Le « honest trailer » de Zootopie, la séance de rattrapage d’un film empouvoirant

Le honest trailer de Zootopie est l'occasion de faire une séance de rattrapage sur ce dessin animé étonnamment empouvoirant, ou comment expliquer les discriminations à des enfants (ça marche aussi sur les adultes !).

Le « honest trailer » de Zootopie, la séance de rattrapage d’un film empouvoirant

Je suis allée voir Zootopie au cinéma alors qu’il était déjà en cinquième semaine. Que voulez-vous, je crois que je vieillis, les dessins animés ne m’attirent plus autant que naguère, même s’ils sortent des studios Disney…

Il faut dire que mon éveil au féminisme m’a très vite ouvert les yeux sur le sexisme de nombreuses fictions à base de princesses, de mariages et de « ils eurent beaucoup d’enfants ».

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À l’exception notoire de Pocahontas et Mulan (et encore, l’histoire d’amour y reste très présente), les « héroïnes » Disney (et Pixar !) ne me faisaient vraiment pas rêver…

Il a fallu attendre Rebelle (Brave) pour que je trouve dans un personnage féminin toute l’indépendance et la badasserie qui m’inspiraient.

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Zootopie, ou les discriminations expliquées à tout le monde

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Avec Zootopie, j’ai pris une claque. Déjà j’ai ri, parce que le film est truffé de références pour adultes, un peu à la Astérix mission Cléopâtre (mais version Disney !).

« Zootopie » est un polar humoristique pour enfants truffé de références pour adultes.

Ensuite, j’ai été surprise par le scénario : ce que je croyais être l’histoire principale du film s’est en fait déroulée dans les dix premières minutes, en ellipse. Bah oui, je me suis dit : ça va être la vie de Judy Hopps, le lapin qui voulait devenir détective de police. Elle va en chier grave, mais elle va finir par réussir, et elle vivra heureuse en ayant beaucoup d’enfants.

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Ô surprise : le film commence effectivement par Judy Hopps poursuivant son rêve. Et ensuite ? Si tu ne veux pas savoir, tu peux te contenter de regarder le trailer honnête ci-dessous. Ça spoile un peu, mais faut avoir vu le film pour comprendre ce qui est spoilant (je pense).

Sinon, rendez-vous sous le trailer honnête, je continue ma critique, sans prendre de précautions-spoiler ! Pour la critique SANS spoilers, rendez-vous chez Aki !

Zootopie, l’honest trailer !

Zootopie, la critique AVEC SPOILERS !

Judy Hopps est un lapin, et on n’a jamais vu un inspecteur de police être « une proie »… Car dans la société animale de Zootopie, si les animaux vivent en harmonie, personne n’a oublié qu’à l’origine, ils sont divisés en deux groupes distincts : les prédateurs (environ 10% de la population) et les proies (environ 90%).

Les proies et les prédateurs vivent en harmonie…Mais c’est pas si évident tous les jours…

Jadis ennemis mortels, prédateurs et proies vivent désormais en harmonie… Vraiment ? Ah. Entre les prédateurs qui se croient supérieurs par leur nature, ceux qui se sentent obligés de l’être, de l’incarner, pour la même raison, entre les proies qui subissent le harcèlement de prédateurs, celles qui se rebellent et dénoncent ces comportements, celles qui nourrissent une méfiance à l’égard de tous les prédateurs, ou encore celles qui nourrissent un sentiment d’infériorité, et/ou qui s‘accommodent d’une domination subie…

Toutes ces configurations schématisent la complexité des rapports de dominants-dominés dans la société actuelle ! Bien sûr, c’est extrêmement simplifié, puisque c’est au bénéfice des enfants que cette vulgarisation est réalisée, mais le film réussit à développer toute une série de métaphores sur les discriminations « ordinaires » sans jamais tomber dans le manichéisme.

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« Il ne faut pas toucher la laine d’un mouton sans lui demander la permission ! »

Expliquer et dénoncer sans accuser

On ne sait pas quel « groupe » est représenté par qui dans Zootopie ! Bien sûr que les prédateurs me font penser, moi, femme blanche, aux hommes blancs. Mais est-ce qu’une femme noire ne verra pas dans les mêmes animaux des femmes blanches, ignorantes de leurs privilèges dans la même société ?

Zootopie explique les oppressions et les discriminations sans jamais attribuer d’étiquettes ni accuser

C’est ça, la prouesse de Zootopie : expliquer les mécanismes des oppressions et leurs conséquences dans la société (les discriminations !) sans jamais « attribuer » des étiquettes aux un•es et aux autres. Par ce procédé, on comprend la différence entre une oppression systémique et des actes discriminatoires isolés. Ça n’excuse rien, mais ça permettra peut-être à certain•es de comprendre que non, il n’y a pas de « sexisme anti-hommes », MAIS que LE sexisme comme oppression systémique touche AUSSI les hommes.

Allez voir Zootopie, Nick Wilde (le renard) vous l’expliquera mieux que moi !

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Zootopie, une claque empouvoirante

Mais ce n’est même pas pour sa pédagogie très maline anti-discriminations que j’ai autant kiffé Zootopie : c‘est juste pour son héroïne, l’inspecteur Judy Hopps, que j’aurais volontiers placardée en une de notre dossier empouvoirement, tant elle incarne parfaitement ce concept à mes yeux !

Judy Hopps est un lapin. Une proie, donc. Elle est destinée à devenir cultivatrice de carottes, comme toute sa famille (TRÈS nombreuse) depuis des générations. Sauf que Judy veut devenir inspecteur de police, mais aucune proie n’est jamais devenue inspectrice de police. Et tout le monde le lui répète, de la brute qui harcèle ses amis à ses parents, ses profs, les inconnus : tout le monde.

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Est-ce que ça va l’arrêter ? Haha ! Même pas une ellipse narrative n’est consacrée à toutes ces années de battage d’ovaires puissance « je trace ma route, tût tût les rageux ».

Judy Hopps débarque à l’académie de police, et ô absence de surprise : l’entraînement physique n’est pas DU TOUT adapté à son gabarit de lapin. Elle a l’air d’un pokémon à côté des grosses brutes de prédateurs qui passent les obstacles (presque) sans suer.

Est-ce que Judy se décourage ? HAHA ! À l’image du Major Misty Posey, qui a développé une technique d’entraînement spéciale, notre lapine redouble d’efforts et surtout, se repose sur ses atouts. Elle n’a ni la taille ni la force d’un rhinocéros ? Elle joue avec son agilité et sa vélocité de lapin pour franchir les obstacles.

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Le lapin et le rhinocéros, une fable méconnue (sans doute !)

Judy Hopps sort major de promo, et intègre le plus prestigieux poste de police : celui du centre ville de Zootopie. Est-ce que le commandant du poste l’accueille à bras ouverts et la félicite d’avoir enfoncé autant de portes closes bien blindées ? HAHAHA !

Il la colle au stationnement, avec un objectif de PV à donner. Objectif qu’elle explose en une demi-journée, bien sûr. Donc elle revient à la charge, et demande une vraie mission d’inspectrice, vu qu’elle EST inspectrice, n’est-ce pas. Est-ce que le chef de la police se rend compte qu’il se comporte en mufle bien buté (et je dis pas ça parce que c’est un BUFFLE lol) ? NON HAHAHAHA.

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Mais va-t-elle se laisser abattre pour autant ? Spoiler alert : Judy Hopps n’a pas fait tout ce chemin pour se laisser arrêter par quoi que ce soit. Face à ce mufle buffle buté, elle mise tout : elle réclame une vraie enquête, à tout prix, et le chef la prend au mot. Il lui laisse 48h pour résoudre l’enquête. Si elle échoue, elle doit démissionner.

Ce dilemme, j’ai le sentiment de l’avoir déjà vécu de trop nombreuses fois : on ne veut pas de moi ici, mais moi je veux rester, mais pas à n’importe quel prix. J’ai rien à gagner à rester dans cette situation, mais tout à perdre en prenant le pari qu’on me tend comme un piège.

Judy l’accepte. Va-t-elle réussir ? Pas toute seule… Et pour quelqu’un qui avait pris l’habitude de pousser ou contourner les obstacles en solitaire, l’ascension en cordée va lui demander un peu d’adaptation.

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Et c’est fou comme tout devient plus facile quand on peut compter sur les autres pour nous aider à déplacer les montagnes ! Pourquoi je dis que Zootopie est empouvoirant ? (De « empouvoirement », qu’on vous explique !) Parce que ce petit lapin devenu inspecteur de police envers et contre les stéréotypes, n’est pas une super héroïne infaillible. Et parce que même quand on est soi-même confrontée aux stéréotypes et aux discriminations, ça ne nous immunise pas contre le fait d’en perpétuer à notre tour…

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« Je veux tout essayer, tant pis si j’échoue »

Je l’avoue, la bande originale du film interprétée par Shakira est aussi l’une des raisons principales de mon coup de coeur pour Zootopie ! Là encore, la chanson intervient très vite dans l’histoire, elle embarque Judy Hopps vers l’académie de police, dès les premières minutes.

La pop star de Zootopie, Gazelle, vous présente le tube du moment : Try Everything. Je vous le dis sincèrement : cette chanson est devenue l’hymne de ma vie. Écoutez les paroles, c’est ce que j’ai besoin de me répéter au quotidien.

« Je me suis planté ce soir
J’ai encore perdu une bataille
Je me suis planté, mais il me suffira de recommencer
Je n’arrête pas de m’effondrer
Je continue à tomber
Je me relève toujours pour voir ce qui m’attend après
Les oiseaux ne font pas que voler
Ils tombent et se relèvent comme ils peuvent
Personne n’apprend jamais sans surmonter d’épreuves

Je ne baisserai pas les bras, non je ne renoncerai pas
Jusqu’à ce que j’arrive à la fin
Et puis je recommencerai
Je ne partirai pas
Je veux tout essayer
Je veux essayer, tant pis si j’échoue

Regarde le chemin que tu as parcouru
Tu as rempli ton cœur d’amour
Bébé, tu en as fait bien assez, tu es à bout de souffle
Tu n’as rien à te reprocher
Inutile de courir si vite
Parfois, nous arrivons les derniers, mais nous avons fait de notre mieux

Je vais continuer à faire de nouvelles erreurs
Je vais continuer à en faire chaque jour
Des nouvelles erreurs »

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Zootopie est une véritable vague de feel good et une bonne leçon de vivre ensemble, rendue accessible à des enfants de 6-8 ans. Un peu à l’image du consentement expliqué par une tasse de thé, ce film réussit à expliquer très simplement des comportements discriminatoires hérités de représentations sociales stéréotypées.

Sorti le 16 février en France, Zootopie est toujours à l’affiche dans certaines salles, preuve de son succès ! Si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous le recommander !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pain.perdu
    Pain.perdu, Le 9 juin 2016 à 22h21

    Artemistigri
    J'ai adoré également comme la plupart des Madz s'étant déjà exprimées là-dessus.

    Mais étrangement, il y en a qui en ont une lecture bizarre (et faussée).
    http://www.lecinemaestpolitique.fr/...redateurs-zootopie-une-allegorie-nauseabonde/
    Je n'avais pas lu le film de la même façon mais je suis plutôt d'accord en fait, pour le coté notallpredateur et et predateur tears, et encore plus d'accord sur la vision du sexisme. Non je suis d'accord en fait.

    Après c'est bien de traiter les différentes oppressions mais c'est un peu maladroit (et pas nauséabond comme l'autre article dit)

    Et les "blagues sur les lapins" honnêtement je suis contre tout humour discriminatif, pour moi il est la base de la discrimination et pas "juste de l'humour"

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