La mesure demeure une simple annonce sans effet sur la rentrée
Dans une prise de parole remarquée, le candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 a formulé le souhait de créer une « amende de responsabilisation scolaire ». Son projet accorderait aux maires la possibilité de sanctionner financièrement les familles, sur recommandation des équipes pédagogiques. Quatre motifs sont ciblés : le harcèlement entre élèves, les perturbations fréquentes en classe, l’absentéisme non justifié ainsi que les violences verbales ou physiques d’adultes envers le personnel éducatif.
Cette idée, qui fait réagir un bon nombre de parents d’élèves, relève d’une stratégie de campagne et ne constitue en aucun cas une règle applicable pour cette rentrée scolaire. Aucun décret n’a été voté et aucune amende ne sera glissée dans le carnet de correspondance de vos enfants. Pour voir le jour, ce dispositif nécessiterait un vote du Parlement, une définition très stricte des critères de gravité et une clarification des prérogatives des municipalités, autant d’étapes juridiques encore absentes du projet.
L’arsenal juridique actuel sanctionne déjà les manquements graves
Rassurez-vous, l’absence de cette nouvelle amende ne signifie pas que le cadre légal ignore le harcèlement ou les incivilités. Depuis 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit pénal spécifique qui vise directement l’auteur des faits. Par ailleurs, la responsabilité civile des parents s’applique de plein droit via l’article 1242 du Code civil pour réparer l’ensemble des dommages causés par un enfant mineur.
Du côté de l’assiduité, les textes en vigueur permettent déjà d’intervenir de manière graduée. Lorsque votre enfant accumule au moins quatre demi-journées d’absence non justifiées dans un mois, l’établissement engage un dialogue puis transmet un dossier à l’autorité académique. En cas d’absences injustifiées persistantes, des amendes forfaitaires allant de 135 euros à 750 euros sont d’ores et déjà prévues. Si un manquement parental met gravement en péril la sécurité ou l’éducation de l’enfant, le Code pénal autorise des poursuites plus lourdes.
Toucher au budget des familles résout rarement les causes profondes
Inspirée de dispositifs britanniques où des sanctions financières frappent les absences non autorisées, cette idée rappelle surtout une mesure déjà testée sur le territoire national. En 2010, la loi dite « Ciotti » permettait de suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme répétitif. Abrogée dès 2013 en raison de son inutilité avérée, elle avait montré ses limites : sur plus d’une année scolaire, les quelques centaines de suspensions prononcées n’avaient pas permis de ramener la grande majorité des élèves concernés sur le chemin de l’école.
Pénaliser le portefeuille des parents tend principalement à fragiliser des foyers parfois déjà vulnérables ou isolés. Les comportements perturbateurs, les décrochages ou les agissements violents ne résultent pas obligatoirement d’un laxisme à la maison. Ils traduisent souvent une souffrance psychologique, une phobie scolaire, des difficultés d’apprentissage ou une mauvaise orientation. Punir financièrement une famille ne résout pas le malaise d’un enfant et risque d’ajouter de la tension au sein du foyer sans apporter de solution éducative.
Le manque criant de moyens humains reste le vrai frein sur le terrain
Au-delà des slogans politiques, la gestion des incivilités et du harcèlement se heurte d’abord à la réalité matérielle du monde éducatif. Sur le terrain, les enseignantes et enseignants, les conseillers principaux d’éducation, les surveillants, mais aussi les psychologues de l’Éducation nationale et les assistants sociaux se retrouvent en première ligne face à des situations d’une grande complexité. Pourtant, les équipes manquent cruellement de temps, de formations adaptées et de personnel pour assurer un suivi individuel efficace.
Dans des classes souvent surchargées, repérer les premiers signaux faibles d’un harcèlement ou accompagner un élève en crise relève du parcours du combattant. Brandir la menace d’une amende envers les familles détourne l’attention des vrais besoins : créer des postes pérennes, former les adultes qui encadrent les enfants au quotidien et redonner au service public d’éducation les moyens d’exercer sa mission d’écoute et de prévention. Sans renforcement massif de la présence humaine dans les établissements, la lutte contre les violences scolaires restera un vœu pieux.
Écoutez l’Apéro des Daronnes, l’émission de Madmoizelle qui veut faire tomber les tabous autour de la parentalité.





































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