Devenir mère, c’est le grand chambardement. On nous prévient pour la fatigue, les vergetures, la charge mentale et le manque de sommeil. Mais personne ne nous prépare au grand grand vide. Ce moment précis où, entre deux purées maison, une machine de bodies blancs et une réunion Zoom, on se regarde dans le miroir en se demandant : « Attends, elle est passée où, la meuf d’avant ?«
Si vous ressentez cela, sachez que vous n’êtes ni folle, ni ingrate, ni une mauvaise mère. Une récente publication sur le site américain Motherly s’est penchée sur ce phénomène que la médecine classique a trop longtemps ignoré ou résumé à de la simple déprime post-partum. Ce sentiment porte un nom : la solitude existentielle, et elle est intrinsèquement liée à la matrescence.
Une solitude que les apéros entre mamans ne peuvent pas soigner
Quand on ose dire qu’on se sent seule ou qu’on ne se reconnaît plus, l’entourage a souvent le même réflexe (plein de bonnes intentions, certes) : « Prends du temps pour toi, fais-toi une sortie avec des copines ! « ou « Mais tu as tellement de soutien, ton/ta partenaire gère de ouf !« .
Le problème, c’est que cette solitude-là ne se guérit pas avec un énième playdate au parc ou un verre de rosé en terrasse. Comme l’explique le Dr Trinko dans l’article de Motherly, la solitude existentielle est « une déconnexion profonde avec sa propre expérience intérieure« . Quand vous ne savez plus qui vous êtes en dehors de votre rôle de parent, aucune validation extérieure, aucun message de soutien ne peut atteindre cette zone de vide. Vous êtes entourée, mais profondément seule avec votre crise identitaire.
Le deuil de soi-même (et c’est normal)
Devenir mère n’est pas un long fleuve tranquille et linéaire. Les modèles cliniques actuels ont tendance à sur-simplifier ce qui est en réalité une transformation développementale et multidimensionnelle majeure. En clair : on peut cocher toutes les cases de la santé mentale, ne pas être en dépression clinique, et pourtant lutter activement contre un sentiment de deuil.
Parce que oui, la matrescence implique une part de deuil. Le deuil de sa liberté absolue, le deuil de son corps d’avant, le deuil de la fluidité de ses pensées. On fait face à une sacrée dissonance cognitive : « Tout va bien, mes enfants sont en bonne santé, j’ai de la chance, alors pourquoi j’ai l’impression de crever de l’intérieur ? »
En plus, cette crise ne frappe pas forcément au moment où on l’attend. Elle n’arrive pas toujours pendant les trois premiers mois du bébé. Elle est cyclique. Elle peut ressurgir à l’arrivée d’un deuxième enfant, lors du retour au travail, ou quand les enfants grandissent et deviennent indépendants, nous laissant face à un silence assourdissant.
Comment on fait pour se retrouver (sans envoyer tout valser) ?
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut traverser ce tunnel. Mais attention, l’objectif n’est pas de redevenir la femme d’avant : c’est impossible, et c’est tant mieux. Le but est de devenir une version de soi plus vaste et mieux intégrée.
Les chercheuses Sarewitz et Trinko ont mené une étude pilote auprès de mères pour voir ce qui les aidait réellement à sortir de cette solitude existentielle. Voici les pistes concrètes :
- L’éducation à la matrescence : comprendre que ce que l’on vit est une transition hormonale, cérébrale et sociale normale (et non un échec personnel) fait baisser la pression d’un coup. Le simple fait de savoir que cela porte un nom change la donne.
- Pratiquer l’auto-compassion : arrêter de culpabiliser parce qu’on ressent de la nostalgie pour sa vie de célibataire ou sans enfant. On a le droit d’adorer ses gosses et de regretter la liberté d’avant en même temps. Les deux sentiments sont valides.
- Créer des espaces de reconnexion intime : cela ne veut pas dire aller au spa. Cela veut dire s’accorder du temps pour écouter sa propre voix. Qu’est-ce que vous aimez faire, juste pour vous, sans que cela n’ait de valeur productive ou parentale ? Écrire ? Peindre ? Regarder des docus animaliers sans personne qui crie ?
- Trouver une communauté de vulnérabilité : parler à d’autres daronnes, mais pas pour comparer le sommeil des bébés ou le choix des crèches. En parler pour de vrai, sans fard, pour réaliser qu’on est des milliers à fixer le plafond à 3 heures du matin en se demandant où est passée notre vie.
Maman n’est qu’une ligne sur votre CV de meuf extraordinaire. Il est grand temps de réveiller les autres.
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