FAUVE, en interview, parle adolescence, anonymat & écriture

FAUVE sort son nouvel album, « Vieux Frères partie 2 ». Du coup, Léa les a rencontrés pour parler du disque (un peu) et d'eux (beaucoup) !

FAUVE, en interview, parle adolescence, anonymat & écriture

Le 16 février dernier, FAUVE a sorti un nouvel album, Vieux Frères partie 2, qui (comme son titre le laisse penser) est la suite du premier, Vieux Frères partie 1. FAUVE, si tes oreilles se sont perdues en route depuis 2013, ce n’est pas une personne ni un groupe mais un collectif, qui raconte en musique les petites et grandes galères du quotidien et des relations aux autres de manière décomplexée, et qui est particulièrement connu pour avoir conseillé au blizzard d’aller « niquer sa mère ».

À l’occasion de la sortie de ce second disque, on a causé longtemps, et les membres de FAUVE ont raconté un peu comment ils avaient eu envie d’écrire, quel genre d’ados ils étaient, et comment ils gèrent les réactions du public et des médias. 

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FAUVE en interview

Salut FAUVE ! J’ai écouté votre nouvel album. Dans Vieux Frères partie 2, un peu comme dans le 1, j’ai l’impression qu’on parle beaucoup de voyage : le ciel, les paysages exotiques.. Il y a un côté poésie ; L’invitation au voyage de Baudelaire, ça vous parle ?

Aucun de nous n’est vraiment lettré, c’est un accident. Nous ne sommes pas de gros lecteurs de poésie. Ce qui nous parle à fond, c’est plus la notion de mouvement, Jack Kerouac… On a été nourris par ça, mais je crois que c’est vraiment personnel, c’est un vocabulaire qui nous est familier.

On aime tous voyager et on a pas mal bougé quand on était plus jeunes, un peu comme tous les gens de notre âge qui viennent du même milieu que nous. On a pas voyagé dans nos chambres, mais en vrai. On avait un véritable besoin, au début, de récupérer notre liberté de mouvement. Et là, avec FAUVE, on a été servis !

Pas trop branchés lettres, d’accord… Alors comment vous vous êtes mis à écrire ?

Par besoin. C’est contre le quotidien qu’on a commencé à se retrouver le soir pour écrire des chansons par rapport à ce qui nous angoissait ou ne nous plaisait pas dans à nos vies à l’époque. Tu vois, moi [le chanteur], j’étais une bite en français, j’ai eu 7 et 9 au bac. En fait, c’est comme quelqu’un qui écrit un journal intime : tu peux le faire sans être bon en quoi que ce soit de littéraire. C’est comme tenir un blog, aujourd’hui ça se fait facilement. Avec le fait que de nos jours, tu peux enregistrer de la musique chez toi, forcément, l’écriture est plus visible.

Un gamin de lycée qui veut écrire, je lui dirais fonce, ne te pose aucune question. Au final, il serait capable d’écrire des paroles de FAUVE. Il y en a qui disent ce genre de choses pour se moquer, mais c’est vrai !

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Adolescents, gentils losers

D’ailleurs, vous étiez comment chez FAUVE quand vous étiez ados ?

On n’écrivait pas, on écoutait du punk, Limp Bizkit, on faisait du roller, on jouait à la Playstation… Nos enfances et nos adolescences étaient très banales. Je n’ai pas un souvenir triste de mon adolescence, pas spécialement d’ennui non plus.

Ça dépend un peu des membres du collectif, mais globalement, on était un peu ce qu’on appelle des « transparents » : assez discrets, pas les stars de l’école et de la récré, ni non plus des grosses victimes. On était, comme plein de gens, dans une espèce de zone grise. Mais on était heureux : des gentils losers, pas celui qui se fait taper dessus et qui devient Bill Gates parce qu’il a envie de niquer tout le monde. On n’était pas trop au fait des choses, un peu à la bourre sur tout ce qui tournait autour des nanas… Quand tu grandis, tu es peut-être frustré d’avoir fait les choses en retard, mais c’est passé depuis !

Dans votre public, il y a pas mal de lycéen•ne•s, d’adolescent•es… À votre avis, qu’est-ce qui les accroche chez FAUVE ?

On n’est pas tristes ou cyniques, je ne crois pas. Mais on est des gens un peu anxieux, assez fleur bleue et donc un peu sanguins. Quand tu es comme ça, tout peut te faire peur ou tout désarçonner, et c’est peut-être un truc de l’adolescence mal digéré. On est un peu des ados attardés, on se le dit souvent entre nous ! [Ils sourient]

Mais c’est peut-être ça, l’énergie, effectivement, qui touche certaines personnes plus jeunes. Chez les gens plus âgés, ça va être le texte ou les instrus, chez les filles les aveux de faiblesse… En fait, les ados, c’est venu après, quand le public s’est mélangé. Au début, c’était plutôt des hipsters, ou des darons qui aiment bien les trucs un peu écrits. Y en a pour tout le monde !

En parlant de « trucs de darons » : je vous ai entendu chanter du Céline Dion sur France Inter il y a quelques temps. En vrai, vous aimez la chanson française ?

Céline Dion, c’est pas de la chanson française, ça transcende tout ! On aime bien avec second degré ; il y a aussi des trucs qu’on aime au premier degré, mais on écoute assez peu de chanson française. Comme la poésie, ce n’est pas trop notre éducation.

Certains groupes ont été biberonnés à Brel, ça se sait et c’est bien. Mais quand on nous dit à propos de FAUVE qu’« il y avait un vide dans la chanson française », j’en écoute pas donc je peux pas savoir, tu vois… Si quand même : Yves Simon, Serge Reggiani, les classiques comme tout le monde. Alain Bashung, c’est mortel.  On adore Biolay, parce que c’est super moderne, le mec est un gros fan de hip hop, il a des instru’ de ouf. Notre culture musicale commune dans le collectif, c’est le hip-hop. C’est peut-être pour ça que FAUVE a un goût de rock, mais n’en a pas vraiment la couleur.

Dans les paroles de Vieux Frères partie 2, comme dans la partie 1, il est souvent question de filles. Elle ressemble à quoi la nana d’aujourd’hui (bref, la madmoiZelle) selon FAUVE ?

Indépendante. Solide. Beyoncé. Non. [Ils rient]

C’est dur comme question, ça. Surtout quand tu réponds à un magazine féminin, si tu dis un truc de travers, tu te fais démonter ! C’est hyper large, il y a tellement de profils différents, rien que dans le cinéma français par exemple, tellement de variété. Il y a des filles à Paris, mais Paris, c’est pas la France…

Je crois que la femme, pour la majorité d’entre nous, ça reste un truc un peu mystérieux. Chez FAUVE, on n’est pas des mecs à meufs ; peut-être qu’on aimerait bien parfois, mais on n’est pas des experts de la gent féminine. On est un peu des « puceaux sauvages »… un peu moins maintenant qu’on grandit cela dit.

On ne donne de conseils à personne, on raconte juste notre ressenti. C’est vrai que c’est quelque chose qu’on vivait beaucoup à l’époque de Nuits Fauves : le morceau a été écrit pour raconter la galère que c’est de tomber amoureux, à Paris, en 2013. Mais tu ne sais pas qui est vraiment responsable. On n’a jamais considéré que « les filles elles font chier » ou que c’est « toutes des salopes » : tu as conscience que c’est toi qui est un manche à balai. C’est toute l’histoire de FAUVE, en fait, d’assumer par la parole.

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Vous revendiquez encore beaucoup le côté loser dans vos paroles. Est-ce que vous avez l’impression que ça correspond à un état d’esprit actuel, cette idée qu’« on est pas parfait mais on assume » ?

Est-ce qu’on est là au bon moment, est-ce que c’est pour ça qu’il se passe ce qu’il se passe… C’est un truc qu’on nous a beaucoup dit au début. Je pourrais juste répondre qu’on se penche assez peu sur ce genre de considérations.

On a toujours fait FAUVE sans se poser de questions. C’est très direct : c’est nos vécus, nos ressentis, il n’y a pas trop la volonté d’expliquer des phénomènes à grande échelle qui se passent autour de nous, ni de faire « le truc dont on va parler ». C’est carrément intime. La question est trop intelligente pour nous je crois !

FAUVE, ces « garçons sensibles » face aux regard des autres

Vous avez toujours parlé au nom du collectif et refusé les photos. Comment est-ce que vous gardez cet anonymat, maintenant que vous êtes hyper exposés médiatiquement ? 

C’est plus facile qu’avant en fait : je pense qu’on a passé la partie difficile, il n’y a plus trop de débat là-dessus et c’est cool. Ce qui est dur, au début, c’est de faire passer le message, parce que tu n’es personne aux yeux des journalistes et des autres. Il faut batailler pour que ce soit respecté par les médias — surtout les médias, parce que les gens comprennent bien.

On ne fait pas de compromis de là-dessus, on essaye d’aller au bout du projet et de la façon dont on l’envisage. Parfois tu te fais mal voir, les gens se disent « Putain mais c’est qui ces merdeux ? ». Mais tu l’acceptes, tu l’assumes, même si tu sais que ce n’est pas vrai. On se dit que ce n’est pas très grave tant qu’on tient notre ligne.

Fauve-anonymat

Aujourd’hui, il y a aussi une autre interprétation qui consiste à dire : « C’était quand même bien joué votre truc de ne pas montrer les visages et tout, c’est dans la lignée Daft Punk et compagnie, c’est une bonne stratégie de com’ ». Ce qu’on explique à chaque fois, c’est que cette histoire de visage, d’anonymat, de collectif, de logo, c’était déjà là, avant même que FAUVE n’existe. Ce n’est pas un concept, c’est vraiment lié à notre personnalité.

On a sorti des morceaux comme Kané et Saint-Anne : les textes sont durs, transparents, presque impudiques, donc ça a été clair tout de suite, quand on a voulu mettre ce projet en images, de ne pas mettre de visages. C’est tellement moins chiant. C’est peut-être un peu une façon de prendre de la distance. Oui, il y a l’idée de toujours pouvoir profiter de tout ça sans se taper les inconvénients liés à une potentielle notoriété. Je crois qu’on est quand même, malgré tout, des gens assez timides et pudiques.

Vous vous planquez un peu en fait… Vous êtes sensibles au regard des autres, à ce qu’on dit sur vous ?

On n’avait pas peur du regard des médias, parce qu’on ne savait pas que ça existait. Mais on est des êtres humains, donc forcément on est sensibles ! On est forcément touchés, que ce soit par le message positif de quelqu’un qui nous écoute et qui nous suit, ou par quelque chose de négatif venant d’un grand média.

Au début, tu vas lire un peu tout et ça te touche personnellement. Mais tu essayes de passer outre parce que tu n’as pas le choix. Tu apprends à le faire au fur et à mesure, à prendre un peu de recul, tu tranches avec les autres. C’est aussi pour ça qu’on est nombreux, on se protège un peu entre nous.

Vous êtes un peu LE groupe français le plus parodié en ce moment. Comment vous le prenez ? Est-ce qu’il y a un détournement qui vous a plus marqué que les autres ?

J’ai [le chanteur] adoré celle de ma belle-soeur à Noël dernier. Elle chantait une chanson de sa fille qui a à peu près 4 ans : La Tortue. Elle a tourné « la famille tortue et la maman tortue » en mode FAUVE, c’était trop drôle !

On en a pas écouté beaucoup. Il y a celle avec L’Auberge espagnole, une scène du film d’une minute trente où Romain Duris parle de l’amour sur une instru’ de Saint-Anne. Il y a quelque chose, dans la thématique et la façon dont il parle, c’est bien fait en fait !

On le prend bien. On est super bon public, on est fair-play, on donne des bons points ! S’ils veulent des parodies, il faut nous demander, on a beaucoup d’idées. On le fait un peu entre nous d’ailleurs. Il y a deux semaines, on bossait ici et on réécoutait les chansons de l’EP. Lui [le chanteur] s’imite naturellement parce qu’on entend la voix avec l’intonation.

Et à part ça, que devient FAUVE ?

D’ailleurs, la « voix » de FAUVE a un débit bien particulier. Comment ça se travaille ? Et quel effet ça fait de s’entendre ?

On n’a jamais trop travaillé, on aurait peut-être dû d’ailleurs ! [Ils se marrent]

Maintenant [le chanteur] je prends des cours de chant, pour le souffle, c’est tout nouveau. Je suis obligé, parce que je m’abîme vachement la voix sur scène par rapport à avant, et ce serait un peu con de gâcher la tournée à cause de ça. Ça fait dix ans qu’on fait de la musique ensemble, j’ai toujours chanté un peu. On passe au parlé parce qu’on assume pas sa voix chantée. On galère un peu au début.

Ça faisait un moment qu’on avait pas réécouté les chansons de l’EP Blizzard, parfois c’est cool, parfois ça a déjà un peu vieilli, c’est bizarre. Moi [le chanteur] je ne peux pas tenir plus de 10 secondes, ça me rend dingue. La version studio, c’est dur, alors que le live règle tout ! Mais Vieux Frères, je peux toujours l’écouter.

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Après ce deuxième album et la tournée qui va avec, vous avez prévu quoi pour FAUVE ?

On va faire une pause après la tournée 2015. On a le luxe de pouvoir le faire, c’est cool ! On a quand même beaucoup bossé, bien renvoyé l’ascenseur. On a mérité de se reposer, je crois, peut-être même d’arrêter FAUVE… C’est la fin de ce chapitre-là, on a besoin de recul. On ne voudrait pas prendre le risque de recommencer un truc pour écorner tout ça et gâcher des choses. Mais ce serait bête d’arrêter là et de ne pas exploiter ce qu’on a créé jusqu’à aujourd’hui, que ce soit sous une forme musicale ou autre. On ne sait pas ce qu’il va se passer après. On a décidé de ne rien prévoir.

Bon, on ne t’aura toujours pas expliqué notre vision de la femme moderne, on t’envoie un mail ? On est un peu fleur bleue tu sais, on est des garçons sensibles ! [Rires]

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Voici le dernier commentaire en date :

  • La chronophage
    La chronophage, Le 23 février 2015 à 11h29

    .... Putain de bande de bébés lapins. Vous êtes cuty.

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