Vers la fin de la fessée et autres violences éducatives en France ?

La fessée sera-t-elle bientôt, en compagnie des autres « violences éducatives ordinaires », interdite en France ? De nombreux pays d'Europe ont déjà franchi ce cap.

Vers la fin de la fessée et autres violences éducatives en France ?
Une éducation sans violence

Chaque année depuis 2004, l’association la Maison de l’Enfant organise la journée de la non-violence éducative. Le but : sensibiliser les parents à une éducation moins violente, sans fessée, sans gifle et autres violences.

Pour l’occasion, nous re-publions cet article qui aborde la législation autour des violences éducatives en France.

La potentielle interdiction des violences éducatives (fessée, gifle, mais aussi cris, menaces, autres coups…) n’est pas un thème inédit.

En 2013 déjà, la Fondation pour l’Enfance sortait la campagne La Gifle, visant à rappeler qu’« il n’y a pas de petite claque ».

Des années plus tard, en 2016, l’ONU rappelait à l’ordre la France, à qui elle demandait l’interdiction par la loi des violences éducatives.

Cette interdiction aurait été symbolique, et non assortie de sanctions pénales, mais elle n’a pas vu le jour. Elle devait être intégrée au projet de loi Égalité et Citoyenneté.

Revirement de situation en janvier 2017 : la loi interdisant les violences « éducatives » a été censurée par le Conseil Constitutionnel.

Plus d’un an plus tard, le sujet revient sur le tapis…

La fessée et autres violences éducatives bientôt interdites ?

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé début mars 2018 qu’elle soutenait une proposition de loi visant à interdire ce qu’on appelle les « violences éducatives ordinaires ».

Serait alors inscrit dans le code civil le droit des enfants à une éducation sans violence, explique BFM.

En Europe, 22 pays interdisent déjà les châtiments corporels. En plus de la France, les États ne l’interdisant pas sont la République Tchèque, l’Italie, la Slovaquie, la Belgique et le Royaume-Uni.

L’annonce d’Agnès Buzyn suit de près une nouvelle campagne de la Fondation pour l’Enfance rappelant que « Frapper / Crier sur son enfant, c’est le marquer pour longtemps ».

Le débat sur la fessée fait rage à nouveau

Comme à chaque fois que la possibilité d’interdire la fessée est abordée, le débat reprend avec ferveur autour des violences éducatives.

Car ces pratiques concernent une grande partie de la population…

Les chiffres de la violence éducative

Selon l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire :

  • 85% des parents français disent pratiquer la violence éducative ordinaire
  • 71,5% donnent une « petite gifle ».
  • Plus de la moitié des parents frapperaient leurs enfants avant l’âge de 2 ans.

On a donc droit, comme à chaque rebondissement dans l’actualité :

  • Aux gens (dont je fais partie) qui rappellent qu’on ne frappe pas son chien, on ne frappe pas sa femme, alors de quel droit on frapperait son enfant ?
  • Aux gens qui disent que bon, ils ont reçu quelques fessées ou autres violences, ils n’en sont pas morts, ils l’avaient mérité, c’est pas si grave.
  • Aux gens qui disent qu’interdire la fessée c’est LE TOTALITARISME D’ÉTAT !!

Si, si, promis. J’ai un beau spécimen de cette dernière catégorie…

L’hallucinante défense de la fessée dans Salut les Terriens

Invité dans Salut les Terriens, Emmanuel Jaffelin, philosophe et auteur d’Apologie de la punition, a livré une défense des châtiments corporels que je trouve totalement affligeante.

Surtout qu’elle suit la pastille L’édito de Blako qui reprend diverses campagnes montrant la potentielle gravité des violences éducatives ordinaires…

Mélangeant le puritanisme d’une société qui le regarde de travers quand il a geste affectueux envers sa fille, les comparaisons hasardeuses, et dénonçant le détachement global de l’enfant, Emmanuel Jaffelin sort d’immenses énormités.

Selon lui, tenez-vous bien, comme l’enfant est né d’un acte corporel, charnel, alors lui prodiguer des actes charnels, y compris des violences physiques, c’est… prolonger… l’amour… qui lui a donné vie.

Partant de là, il déroule un « argumentaire » qui part dans tous les sens, n’accepte aucune nuance et enchaîne les variations sur le thème « c’était mieux avant ».

Attention citation :

« En interdisant la fessée sur les enfants, on feint d’aimer les enfants ! Alors qu’en fait, on n’en fait plus, des enfants.

Pourquoi ? Parce qu’on se considère comme des enfants ! On est habillés comme des ados, on est des adulescents… »

Moi devant cette « argumentation » en totale roue libre

Et de continuer sans aucune peur des mots : « si l’État nous interdit de gifler ou de caresser, alors il interdit l’amour ».

Ok Manu, perso je voix deux ou trois différences dans le niveau d’amour prodigué par une gifle VS une caresse, mais ça doit être parce que je suis nazie.

Quoi ? Ah oui : Thierry Ardisson et Emmanuel Jaffelin comparent la France, dans le plus grand des calmes, aux sociétés nazies et soviétiques, dans lesquelles « l’enfant appartenait à l’État ».

Je plaçais un peu d’espoir dans la réponse d’un juge des enfants présent sur le plateau. Tant pis.

Il estime que c’est une sale habitude de trop légiférer, et que tout ça est un débat de pays riches, alors que dans d’autres pays, les enfants sont maltraités, tués, forcés à faire la guerre…

Alors certes, mais à mon sens, « y a pire ailleurs » ça n’a jamais réglé les problèmes qui sont sous notre nez. C’est juste une façon de mettre la tête dans le sable.

À lire aussi : Les violences envers les enfants, une effrayante banalité dénoncée par l’UNICEF

Une violence reste une violence, pas de l’amour

Je m’étais promis de ne pas mettre de sarcasme dans cet article, mais j’ai été trop hallucinée par les propos d’Emmanuel Jaffelin pour garder mon calme. Pas désolée.

Par contre, un peu de sérieux.

Ça me fait vraiment peur de voir un mec raconter, à une heure de grande écoute, qu’une claque c’est de l’amour. Qu’on ne meurt pas d’une violence physique, donc ça n’est pas grave.

Et de voit ce même mec faire comme s’il n’existait aucune façon de punir un enfant au-delà des châtiments corporels.

Ça me fait peur parce que ces enfants deviennent des adultes, des adultes qui ont peut-être appris qu’en effet, se prendre un coup, ça peut être de l’amour. Qui resteront peut-être dans des relations toxiques, à cause de cette méconnaissance de l’amour.

Qui deviendront peut-être des adultes donnant des claques à leurs enfants, parce qu’ils n’en sont pas morts, parce que c’est ça, aimer, au fond. C’est frapper.

À lire aussi : Mon mec vient de me frapper pour la première fois, que faire ?

Alors si la France pouvait agir, ne serait-ce qu’au niveau symbolique, contre l’idée que la violence est un acte d’amour, ouais, je trouverais ça bien, moi. Ça serait déjà un premier pas.

T’en penses quoi, toi ?

Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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