White Bird, d’Araki, une peinture surréaliste de l’adolescence

White Bird nous emmène dans un voyage initiatique des plus perturbants, entre adolescence et âge adulte, avec Shailene Woodley et Eva Green.

White Bird, d’Araki, une peinture surréaliste de l’adolescence

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Bac Films.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Quatre ans après le coloré et barré Kaboom, Gregg Araki revient à l’adaptation filmique : White Bird est la version ciné d’un roman de Laura Kasischke, qui raconte la vie d’une adolescente dont la mère disparaît du jour au lendemain. Exit les couleurs, c’est dans un blizzard aveuglant que le réalisateur nous catapulte pour nous faire perdre tous nos repères, et c’est efficace !

De l’impossibilité d’être adulte…

Résumer White Bird à une histoire d’ado serait se planter : ça parle de famille, de condition humaine, de statut de personne qui vogue entre enfant et adulte, perdue entre obligations et pulsions. Si la mère de l’héroïne a disparu, c’est pour mieux nous permettre de découvrir ce que sa fille imagine d’elle, et l’introspection qui en découle.

On plonge dans l’intimité de chacun à la limite du malaise : le réalisateur pose les faits sans distinction ni jugement, brique après brique, pour construire des histoires tordues et pleines de symboliques.

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C’est une question qui parlera à tout le monde : c’est quoi, être adulte ? Une ado envie sa mère, une mère envie sa fille… Se retrouver soi-même dans ce qu’on pense être un adulte, c’est pas évident, et étrangler l’ado en soi pour y arriver, ça n’apporte rien de bon.

Malgré les revendications d’individualité des personnages, tous s’échouent sur les mêmes écueils : en écrasant leurs désirs trop longtemps, en faisant de mauvais choix, à cause d’une sacrée tonne de non-dits. Ça prend aux tripes et ça fait cogiter sur l’idée de destin : est-ce que nos erreurs ne seraient pas universelles et inévitables, même si on fonce dans la direction contraire ?

…et de l’obligation de grandir

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La réalisation est contemplative, et c’est bien de là que vient toute la force du film : la petite vie morose de Kat est ponctuée d’événements très teen movie et hantée par la figure emblématique de sa mère. Suffisante et pétrie de certitudes adolescentes quant à la chiantise de l’existence, l’héroïne voit ces certitudes être piétinées les unes après les autres avec une logique froide. Et nous avec : on fait confiance à la réalisation et au personnage, on pense avoir tout compris au scénario, et PAN !

Comme l’adolescente, on est bien obligé de se remettre en question tiroir après tiroir, révélation après révélation : ravaler son arrogance, grandir tout en s’en prenant plein la gueule. Et si ces vérités éternelles sur les colosses que sont les parents n’étaient après tout que de simples contes forgés par une imagination d’enfant ? Et s’ils cachaient des êtres complexes, traumatisés et traumatisants… Et pas si différents de soi ?

Une belle réalisation

Le film se déroule dans les années 80, temps béni pour le synthé caractéristique du kitsch d’Araki et l’ambiance mi-angoissante mi-blasée d’une histoire d’ado : The Cure plein les oreilles, des vestes en jean plein les yeux. Les plans sont truffés d’indices et de subtilité, c’est le genre de réalisation qui donne envie de revoir certaines scènes pour en saisir toute la portée une fois qu’on a eu davantage de clés de compréhension. Ça sent un peu Twin Peaks

Une partie du film se déroulant dans la tête de Kat, on se paie des moments de surréalisme qui achèvent de mettre le doute sur tout ce qu’on voit à l’écran. Le jeu théâtral et gênant d’Eva Green (la mère) colle parfaitement au caractère du personnage, très opposé au naturel de Kat jouée par Shailene Woodley (qu’on a notamment vue dans Nos étoiles contraires). Elles sont toutes les deux impeccables et le casting est dans l’ensemble vraiment très chouette.

Seul bémol : Gabourey Sidibe, quasi absente du film, engoncée dans un personnage de meilleure amie / faire-valoir de l’héroïne. Et ça c’est un peu avoir un diamant sous le coude et s’en servir pour couper du saucisson, avouons-le.

Je vais le voir ou pas ?

Oui, oui et oui. Les aficionados d’Araki n’auront pas à être convaincus, et pour les autres : ça retourne la tête et ça vaut le coup. White Bird vous fera découvrir l’univers barré et malsain du réalisateur, et sortir de la salle avec plein de questions dans la tête sur la vie, notre identité et nos choix.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kiha
    Kiha, Le 7 octobre 2014 à 15h12

    Je connais ni le livre ni le real' mais ca donne tres envie !

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