Snog Marry Avoid, l’émission qui « délooke » l’Angleterre

Quand les Anglais décident de partir à la chasse au mauvais goût sur la BBC three, ça donne un bon gros WTF télévisuel. Présentation.

Snog Marry Avoid, l’émission qui « délooke » l’Angleterre

La télé-réalité, en plus de vouer un culte aux fans de barbecue en voiture tunée et autres collectionneurs de culottes de Johnny Hallyday, a une véritable passion pour relooker les gens. En France, les papes du H et de la culotte de cheval gainée s’appellent Christina « magnifaïque » Cordula et William « Tout le monde tout nu » Carminolla, et apprennent aux désespérés de la sape à devenir des bombes sexuelles grâce à l’épilation des sourcils. Le pays des Bisounours, en somme.

Nos amis les anglais, eux, n’ont pas froid aux fesses et n’hésitent pas à jeter franchement le pavé sur le mini-short. Depuis 2008, l’émission qui fait trembler les adeptes de la terra cotta sur la BBC three s’appelle Snog Marry Avoid (littéralement : « Embrasse/Épouse/Évite »). La cinquième saison vient de s’achever, et les précédentes sont visibles sur Youtube. Le principe du programme : partir en guerre contre les adeptes de la fakery, c’est-à-dire tous ces artifices que sont le faux bronzage, les extensions en crin de cheval et les jupes en latex.

22, v’là la Fashion police

Début de l’émission : Snog Marry Avoid débarque dans une ville d’Angleterre, à la recherche des autochtones ayant le plus mauvais goût vestimentaire et cosmétique possible. En guise de Zorro de la mode, c’est Jenny Frost, ex-membre d’Atomic Kitten, qui sort son épée pour les premières saisons, et Ellie Taylor pour cette nouvelle édition. Toutes deux ont un sourire Colgate, un grosse dose de second degré et un look politiquement correct. Une fois que la présentatrice a chopé sa victime, elle la fait entrer dans un genre de toilettes de chantier pour commencer le délooking.

POD, cette amie qui vous veut du mal

Rencontre avec POD, ou l'art de parler à un mur.

POD, pour Personal Overhaul Device (dispositif de révision personnelle), est un ordinateur avec la voix-off de la mère d’E.T., qui ne reconnaît que la « beauté naturelle ». POD accueille donc les candidats dans son espace virtuel, et leur demande comment ils se trouvent. En général, les candidats s’aiment bien. POD commence donc par leur servir une douche de Gaspacho en leur expliquant qu’ils ont la classe de steaks cramés en string ficelle.

L’ordinateur leur demande ensuite s’ils pensent que le public aimerait snog (flirter avec eux), marry (se marier avec eux) ou avoid (les éviter). Jusque là, les candidats ont encore quelques dents pour sourire, et vont se prendre un bon pain de la part des passants qui saignent des mirettes.

Dis bonjour à la dame.

Salacadou, la magicabou, la bibidi babidibou

Une fois que POD a bien taclé le/la candidat-e, il lui demande si il/elle est prêt à jouer le jeu et à devenir aussi naturel qu’un enfant de coeur. Si la pauvre victime n’est pas encore sourde à force d’avoir entendu ses oreilles siffler, elle trouve encore le moyen de dire avec le sourire du cochon qui va à l’abattoir « Okay, POD ». Dans les premières saisons, POD laissait vaguement le/la candidat-e choisir ses modifications. En 2012, pas de pincettes à cheveux, POD fait démaquiller sa victime avec un sadisme non-dissimulé, et transforme un ersatz d’Avril Lavigne en pantin L’Oréal en moins de deux.

Le/la candidat-e retrouve ensuite sa famille ou ses potos, qui lui balancent plus de fleurs que le Jardin des Plantes au grand complet (et dire que pendant tout ce temps, ils pensaient donc qu’il/elle était moche, ça fait grave plaisir).

Parmi les moments inoubliables, voilà la métamorphose de Ross, un gars de 19 ans qui passe de l’homme-léopard au gendre idéal sosie de Chuck Bass. L’émission n’est pas sous-titrée mais pas de panique, c’est comme un album de Oui-Oui, les images se suffisent largement à elles-mêmes.

Si tu en veux encore, voilà la préférée de Flo (avertissement : je rappelle que Flo est fan de Matt Pokora, on ne peut pas faire confiance à ces gens-là).

Allo Houston, on a un problème

Inutile de le nier : Snog Marry Avoid est le programme idéal pour étaler tes neurones dans un transat après une journée pourrie jusqu’à l’oeuf. La dégaine des candidats a un potentiel comique au moins aussi élevé que l’illettrisme des membres de Secret Story. Pourtant, il est difficile de ne pas ressentir un vague malaise en regardant l’émission. Le concept de base est déjà sain comme le gel dans les cheveux de Massimo Gargia : transformer des gens au look original en personnes « passe-partout ». De là à inscrire le mot « formaté » au fer rouge sur leur bras, il n’y a qu’un pas. L’émission fait facilement passer ses candidats pour des ados immatures qui vont découvrir le monde du costard-cravate. Ensuite, l’attitude de POD qui consiste à descendre son poulain n’aurait-elle pas de légères accointances avec le slut-shaming ? Oui et non. Quand vient l’heure du bilan, la présentatrice retrouve les victimes de POD… qui parfois, n’ont pas changé d’une extension. Chassez le non-naturel, il revient en platform shoes.

C'est ce qui s'appelle un échec.

Alors, ça te dirait qu’un Snog Marry Avoid à la française débarque sur nos écrans ou pas du tout ? Les limites de la télé-réalité sont-elles aussi élastiques que celles de Julien Doré ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Peroxysome
    Peroxysome, Le 17 décembre 2012 à 12h33

    ok j'ai quelques mois de retard mais j"avais quand même super envie de réagir sur cette émission.

    En fait je suis assez partagée. La forme, clairement, j'aime pas, juger les gens de cette façon ça me gène. Par contre sur le fond je ne sais pas vraiment que penser.
    Autant ça me dérange de voir certains candidats critiqués parce qu'ils ont les cheveux roses, mettent des pantalons orange ou portent des piercings étranges, autant je trouve ça pas mal de rappeler aux filles qu'on n'a pas besoin d'un pot de fond de teint et d'une jupe aussi large qu'un bandeau pour être belle et plaire.

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