Féminiser les métiers du bâtiment, ça commence dès la 3ème

« Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin » est un concours lancé par les professionnels pour faire découvrir ces métiers aux collégiens. La remise des prix a eu lieu le 4 juin, et c'est l'occasion de faire le point sur la place des femmes et l'orientation dans ce secteur !

Féminiser les métiers du bâtiment, ça commence dès la 3ème

On ne le répétera jamais assez : en France, les hommes et les femmes ne sont pas répartis équitablement selon les secteurs professionnels. Dans le bâtiment, c’est particulièrement flagrant. En 2014, l’Observatoire des métiers du BTP a relevé que 88% des salariés de ce secteur étaient des hommes.

Pour intéresser les filles et les garçons à ces métiers, la CAPEB, c’est-à-dire la Confédération des Artisans et des petites entreprises du bâtiment, a mis en place depuis neuf ans le concours « Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin ». L’idée, c’est de proposer aux classes de collège d’imaginer un projet autour de la découverte de ces métiers et de la promotion de la mixité.

Cette année, les élèves de la classe de 3ème option découverte professionnelle du collège Notre-Dame à Montbahus, dans le Lot-et-Garonne ont remporté le premier prix du concours. Ils ont réalisé une vidéo qui retrace brièvement le parcours de Laura, une métallière, et dans laquelle deux filles de la classe se mettent en scène pour se transformer peu à peu en métallières.

La classe des lauréats a été reçue au siège de la CAPEB nationale le 4 juin dernier, par des représentants de la Confédération, du ministère de l’Education nationale, du ministère des Droits des Femmes, de la Mutuelle des Artisans, et de Pro BTP. Discours, photos, remise des diplômes : c’était l’occasion de savoir un peu à quoi sert ce genre de concours. Pourquoi intéresser les élèves dès le collège ?  Est-ce que ça marche de faire la promotion des femmes dans le bâtiment ?

Le bâtiment cherche des femmes !

Alors, pour commencer, halte aux idées reçues, oui, les filles peuvent travailler dans le bâtiment. C’est ce que Patrick Liebus, le président de la CAPEB nationale a précisé pendant son discours à la classe de 3ème :

« Il y a un avis du Conseil économique et social qui explique que tous nos métiers peuvent être exercés aussi bien par des femmes que par des hommes »

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S’il y a encore quelques dizaines d’années, on objectait qu’il fallait une grande force physique pour travailler dans ce secteur, cet obstacle disparaît peu à peu comme en informe le site de la CAPEB :

« La mécanisation des tâches, l’adaptation des dispositifs de manutention, le besoin d’une main-d’oeuvre qualifiée, le développement du tertiaire, des conditions de travail favorables sont autant d’éléments qui font que l’artisanat du bâtiment donne aux femmes de vraies opportunités professionnelles. »

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D’autant plus que comme me l’explique Fanny Nicoletto, présidente de la Commission Départementale des Femmes d’Artisans dans le Lot-et-Garonne, qui a travaillé avec les élèves sur ce concours, il y aussi des métiers du tertiaire dans ce secteur :

« Les métiers du bâtiment, ce n’est pas que le manoeuvre, c’est autre chose ! Ce que je trouve très bien dans ce concours, c’est que c’est vraiment un tremplin pour informer qu’il y a des femmes dans le bâtiment. Ça permet de leur dire que si elles ont une passion qui se déclenche, il faut qu’elles y aillent, parce qu’elles peuvent s’épanouir professionnellement. Être chef d’entreprise dans le bâtiment, c’est une fierté, et on peut aussi concilier sa vie familiale avec. »

D’ailleurs, le 3 juin dernier, la CAPEB a signé un plan de mixité avec la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem,  la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes Marisol Touraine, la Ministre du logement Sylvia Pinel, la secrétaire d’Etat au commerce Carole Delga et la secrétaire d’Etat déléguée aux Droits des Femmes, Pascale Boistard. Le plan renouvelle un accord de 2007 et prévoit :

« […] Des actions spécifiques seront menées aux moments déterminants de leur orientation (ou de leur réorientation) professionnelle.

[…] favoriser l’accès des femmes et notamment des salariées, à la fonction de chef d’entreprise. »

Patrick Liebus est enthousiaste sur le sujet :

« Oui, on a plus de soutien avec le ministère des Droits des Femmes. La prise de conscience est plus importante, parce que le ministère a une véritable identification. »

Il m’explique aussi que son rapport au Conseil économique et social lui a permis de se rendre compte qu’en lançant des initiatives dès 2006, la CAPEB était plutôt en avance sur la promotion de l’égalité professionnelle, par rapport à d’autres domaines. Mais en parler la 3ème, c’est tôt, non ? Pas du tout, en fait.

La 3ème, le passage-clé de l’orientation

Christophe Callegarin, le professeur de la classe qui a remporté le prix, a pointé dans son discours un problème essentiel de l’orientation : le fait que l’école soit souvent en décalage avec le monde professionnel. Fanny Nicoletto, qui est fille et petite-fille d’artisans, me le confirme :

« Moi-même, je me rappelle très bien quand j’étais en 3ème. Je ne savais pas ce que je voulais faire, et il faut le dire honnêtement, on n’a aucune connaissance des métiers qui existent ! Et maintenant, c’est compliqué pour nous professionnels de pénétrer dans les collèges : ils acceptent de recevoir des artisans, mais ils veulent quand même quelque chose de structuré. C’est vrai qu’avec ce concours, on peut leur expliquer, et ça nous donne un appui pour promouvoir ces métiers. »

Alors oui, c’est important de sensibiliser les élèves (filles ou garçons) assez tôt aux métiers du bâtiment, comme me l’indique Christophe Callegarin :

« Même si on peut le faire après, c’est la classe qui à la fin de l’année, choisit entre les voies professionnelles et générales. C’est l’année où il faut faire le plus d’effort possible pour les aider à cerner leurs capacités, ce qui les intéresse. »

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Et dans le Lot-et-Garonne, il est particulièrement important de mettre en valeur auprès des élèves cette branche du monde professionnel :

« On est en campagne, il y a 20% d’artisanat, on en est entourés, c’est ce qui fait l’emploi. »

Plein de métiers du bâtiment à découvrir par là :

Sensibiliser, ce n’est pas recruter à tout prix

Cela dit, l’objectif du concours « Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin » n’est pas de recruter à tout prix des élèves ni des filles en particulier pour les envoyer dans les filières du bâtiment après la 3ème. Un passage du discours de Patrick Liebus m’a particulièrement frappée : celui où il a expliqué aux élèves que même s’ils ne se destinaient pas à ces métiers, l’essentiel était qu’ils aient pu les découvrir et puissent désormais les respecter. Ce que me reconfirme l’intéressé :

« Je participais aussi à « Artisans Messagers », une initiative qui fait découvrir les métiers du bâtiment aux enfants dans les écoles : on arrive avec une maquette démontée et on la fabrique avec eux. À la fin, il y a l’électricité qui fonctionne et l’eau qui coule. Le but, c’est qu’ils apprennent à nous connaître, à nous respecter, à ne pas regarder une jeune fille qui est dans le bâtiment en disant qu’elle là-dedans parce qu’elle est nulle. »

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Fanny Nicoletto a d’ailleurs mentionné lors de son discours :

« Nous remercions la Confédération d’avoir mis en place ce concours, qui permet d’améliorer considérablement l’image de nos métiers, et la place de la femme dans l’artisanat. »

Améliorer l’image, certes, mais il reste encore du pain sur la planche de l’artisanat. Les professionnels présents et Fanny Nicoletto notamment sont conscients des limites de ce concours :

 « Ça reste une sensibilisation, ça ne va pas changer l’orientation. Mais ça ouvre quand même l’esprit. Ça montre qu’on peut faire tous les métiers, ça évite les limitations. On ne va pas les obliger, mais on peut au moins leur faire connaître et leur dire que ça existe, et leur dire peut-être ils vont se plaire dans un métier. »

La médiatisation de ce genre de concours est d’ailleurs pour elle l’occasion de faire avancer la place des femmes dans le bâtiment. Elle-même est conjointe de chef d’entreprise dans la maçonnerie et adhérente à la CAPEB. Elle dit avoir naturellement rejoint le groupe de femmes de la Confédération :

« On en discutait beaucoup avec ma grand-mère, qui a travaillé dans l’ombre de son mari pendant quelques années. À l’époque, il n’y avait pas de statut pour les femmes d’artisans qui exerçaient avec leur mari. Ça m’a énormément sensibilisée, et je me suis dit que je voulais rentrer dedans pour faire évoluer tout ça. »

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Et pour changer les choses dans le bâtiment, il faut en parler, encore et toujours :

« Ce n’est pas facile pour nous. Depuis le 2 août 2005, la femme dans le bâtiment a l’obligation de prendre un statut. Mais en 2015, il y en a toujours qui n’ont pas de statut, qui vivent encore dans l’ombre. Le jour où elles se séparent de leur mari, elles n’ont plus rien. Je pense qu’il faut le répéter, que ça va venir petit à petit, mais oui, il faudrait plus d’appui. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Le_lA
    Le_lA, Le 9 juin 2015 à 19h58

    le problème, c'est quand on dit qu'on est menuisière, les gens tirent la gueule et comprennent pas.

    le problème des filles dans le bâtiment et des lycées agricoles (pour tous) est un peu différent. mais le bâtiment s'apprend aussi en MFR ! (ah ouais, ça aussi, on l'oublie...)

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