Interview : Rachel, militante à Act Up

Rachel a 35 ans, elle porte du rouge, boit du chocolat chaud et elle travaille pour Act up-Paris, une association au sein de laquelle elle s’est engagée il y a 17 ans. Elle nous raconte pourquoi elle milite, ce qui a changé dans la lutte contre le Sida en presque deux décennies et ce qui […]

Interview : Rachel, militante à Act Up

Rachel a 35 ans, elle porte du rouge, boit du chocolat chaud et elle travaille pour Act up-Paris, une association au sein de laquelle elle s’est engagée il y a 17 ans. Elle nous raconte pourquoi elle milite, ce qui a changé dans la lutte contre le Sida en presque deux décennies et ce qui piétine.

madmoiZelle.com : Depuis quand te sens-tu engagée et depuis quand milites-tu chez Act Up ?

Rachel : Je dirais quand j’avais 15 ans. Et cela faisait quelques temps que j’y pensais. A l’époque Act Up-Paris n’existait pas, je suis allée à Aides, où l’on m’a dit que j’étais trop jeune pour cet engagement (il s’agissait là de l’aide directe aux malades). J’ai donc attendu d’avoir 18 ans (1993) pour cela, entre-temps Act Up-Paris a émergé. En général j’ai eu une conscience politique très très tôt, je jouais à Jean Moulin en cour de récré, l’élection de François Mitterrand était très importante pour moi, cela signifiait l’abolition de la peine de mort et cela m’a marqué.

Pourquoi eux ?

Act Up, c’est un groupe frontalement politique et combatif, qui a ce positionnement particulier d’être celui, en premier, des personnes séropositives. Il y a le refus du statut de victime, mais de celui d’être le/la premier acteur/actrice de sa vie. Tout cela avec le fait que c’est un groupe communautaire LGBT, qui porte haut la fierté d’être pédé, gouine, bi, trans’. Ces différents aspects renvoient à des éléments de ma vie, dont l’homosexualité. Le groupe m’a beaucoup apporté.

17 ans d’engagement, c’est long ! Comment sens tu que ça a évolué ? D’où c’est parti ?

Il y a eu des changements, oui. Le plus important c’est la mortalité. Quand je suis arrivée, presque toutes les semaines, on apprenait la mort d’un militant. C’était une période dure, tendue, où la colère saturait l’espace. Depuis, des traitements ont amélioré les choses (en 1996, les trithérapies) ; des lois ont été créées (sous l’impulsion des associations) : la suspension de peine pour raison médicale (2002), dispositif trop peu appliqué ; le PaCS (1999) qui est une nette évolution, mais qui pourtant n’est pas l’égalité.

Mais en même temps tellement de choses n’ont pas changé, voire ont empiré : 1 pédé sur 5 est séropositif, actuellement le nombre de nouvelles contaminations ne diminue pas, l’éducation sexuelle et la prévention sur le sida et les IST sont inconséquentes, tant à l’école que pour les campagnes publiques. Les minimas sociaux sont insuffisants pour vivre, l’allocation adulte handicapés est de 696,63 €, bien en deçà du seuil de pauvreté (908 euros). 50 % des personnes atteints duVIH en France vivent sous le seuil de pauvreté et  22 % n’ont pas de logement. Sans compter le démantèlement de l’assurance maladie, les expulsions de sans-papiers, …

L’engagement à Act Up, que cela soit le mien ou celui je pense de l’ensemble des militantes, est au départ une manifestation de colère, face à des situations absolument terrifiantes. Et ce qui est triste c’est que fondamentalement si Act Up, et les autres associations, n’étaient pas là, la situation serait pire encore. Rien de ce qui a été obtenu ne l’a été spontanément mais a été le fruit de nos pressions.

Et aujourd’hui, tu sens qu’on est plus avancés dans la prévention ?

Je crois qu’on peut dire qu’il y a une fausse assurance là-dessus. D’abord sur une impression d’être bien informé, alors que beaucoup d’idées fausses sont encore bien présentes. Ceci tant sur le sida, les IST (Infections sexuellement transmissibles) que sur la contraception. Que se soit donc par le peu de prévention fait par l’Etat et les collectivités, mais aussi sur les sites de rencontres, aussi bien hétéro qu’homo où l’on trouve peu voir pas du tout de prévention. Donc oui, depuis le début de l’épidémie, l’usage du préservatif s’est généralisé. Mais pour autant, est-ce que le message concernant sa bonne utilisation est bien passé ? Il faut l’utiliser avec du gel à base d’eau et uniquement, en changer à chaque rapport, ne pas en superposer, l’utiliser pour toutes les pénétrations et donc aussi pour la fellation, il en existe sans latex, en cas d’allergies, il existe aussi des Fémidons :  des préservatifs féminins qu’on introduit dans le vagin, avant le rapport.  Ces derniers sont peu connus et c’est vraiment dommage car cela donne aux femmes une maîtrise sur leur sexualité protégée.

Par ailleurs, il existe encore beaucoup de tabous autour de la sexualité et de la fidélité qui font prendre trop de risques. Certaines utilisent la capote pour les premiers rapports et puis se disent que c’est bon, alors que non ! D’autres choisissent d’arrêter la capote dans un couple mais n’osent pas ensuite parler de relations extraconjugales et prennent / font prendre des risques à leur(s) partenaire(s). La santé doit passer avant la morale ! Au moindre doute ou prise de risque, (une capote qui craque par exemple), ne pas hésiter à demander un TPE (traitement post-exposition) Poser des questions et faire des tests VIH régulièrement ! On peut le faire gratuitement et anonymement dans les CDAG, voir le site de Sida Info Service. Et plus généralement je conseille vivement à toutes les madmoizelles de profiter des planning familiaux, c’est un espace gratuit et anonyme (si on le souhaite) ou l’on peut parler sexualité, contraception, etc, ou on peut avoir accès à une gynécologue et se faire prescrire une contraception. Tout comme de ne pas hésiter à se tourner vers les associations de lutte contre le sida pour avoir de l’infos et des préservatifs masculins et féminins et du gel (les associations les distribues gratuitement)

Pour toi, pourquoi et comment est il utile de s’engager aujourd’hui ?

Alors un engagement c’est toujours une démarche personnelle et si on le fait par rapport à une éthique, « pour les autres », c’est tout de même d’abord pour soi. Militer c’est un investissement qui demande souvent beaucoup mais qui apporte aussi énormément. A Act Up-Paris, nous avons un fonctionnement particulier, où nous avons des réunions hebdomadaires qui sont publiques, tous les jeudis à partir de 19h à l’école des Beaux-arts et où surtout chacune choisit son engagement. Le cadre est très léger, et c’est les personnes qui choisissent où elles s’investissent. A Act Up on fait de l’agit prop (= « propagande »), du lobbying sur les laboratoires pharmaceutiques, sur les ministères, on tient des stands, on élabore des outils d’informations pour les personnes séropositives, etc.

On peut trouver Act Up à Paris et à Toulouse (deux associations indépendantes), mais il y a vraiment un réseau assez important d’associations, qui ont chacune leur champ d’actions et leur fonctionnement, on peut trouver les associations proches de chez soi en contactant sida info service par téléphone : 0 800 840 800 ou sur le site : www.sida-info-service.org. Le militantisme peut prendre d’autres formes, organiser dans son établissement scolaire des journées d’informations, organiser une collecte pour les associations, on peut donner au Sidaction. Je crois que le principe du militantisme, c’est de s’emparer de sa citoyenneté et de ne pas rester spectatrice, et cela c’est utile pour soi, les gens qu’on aime et la société.?? N’hésitez pas à nous contacter, et à vous rendre sur notre site !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • AnonymousUser
    AnonymousUser, Le 27 mars 2010 à 12h19

    J'aime beaucoup cette interview, sa me parle pas mal étant donné que je pense de plus en plus à m'engager dans une association. Je n'ai pas encore trouvée THE association pour moi mais ce genre de message me conforte dans mon idée.

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