La majoration pour âge s’éloigne de l’entrée au collège
Jusqu’à récemment, les parents de deux enfants ou plus pouvaient compter sur un petit boost financier : la majoration des allocations familiales. Ce bonus, conçu pour compenser le coût croissant de l’éducation et de l’entretien d’un enfant qui grandit, se déclenchait automatiquement dès le quatorzième anniversaire. Mais les règles du jeu ont changé. Depuis le 1er mars 2026, cet âge pivot a été reporté de 14 à 18 ans.
Ce changement se fait via une montée en charge progressive. Pour autant, le cap est fixé. D’ici 2030, seules les familles dont les enfants ont 18 ou 19 ans bénéficieront encore de ce coup de pouce. Pour les parents qui voient leur ado dévorer le frigo et multiplier les activités extrascolaires dès l’entrée au lycée, l’attente va paraître très longue.
Le manque à gagner pèse lourd sur les familles nombreuses
Le Conseil de la famille a fait les calculs et ils sont vertigineux. Une famille de deux enfants âgés de 14 et 16 ans, qui aurait dû percevoir les allocations à taux plein, va voir ses revenus annuels amputés de 906 euros.
La situation devient encore plus critique pour les familles plus nombreuses. Pour un foyer avec trois enfants de 14, 16 et 17 ans, la perte s’élève à 2 719 euros par an. C’est un budget considérable qui s’envole, alors même que cette période de la vie est souvent celle où les frais de scolarité, de transport et de vie quotidienne sont les plus élevés. L’État prévoit ainsi de réduire l’enveloppe globale de ces majorations de 80 % d’ici 2030, passant de 1,6 milliard d’euros à seulement 320 millions.
Les foyers les plus précaires se retrouvent encore en première ligne
C’est sans doute le point le plus préoccupant de cette réforme : elle frappe plus fort là où le budget est déjà serré. Les familles appartenant aux 20 % des ménages les plus modestes sont proportionnellement plus nombreuses à perdre au change que les familles aisées. En 2029, on estime que plus d’un tiers des familles modestes verront leurs prestations baisser.
Le mécanisme est d’autant plus injuste que cette perte n’est pas compensée par les autres dispositifs de solidarité. Les parents qui perçoivent le RSA ou la prime d’activité ne verront pas ces aides augmenter pour combler le vide, car la majoration pour âge n’est pas prise en compte dans leurs calculs. Selon les projections, le taux de pauvreté des familles pourrait augmenter de 0,2 point à cause de cette seule mesure. Un parent isolé avec deux enfants pourrait ainsi perdre environ 670 euros par an, soit une baisse de son niveau de vie de 2,6 %.
Le Conseil de la famille plaide pour un compromis plus juste
Face à ce constat, le Conseil de la famille ne reste pas silencieux. Après avoir émis un avis défavorable sur cette mesure, il recommande aujourd’hui de faire marche arrière ou, au moins, de limiter les dégâts. L’idée serait de fixer le curseur à 15 ans plutôt qu’à 18 ans. Ce décalage d’une seule année permettrait de réaliser des économies publiques tout en préservant l’essentiel du pouvoir d’achat des parents.
Maintenir cette aide dès 15 ans permettrait de respecter l’esprit initial de la loi : accompagner financièrement la période où l’enfant devient un jeune adulte et où ses besoins explosent. En attendant une éventuelle révision de cette réforme, les parents n’ont d’autre choix que d’anticiper ce trou dans le budget et de réorganiser leurs finances pour les années lycée de leurs enfants.
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