L’État d’Oaxaca, sa diversité et ses luttes — Carte postale du Mexique

Cet hiver, 1793 est partie au Mexique, un pays qu’elle ne connaissait pas du tout. Dans cette deuxième partie, elle vous parle entre autres de l'État d'Oaxaca, de la nourriture mexicaine et des luttes sociales du pays.

L’État d’Oaxaca, sa diversité et ses luttes — Carte postale du Mexique

Après une semaine dans le Chiapas, je me suis rendue dans l’État d’Oaxaca, au sud du Mexique, côté Pacifique. Cette fois-ci, j’étais accompagnée de deux collègues qui parlaient un peu espagnol (ce qui a été fort utile).

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Oaxaca et la cuisine mexicaine

Nous avons commencé par la visite de la ville d’Oaxaca, qui a donné son nom à l’État. La matinée fut placée sous le signe de la culture G : nous avons visité le musée des cultures. Il m’a fait prendre conscience de la richesse des cultures indiennes de cet État. Nous avons ensuite profité de la pause repas pour découvrir davantage la cuisine mexicaine.

Dans un restaurant décoré d’affiches révolutionnaires de tous les pays, j’ai goûté un plat au « mole negro », la fameuse « sauce chocolat », spécialité du coin. C’était fort, mais après ces plusieurs jours passés au Mexique, je commençais à m’habituer à la cuisine locale, et j’ai pu apprécier !

En fait, contrairement à ce que je croyais, on ne mange pas forcément épicé au Mexique, beaucoup de plats ne le sont pas… Le problème, c’est qu’on ne peut pas savoir si un plat va être fort lorsqu’on le commande, car cela dépend beaucoup du ou de la cuisinier•ère, qui peut avoir la main plus ou moins lourde sur les épices.

C’est comme ça que je me suis un jour retrouvée à commander une enchilada (tortilla remplie de poulet avec de la sauce), pensant connaître ce plat pour l’avoir déjà goûté… et la manger finalement en une heure, avec beaucoup de pauses, de tortilla et d’eau pour la faire passer ! C’est au Mexique que j’ai découvert le dilemme du « Oh, c’est trop bon… Oui, mais ça pique… Aaah, mais c’est trop bon… ». Finalement, la cuisine n’est pas tout à fait comme je l’imaginais. Les fajitas et autres burritos ne sont pas mexicains mais « Tex-Mex » : c’est de la cuisine texane, influencée par la cuisine mexicaine (comme le chili con carne, les fajitas, etc.).

Et surtout, grâce à son super climat, on trouve au Mexique des fruits et légumes rares (ou beaucoup moins bons) en France : des mangues à manger comme une sucette au bout d’une baguette, et surtout, les meilleurs avocats du monde.

Et puisque j’en étais à Oaxaca aux découvertes culinaires, j’ai décidé d’aller jusqu’au bout et de tester les sauterelles (chapulines) grillées qu’on trouve sur les marchés colorés. En fait, elles sont toutes petites et tellement épicées qu’on ne se rend pas compte de ce que l’on mange. En revanche, les vers minuscules que j’ai voulu essayer en même temps ont une consistance immonde qui ne me fera pas renouveler l’expérience.

marché oaxaca sauterelles chapulines

Vente de Chapulines sur le marché d’Oaxaca.

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Les luttes sociales

À Oaxaca, des manifestant•e•s occupent avec des tentes le Zocalo, la place principale, depuis plusieurs années Au moment où nous y étions, c’étaient les étudiants d’Ayotzinapa qui étaient au cœur des revendications : en septembre 2014, des étudiants d’une École Normale dans l’État de Guerrero ont disparu suite à une manifestation violemment réprimée. Ils auraient été livrés par la police à un cartel, qui les aurait assassinés.

Ces meurtres ont engendré au Mexique une série de manifestations de grande ampleur, la population exprimant ainsi son raq-le-bol de la corruption et de la violence qui gangrènent le pays. Sur mes trois semaines au Mexique, il s’est rarement passé un jour sans que je croise une manifestation, un sit-in, ou un graffiti en hommage aux 43 ou appelant à leur retour, histoire de me rappeler que j’étais dans un pays où la police a des liens avec les cartels et n’hésite pas à assassiner des opposants…

oaxaca Ayotzinapa

« Nous sommes tous Ayotzinapa » sur un mur d’Oaxaca.

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Monte Alban

Le lendemain, nous sommes parties pour la visite de Monte Alban, un site zapotèque occupé à partir de 500 avant notre ère et jusqu’au VIIIe siècle. Le site, en hauteur, est dominé par la Gran Plaza autour de laquelle se dressent des édifices résidentiels ou des temples. Je me suis particulièrement intéressée au terrain de juego de pelota, le fameux jeu de balle des civilisations mésoaméricaines. Les joueurs devaient envoyer la balle dans un cercle de pierres sans utiliser leurs pieds ou leurs mains.

Ce jeu avait surtout une fonction religieuse, et à l’issue du match, un joueur était sacrifié… sans que l’on sache encore s’il s’agissait d’un vainqueur ou d’un perdant. J’ai également découvert les Danzantes, des stèles où sont sculptés des personnages dans des positions un peu… bizarres, quoi.

Monte Alban Danzantes

Pendant longtemps, on a cru qu’il s’agissait de danseurs. L’interprétation retenue aujourd’hui est qu’il s’agirait de chefs ennemis aux parties génitales mutilées (si, si, regardez bien), se tordant de douleur. Et surtout, les glyphes gravés sur les pierres sont la plus ancienne forme d’écriture connue du Mexique. Je sais pas vous, mais moi ça m’émeut toujours d’essayer d’imaginer des êtres humains si semblables à moi « inventant » l’écriture et gravant ces glyphes dans la pierre, il y a 2500 ans !

Les Pueblos Mancomunados

Nous avons terminé notre séjour dans l’Oaxaca par un expérience exceptionnelle en nous rendant dans les Pueblos Mancomunados. Il s’agit d’un groupe de villages zapotèques sur les hauts plateaux au Nord d’Oaxaca qui mettent en commun leurs ressources et ont mis en place un projet d’écotourisme.

Nous avons d’abord pris le bus pour grimper à 3000 mètres d’altitude et rejoindre le village de Benito Juarez.

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Nous avons été accueillies par les habitant•e•s et avons eu droit à un dîner à base de chocolate con leche (le chocolat est une spécialité d’Oaxaca, et ce chocolat chaud est préparé avec cannelles et épices), de pain et de quesadillas (sorte de chausson de tortilla au fromage). La nuit était froide, mais je n’ai jamais vu autant d’étoiles !

Le lendemain, nous avons suivi notre guide à travers la montagne pour une randonnée de trois heures jusqu’au village suivant de Cuajimoloyas. Durant la marche, notre guide nous a donné des informations sur la faune et la flore. À cette altitude, le souffle était court mais les paysages magnifiques. Moi qui imaginais le Mexique comme un désert avec quelques cactus, façon western, j’ai découvert un pays bien plus divers, de la jungle du Chiapas aux régions montagneuses d’Oaxaca.

Mexique Cuajimoloyas paysage montagnes

Après ces quelques jours qui resteront mes meilleurs moments au Mexique, j’allais terminer mon voyage par des zones plus urbaines, avec la visite de Mexico et de plusieurs villes coloniales.

– Retrouvez bientôt la suite et fin du séjour mexicain de 1793 !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Adagio.
    Adagio., Le 10 mai 2015 à 10h13

    :jv: :jv:

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