est sans doute le moins girly qui a été retenu : on est loin des sujets féminins classiques qui sont la mode, les régimes, les chaussures, les poneys, le patinage artistique… Ce qui m’a plu dans l’idée de Rutile et avec laquelle je me sentais en phase, c’était de partir du principe qu’un mec allait se mettre en quête d’explorer la psychologie féminine. Et alors s’ouvrit devant moi une myriade infinie de perspectives…

Comment raconteriez vous votre série ?

N : Une fille, deux mecs, des ordinateurs, un million de possibilités. Une sorte de Big Bang Theory reverse.

R : J’aime bien ma formulation de « teen movie inversé ». On est fans de ce genre de film toutes les deux, et c’est intéressant d’explorer des clichés pour les transformer et en faire quelque chose de crédible et touchant, finalement.

Quelles sont vos influences pour Geek&Girly ?

Les teen movies à l’américaine, les shôjos péchus et rigolos type Switch Girl, des œuvres geek cultes comme le seinen Genshiken, les séries télé comme the IT Crowd ou the Big Bang Theory, Glee, et tout un fatras de références geek accumulées au fil des années. Il faut aussi citer notre maître absolu à toutes les deux, Joss Whedon, qui mieux que personne a su comprendre essentiellement ce qu’était l’adolescence et ses vicissitudes.

En combien de tomes la série est-elle prévue ?

Une dizaine de tomes, c’est assez long pour une série de bandes dessinées classique mais courant pour un shôjo. C’est pourquoi nous aurons besoin du soutien inconditionnel de nos lecteurs pour nous permettre de mener ce projet à bien !

Quels sont vos personnages préférés, et pourquoi ?

N : Quand on raconte une histoire, on aime forcément tous ses personnages, parce qu’on s’y attache, qu’on les fait vivre, qu’on les explore… Mais quitte à choisir, je dirais Quentin parce qu’au fond, même si c’est un crétin, c’est un mec honnête et franc. Après, j’aime beaucoup Mathilde, tout simplement parce qu’elle me ressemble beaucoup (enfin… en plus creepy), et j’apprécie aussi Fleur énormément, juste parce que c’est un personnage très positif. Et enfin, pour des raisons inavouables que j’avouerai quand même, Sean, qui apparaît dans le tome 2, et qui a été inspiré par l’homme qui partage ma vie. Je squeele toute seule quand je le dessine !

R : Moi j’ai tendance à aimer les figurants au fond à droite, et parfois je me fais surprendre, parce qu’il y a des personnages que je ne prévois pas d’aimer, et en voyant les designs de Nephyla j’en tombe amoureuse. Mes préférés à ce jour sont Philippe, le prof de Physique-Chimie qui a été designé beaucoup plus sexy que ce que j’avais prévu (love instantané) et Nathalie, la sœur de Quentin qui apparaît dans le tome 2 : j’ai un amour inconditionnel pour les « pétasses » à panache, parce que le plus souvent ce sont des personnages qui permettent de faire avancer la trame à vitesse grand V. Elles peuvent aussi avoir des répliques qui tuent, elles sont donc toujours un bonheur à écrire.

Plus techniquement, comment se déroule la création de G&G ?

N : Au commencement était… le thé (et pas le poulet comme pourrait le sous-entendre le début de cette interview). Ensuite, beaucoup, beaucoup de parlote. Il est essentiel que nous nous mettions d’accord sur la totalité du scénario d’un tome, de son déroulement, de ses implications pour la suite, des personnages qui apparaîtront, des scènes débiles qui émergeront pour travailler après l’esprit tranquille chacune de notre côté. Autour de ce fameux thé, nous aurons partagé une vision commune !

R : Puis on rentre chez nous et là c’est à moi de jouer. J’écris le séquentiel (soit les scènes avec les dialogues et des indications scéniques) et je repasse le relais à Nephyla.

N : A partir du scénario, je mets en place un story board où j’ai pas mal de libertés de mise en scène, et à partir de là chaque étape se fait valider par Rutile. Je fais les planches et je les envoie à Selkys, mon assistante (ça fait classe dit comme ça) avec des instructions  pour qu’elle y pose les aplats, et ensuite je passe à la mise en couleurs à proprement parler : ombres, effets, et ultime étape : le lettrage.

R : La touche finale du bouclage d’un tome étant les bonus. Nous les gardons pour la fin à chaque fois et nous amusons comme des folles à les faire. Étant toutes les deux issues du fanzinat, nous appliquons toute cette expérience accumulée à la création de Geek & Girly. Dans le format, Geek & Girly ressemble beaucoup à un fanzine, aussi : aussi pensons-nous l’objet autant dans sa forme finale que dans son contenu, c’est extrêmement important pour nous. Ça a d’ailleurs été un choix militant de travailler pour la collection Strawberry, car c’est un format hybride que nous voulons absolument défendre. Nous faisons partie d’une jeune génération de dessinateurs à la croisée du manga, du comics et de la bédé, et nous réclamons un format adapté à nos univers hybrides et nos besoins de raconter des histoires qui sortent un peu de l’ordinaire.

Avez-vous d’autres projets ces temps-ci ?

R : Communément, nous avons à cœur de mener à bien le premier projet qui nous a réuni : Kama, une histoire d’amour teintée d’érotisme dans un univers orientaliste et très féminin. Ensuite, j’ai des projets avec Kappou, une jeune dessinatrice pleine de talent avec laquelle j’ai des histoires très différentes en chantier : l’une est une sorte de conte africain sous la forme de diptyque, et l’autre est un drame familial qui influe sur le destin d’une ville entière, sur fond de musique, de travestissement et de télé réalité. Il y aussi Magical Val, un projet également en chantier dont l’histoire est un spin-off de la série Freaks’ Squeele de Florent Maudoux, qui parle de magical girls pour le moins… extraordinaires.

N : Outre Kama, j’espère publier bientôt Ichor, une aventure steam punk en forme d’hommage à Jules Vernes, scénarisée par Castel. Je travaille également sur une des histoires courtes du prochain Sweety Sorcellery scénarisée par Audrey Alwett. Et en chantiers de fond, j’ai un projet de contes macabres et une saga de fantasy plutôt noire et adulte auxquels je serai seule aux commandes. Mais ce sera pour bien plus tard.

Quels ont été vos coups de coeur bd ces derniers temps ?

N : Vinland Saga de Makoto Yukimura, une fresque vicking épique, mais avec cette touche d’humour et d’humanité qui rendent les personnages fantastiques. Sinon le troisième tome de Freaks’ Squeele de Florent Maudoux, qui à mon sens a parfaitement réalisé la synthèse de ses influences diverses. Et sinon, même si ça commence à dater un peu, je ne me lasserai jamais de la série Emma de Kaoru Mori, qui est une magistrale leçon de mise en scène sur un sujet tout en retenue : une histoire d’amour interclasses à l’époque victorienne.

R : Le Pavillon des Hommes, de Yoshinaga Fumi, qui est une de mes auteurs préférées du monde entier : je l’ai connue à travers ses œuvres yaoi et déjà sa mise en scène subtile et pleine d’émotion m’avait transportée ; dans cette série, elle fait preuve de réelle maestria en traitant de la condition de la femme à travers la fiction historique alternative. Et sinon je m’intéresse aux comics ces derniers temps, j’essaye de rattraper mon retard. Je me suis penchée sur le mythe du Thor de Marvel, et j’ai eu un gros coup de cœur pour le Thor de Coipel et Straczinsky.

Merci beaucoup à Rutile et Néphyla d’avoir répondu à ces petites questions :)

A lire également, les chroniques de Geek&Girly T2, I Love Japan T1 et Comme ton Ombre T1 sur le blog bd !

> Le blog de Rutile
> Le Blog de Néphyla
> Geek & Girly, Tome 2 sur Amazon

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Crush
    Crush, Le 6 août 2010 à 17h02

    J'adore le trait de Nephyla, j'ai découvert quelques une de ses illustrations dans un artbook Café Salé et j'en suis totalement fan (:

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