Écoute le parcours de Jeanne Siaud-Facchin, la psy des « zèbres »

Jeanne Siaud-Facchin est la psychologue spécialiste du sujet des personnes dites "surdouées" en France, ou du moins celle qui a inventé et popularisé le terme de "zèbre" pour les désigner. Fab a passé une heure avec elle pour retracer son parcours dans son podcast "Histoires de Succès".

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Fab

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Fab est le créateur et le patron de madmoiZelle.com, lancé le 1er octobre 2005 dans son grenier. Il aime mener de très longues interviews et aider des jeunes-qui-n'en-veulent à percer.

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Commentaires

Lelys

Quand une personne neuroatypique est isolée, mal diagnostiquée et dépressive, on ne va pas aller lui dire "non mais, attends, c'est pas ton trouble qui crée "directement" ton soucis, c'est sans doute plus insidieux, donc ça sert à rien d'en parler".
Vous imaginez une personne autiste qui vient et qui dit "Je suis dépressif car mes difficultés sociales découlant de mes problèmes de détections des émotions vont que je me sens extrêmement mal et en décalage avec mon entourage, au point que je me scarifie", est-ce qu'on va lui répondre "Non mais, si t'es dépressif, c'est pas important de dire que tu es autiste, tu sais, on s'en fiche" ? Alors que ça a peut-être quand même un lien possible ?

Je conçois parfaitement, et même j'encourage, de sortir du "tout est dû à mon HQI". Mais tomber dans le total inverse en ne voulant pas se poser la question de l'implication du HQI, c'est quand même assez extrême, non ? On parle de fonctionnement cognitif, pourquoi donc partir du principe qu'un fonctionnement cognitif n'a pas d'intérêt ?

J'ai trouvé une thèse très intéressante sur le sujet, qui porte sur les relations entre potentiel intellectuel, dépression et anxiété chez l'enfant, de Solen Kermarrec, dont je vous met un extrait résumant ce qu'elle conclue de son étude :

Au total, ce travail de thèse met en évidence, à partir de l’évaluation psychiatrique des diagnostics d’anxiété etde dépression, l’existence significative de trouble anxieux chez les enfants à haut potentiel intellectuel comparé au groupe contrôle, ce qui n’est pas le cas pour les troubles dépressifs. De plus, ces résultats soulignent l’importance de disposer de plusieurs sources d’observation. et de mener les analyses statistiques sur les différentes dimensions du fonctionnement intellectuel (les quatre indices du WISC-IV), des associations significatives apparaissant au niveaux des indices et non du score composite de QIT (selon les auto questionnaires de l’enfant, des scores d’ICV élevés sont significativement associés tant avec l’anxiété que la dépression, alors que des scores élevés à l’IRP seraient protecteurs pour l’anxiété et des scores élevés à l’IMT ou à l’IVT seraient protecteurs pour la dépression).
Dans la conclusion, sont développées de nouvelles hypothèses interprétatives, rendant compte qu’un haut potentiel intellectuel pourrait être un facteur protecteur de l’anxiété et/ou de la dépression pour certains enfants, alors que pour d’autres enfants, il pourrait être un facteur de vulnérabilité, en particulier lorsqu’il existe des scores d’ICV élevés et quand il est associé à de possibles autres facteurs comme une faible estime de soi ou une absence de soutien social. Ceci permettrait aussi d’expliquer, en partie, certains résultats contradictoires de la revue de la littérature sur l’anxiété et la dépression chez les enfants à haut potentiel intellectuel. Ces résultats nécessitent d’être confirmés par des recherches ultérieures afin de mieux comprendre les mécanismes des effets protecteurs et de vulnérabilité de certains domaines/dimensions intellectuels et d’étudier également l’impact de certaines variables de pondération comme l’estime de soi et le soutien social.
J'apprécie notamment qu'elle fasse des tests sur si les différentes composantes du QI et non uniquement sur le QI total (une personne avec un QI verbal élevé et une QI performance faible n'aura peut-être pas les mêmes types de réactions, d'adaptations ou de troubles qu'une personne présentant l'inverse, par exemple), ce qui permettrait d'expliquer, pourquoi pas, quelques contradictions dans les études qui ne le font pas (je trouve ça plus pertinent que de directement conclure que le HQI n'existe pas, perso).

Lien (attention, ça télécharge) : https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&url=https://www.theses.fr/2017USPCB216.pdf&ved=2ahUKEwiNx-Xqv-XnAhWMsBQKHSvzA2sQFjALegQIBhAB&usg=AOvVaw2nXgatYRQbiKqRteTDxftk&cshid=1582386184216

@Valentina-
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Sinon, pour revenir à une réponse plus générale, autant on manque de données pour savoir si le HP est en général plus malheureux que les autres, autant on en manque aussi pour dire qu'ils sont plus heureux, hein. C'est réciproque comme type de connaissances, en l'occurrence.

Il faut prendre en compte qu'un enfant surdoué a un développement qui n'est pas toujours uniforme, qui est déséquilibré. Il est à la fois très mature sur certains points, et pas assez sur d'autres. Ce qui crée des difficultés pour bien le prendre en charge, puisqu'il peut être difficile d'agir et que les points où il est en "avance" risquent de camoufler les autres qui sont alors encore moins pris en charge et qui finissent pas créer des décalages très handicapants plus tard, quand la personne n'en est plus à un stade où il est aisé de se développer cognitivement parlant. C'est un contraste qui peut qui plus est participer au décalage avec les autres enfants, donnant une raison de harcèlement.
Aussi, je pense qu'il n'est pas incohérent de penser qu'un enfant qui a plus tendance à s'ennuyer et qui conceptualisé peut-être plus tôt que d'autres des notions comme le rejet et la question du sens de la vie, risque de développer des troubles anxieux voire des troubles dépressifs plus tôt que d'autres. Je n'affirme rien, juste que directement conclure que ça n'a pas d'intérêt de se poser la question, ça me dérange un peu alors que je trouve justement que ça pourrait en avoir.

Alors oui, on n'a pas les moyens de fair du cas par cas tout le temps. La société ne peut pas s'adapter à tout le monde, et il est évident que le surdoué, qui semble avoir une certaine capacité du fait de ses facultés à s'adapter et à pallier les symptômes des troubles, n'a peut-être pas à être là priorité quand on le compare à des pathologies plus lourdes. Mais il n'est pas question de ne se concentrer que sur eux ou de ne plus rien adapter aux autres. Si, par exemple, je voulais qu'on s'adapter aux troubles dys, il ne me semblerait pas pertinent d'arrêter mes considérations sous prétexte que d'autres troubles existent et nécessiteraient aussi une adaptation en classe. Pour moi, essayer le plus possible de créer des structures qui permettent d'aider les élèves et de les guider du mieux possible vers la réalisation de leur plein potentiel et la paliation de leur handicap, me semble être un beau but à atteindre. Considérer que l'on doive forcément s'adapter à la société me semble un peu réducteur : oui, dans le fond, "il faut", que ce soit parce que créer des stratégies prend du temps, mais aussi car on ne peut décemment pas trouver les moyens pour aider tout le monde à la hauteur nécessaire pour que plus la moindre différence n'existe. Cependant, partir du principe qu'on doit tous s'adapter, ça me semble être un peu la meilleure façon de ne rien faire, donc je préfère une tâche que je vais pouvoir faire évoluer même sans atteindre mon but final, que pas d'évolution du tout.
 

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