J’ai Jamais Su Dire Non — Les (web)séries pas assez connues

« J’ai Jamais Su Dire Non » est une websérie écrite et réalisée en 2010 par Slimane-Baptiste Berhoun. Une oeuvre pas assez connue selon Marie.Charlotte, qui vous propose de la découvrir, à la veille de la sortie de son spin off : « La Théorie des Balls ». Tout un programme.

J’ai Jamais Su Dire Non — Les (web)séries pas assez connues

J’ai Jamais Su Dire Non, c’est le titre d’une websérie dont je n’avais pas entendu parler jusqu’à ce que j’aille m’inscrire sur le forum de FrenchNerd.

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Il faut dire que j’ai découvert Le Visiteur du Futur quatre ans après tout le monde, ce qui m’a donné envie d’aller voir ce que ce crew mystérieux avait produit d’autre, pendant toutes ces années durant lesquelles j’ignorais son existence.

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C’est ainsi qu’en explorant les arcanes du forum des fans, je suis tombée sur J’ai Jamais Su Dire Non (JJSDN), une websérie en quatorze épisodes, écrite et réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun (que vous avez vu jouer dans Les Pires, notamment une scène de sexe torride avec Marion) (que je viens de survendre légèrement) (allez voir quand même, c’est drôle).

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JJSDN raconte l’histoire de Tom, brave garçon lambda, qui a du mal à dire « non » dans la vie quotidienne, une situation dans laquelle beaucoup de personnes sont susceptibles de se reconnaître. C’est ainsi que par une succession de circonstances nulles, Tom va se faire plaquer par sa meuf, et accueillir dans son appart un pote squatteur très envahissant, Mitch.

Relou mais concerné par les déboires de son ami, Mitch va tenter d’aider Tom à reprendre le contrôle de sa vie, à base d’une théorie douteuse essentiellement fondée sur des clichés de virilité. Car c’est bien connu, mec, pour t’imposer et récupérer ta meuf, fais-toi pousser une paire de couilles… (Ce pitch n’est pas celui que vous croyez.)

De la difficulté d’apprécier des « vieilles » séries

Depuis que je m’intéresse aux questions relatives à l’image des femmes dans la société, je suis devenue extrêmement critique à l’égard des films et séries. Oui, le féminisme a changé mon rapport à la pop culture. Et souvent, ça m’épuise.

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Alors quand j’ai commencé à regarder une websérie qui a été réalisée en 2010, je m’attendais à devoir prendre sur moi. Pour mémoire, en 2010, personnellement, je pensais encore qu’il ne fallait pas s’étonner de se faire emmerder dans la rue quand on porte une jupe au-dessus du genou…

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J’ai pas mal évolué depuis, surtout lorsqu’on a commencé à parler du problème du harcèlement de rue, qui n’avait finalement pas grand-chose à voir avec la longueur de mes jupes mais beaucoup plus avec le sexisme ordinaire de la société. Mais voilà : en 2010, je n’y étais pas encore.

Et forcément, une série dont le pitch se résume à « Tom, un garçon ordinaire que sa copine a plaqué (car il l’a trompée avec sa collègue nymphomane), va apprendre à se faire respecter grâce à Mitch, son ami et colocataire de type bien viril », j’ai des voyants rouges qui se sont allumés dans tous les sens.

Dire que j’ai été agréablement surprise par JJSDN serait un euphémisme.

L’authenticité de la lose

Entendons-nous bien : JJSDN n’est pas une websérie « féministe », au sens où ce n’est pas une oeuvre militante, ce n’est pas un programme destiné à dénoncer et lutter contre les clichés sexistes.

Cependant, l’évolution des personnages entre les premiers épisodes et la fin de la saison 1 est extrêmement intéressante. À chaque fois que j’ai levé les yeux au ciel dans les premiers épisodes en pensant « oh non, pas ce cliché, c’est relou », j’ai été surprise quelques épisodes plus loin par « des rebondissements », qui étaient souvent un changement de regard de la part du personnage principal.

La série commence sur la voix-off de Tom qui raconte ses déboires ; on se place donc forcément de son point de vue, et son analyse est extrêmement manichéenne (que ce soit celle de sa propre situation ou de la personnalité des gens qui l’entourent). À mesure que la série avance, son ami Mitch, gros cliché de « mec viril », le coache pour l’aider à reprendre sa vie en main.

Spoiler alert : coller aux clichés de la virilité n’est pas une martingale qui permet de retrouver une/sa meuf, de se faire respecter de ses collègues et de faire respecter son espace chez soi/virer les squatteurs relous !

J’ai eu le sentiment, en regardant JJSDN, de voir une bonne série comique, qui se moque des clichés de la virilité. C’est un peu l’anti-How I Met Your Mother, dans le sens où LE stéréotype macho-expert-en-chopage-de-meuf n’est pas un bogosse swag en costard, mais un loser body-buildé qui passe sa vie en caleçon, échoué sur un canapé. Rien qui ne crie « modèle à suivre ! », contrairement à Barney Stinson, qui reste un personnage extrêmement sympathique… en apparence.

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Forcément, savoir que la série a été écrite par un mec, entre potes, et inspirée d’histoires entre potes, ça lui donne une pointe d’authenticité dans laquelle tou•te•s celles et ceux qui ne collent pas aux modèles de réussite sociale qu’on leur vend en permanence pourront se reconnaître.

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Et si la morale de l’histoire, c’est que chacun•e est capable de remettre de l’ordre dans sa vie à condition de rassembler son courage, et de s’ouvrir aux autres plutôt que de les considérer comme des obstacles/boulets/ennemis, personnellement, j’adhère.

Et c’est drôle !

Oups, j’ai peut-être oublié de le préciser : JJSDN, c’est drôle. C’est drôle par l’écriture, par le jeu des acteurs, par le comique de situation, par les travers des personnages poussés à la caricature.

N’attends-plus, cale-toi dans ton canap’ avec une bonne connexion Internet, et découvre cette websérie fort divertissante, qui n’a vraiment pas mal vieilli, tout en ayant été une production très amateure : plusieurs vidéos (les Editor’s cut) montrent les coulisses du tournage, sous forme de sketchs joués par Camille Hélie (le monteur), Slimane et d’autres acteurs de la série. La preuve qu’on peut réussir un projet sérieux… sans se prendre au sérieux.

Pour regarder tous les épisodes de JJSDN, c’est par ici !

Tous les épisodes sont aussi sur la chaîne Dailymotion de Slimane.

La Théorie des Balls, le spin-off de JJSDN !

La rhétorique utilisé par Mitch dans JJSDN s’appelle la Théorie des Balls, mais attention : on parle de couilles « psychologiques », comme le personnage l’explique : « les filles aussi ont des balls psychologiques ». Oui effectivement, l’affirmation de soi, le courage et la détermination ne sont pas des attributs sexuels : chacun peut les cultiver indépendamment de ses chromosomes !

Ayant prouvé par l’expérience que « la Théorie des Balls » est véritablement efficace comme méthode de développement personnel (ça se discute, mais je ne veux pas spoiler la saison 1), Mitch revient pour tenter de généraliser son modèle à d’autres potentiel•le•s client•e•s. 

La Théorie des Balls, la nouvelle série que Frenchnerd s’apprête à diffuser, est donc un spin-off de JJSDN. Cet été, Slimane avait répondu aux questions des membres du forum de FrenchNerd à ce propos, dont voici un extrait :

« La Théorie des Balls se concentrera sur le point de vue de Mitch. Tom était un personnage intéressant, mais j’estime que son incapacité à dire non était un bon leitmotiv pour une première saison uniquement. Je trouve plus intéressant de me concentrer sur un personnage plus haut en couleurs pour la suite.

LTB se déroulera après la saison 1. C’est une suite et un spin-off dans le sens où nous reprendrons tous les éléments de la fin de la saison précédente, mais pour développer une autre histoire, celle de Mitch qui va essayer de généraliser sa théorie.

Quels sont les thèmes que tu vas explorer ?

La première question que pose la série pourrait se résumer à « peut-on prédire le comportement des gens comme le résultat d’une équation ? ». Ce qui m’intéresse dans cette idée de faire de la psychologie une science exacte, c’est que c’est exactement qui nous arrive avec le big data : on devient une masse de données, commercialisables et exploitables par les publicitaires notamment. Donc l’idée de Mitch n’est pas si absurde.

Ensuite, on va parler de bilboquet. Ce n’est pas un thème en soit, mais ça permet d’aborder la question des effets de mode, le ridicule de certaines tendances rétro.

Et puis évidemment, il y aura toute la comédie humaine : amitié, amour, jalousie, sacrifice, abnégation…»

La Théorie des Balls est donc plutôt un spin-off (une série parallèle) qu’une suite : il n’est pas nécessaire d’avoir vu JJSDN pour comprendre l’histoire qui va être développée.

Grande nouvelle : La Théorie des Balls sera diffusée sur French Ball à partir du 8 janvier ! Le premier trailer vient de sortir, et je ne peux contenir mon impatience !

Alors, qu’as tu pensé de JJSDN ? Viens en parler dans les commentaires !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ermengarde
    Ermengarde, Le 5 février 2016 à 12h43

    SPOILER ALERT


    Je sais que je suis un peu en retard, mais même si j'ai aimé les 2 séries, il y a quand même quelques aspects qui ke chiffonnent : dans JJSDN, Tom est quand même un type qui se fait harceler sexuellement, limite violer, qui se fait plaquer à la suite de ça par une meuf violente, et tout le monde le rend responsable de ses déboires alors que bon, pour moi il est plus une victime qu'autre chose.
    Si le personnage principal avait été une femme cette histoire aurait été une tragédie. Mais là c'est un homme et du coup tout ça sert de ressort comique. Et c'est repris dans TDB. Ça me dérange un peu.

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