Webroman « Alive » / Chap. 16 : Alexandre

Lola s’assoit à l’arrière et me lance un regard coupable. Je l’ignore et m’installe à l’avant, à côté de Camille. Celle-ci regarde Lola dans son rétroviseur, narquoise. Il faudra que je pense à lui expliquer qu’elle n’a aucune chance et que je n’abandonnerai jamais Lola pour me mettre avec elle. Cette dernière se rembrunit, fusille […]

Webroman « Alive » / Chap. 16 : Alexandre

Lola s’assoit à l’arrière et me lance un regard coupable. Je l’ignore et m’installe à l’avant, à côté de Camille. Celle-ci regarde Lola dans son rétroviseur, narquoise. Il faudra que je pense à lui expliquer qu’elle n’a aucune chance et que je n’abandonnerai jamais Lola pour me mettre avec elle.

Cette dernière se rembrunit, fusille Camille du regard et enfonce son menton dans son poing, le coude sur l’appui de fenêtre. Camille tourne la clé dans le démarreur et on s’éloigne lentement de l’entrepôt. Le silence est affreux et je voudrais juste expliquer à Lola que je l’aime et que c’est ridicule. Je ne la comprends pas. Tout cela ressemble tellement à un nouveau caprice que je mettrais ma main à couper qu’elle ne sait plus pourquoi elle m’en veut.

Le silence s’éternise et s’intensifie. Je ferme les yeux.

« Alex… »

Je me tourne vers Lola, dans l’expectative. J’attends qu’elle explique, qu’elle raconte, qu’elle s’excuse ou qu’elle invente mais elle ne dit plus rien. Alors je soupire et me renfonce dans mon siège. Camille tapote nerveusement sur son volant, elle ouvre la bouche et la referme : elle déteste être là. Elle déteste être éternelle seconde et elle se déteste d’être si irrationnelle. D’être prête à tout perdre pour un type dont elle ne connaît rien que les chansons et la gueule de rockstar.

C’est pour ça que je n’aimerai jamais Camille, c’est pour ça qu’elle ne m’est même pas vaguement sympathique : je lis en elle comme dans un livre ouvert. J’aime les mystères. J’aime être surpris en permanence, entrer dans mon salon pour me rendre compte qu’on l’a travesti en château gonflable ou bien que Lola a retapissé tout l’appartement de photos de nous deux.

Elle me regarde, je le sens. Côté mystère, avec elle, je suis largement servi.

« Pourquoi tu n’es pas venue, Lola ? »

« Qui était cette fille ? »

Nous avons parlé en même temps. Je voudrais crier, hurler que ça n’est pas tout à fait sensé être au centre de ses préoccupations, là, tout de suite. Je masse mon front de la main droite, regagnant mon calme doucement. Elle est suffisamment difficile comme ça, je n’ai aucune envie de m’engueuler avec elle par dessus le marché.

« Pourquoi, tu as peur de te faire voler la vedette ? »

Je regarde Camille, effaré. Depuis quand ose-t-elle ce genre de commentaires ? Lola se penche vers nous, doucement.

« Je te demande pardon ? »

Elle a haussé un sourcil et Camille se mord la lèvre sans oser en rajouter. Je me gratte l’arrière de la tête, cherchant quoi dire, comment expliquer. Le silence revient et Lola attend que je me décide. Elle croise les bras et je me tourne vers elle, ignorant complètement Camille qui a sursauté lorsque je l’ai frôlée.

« Elle s’appelle Marilyn. »

Lola hoche la tête. Je cherche les mots et elle patiente sagement. Et puis je raconte et j’ai l’impression de ne plus exister. Lola est tendue à l’extrême pour ne pas perdre une miette de l’histoire.

« Lise n’a pas toujours été celle qu’elle est aujourd’hui.

– Tu veux dire qu’elle n’a pas toujours été une salope froide et égoïste ?

– Si… on veut. Lise n’a pas toujours été si seule, surtout. Elle avait un frère jumeau, Edwin. »

C’est comme si Lola ne respirait plus, tant elle est attentive. On dirait une gamine.

« Edwin et elle se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ils étaient complètement identiques et surtout terriblement proches. C’est grâce à Edwin que Lise a rencontré Kydd, c’était son meilleur ami. Ils sont tombés amoureux dès la première seconde. »

Je fais une pause, cherchant le regard de Lola, espérant qu’elle puisse voir dans l’histoire de Lise et Kydd un reflet de la nôtre, espérant que peut-être elle comprendra enfin qu’elle est la chose la plus importante de ma vie. Elle me fait signe de continuer et quelque chose se brise, dans un coin de mon cœur. Je déglutis péniblement.

« Edwin n’a pas supporté que Lise lui prenne la seule chose qu’il avait en dehors d’elle. Kydd m’a avoué qu’il aimait Edwin d’un amour tellement fort qu’il avait l’impression d’avoir reporté cet amour impossible sur Lise, si semblable à son frère. » Je marque une pause, cherchant à nouveau les mots pour exprimer les sentiments si forts qui avaient étés partagés par le trio.

« Pour la première fois, Lise et Edwin se sont disputés. Kydd m’a raconté que la relation de Lise et Edwin s’est fortement détériorée à partir de cet instant. Et puis Edwin a rencontré Marilyn. »

Je n’ai moi-même pas démêlé tous les fils de cette histoire et Kydd n’a jamais voulu m’en parler plus en détail. Il est donc très compliqué de trouver les phrases justes pour que Lola comprenne. Camille se gare devant chez moi et je sens qu’elle voudrait entendre la suite. J’ouvre ma portière, m’extirpe de l’habitacle et me penche pour ouvrir à Lola. J’adresse un signe de la main à Cam qui se mord l’intérieur de la joue gauche, sans trouver d’excuse pour nous retenir. Je claque la porte et me dirige vers celle de mon immeuble.

Je prends mon temps pour entrer le code de la porte d’entrée et rejoindre l’ascenseur. A mes côtés Lola ronge son frein, elle ne dit rien. Nous montons lentement jusqu’au dixième étage, elle trépigne.

Les portes s’ouvrent et elle passe devant moi, m’arrachant les clés et ouvrant la porte d’entrée dans un seul mouvement. Elle retire son cuir et j’ai envie de lui faire l’amour. Elle me ramène à la réalité en m’entraînant dans le salon. Elle croise les bras et attend la suite, je soupire.

« Je ne connais pas les détails de l’histoire, Lol.

– Explique-moi quand même.

– … »

Elle s’approche de moi et me prend dans ses bras avec un air de chien battu et j’ai déjà oublié pourquoi je lui en voulais. Je la serre fort et murmure à son oreille:

« Marilyn était belle et sombre. Kydd m’a vaguement expliqué qu’Edwin l’avait sortie d’un gang ou de quelque chose comme ça. Elle a un énorme tatouage dans le dos, une croix, qui date de cette époque. Lise n’a pas supporté. Elle a oublié un peu vite qu’elle avait été la première à partir. Elle n’a jamais donné la moindre chance à Marilyn et l’a détestée dès la première seconde. Elle a mis sur son dos l’entièreté de son différend avec Edwin. »

Je me sépare de Lola qui reste, exsangue, au milieu de mon salon. Elle espère la suite de l’histoire et elle a l’air étrangement nue, sans maquillage ni artifices. Sa beauté me transperce.

Mon amour pour Lola est une lutte.

Elle me refuse l’accès à son cœur quoique je fasse, quoique je dise. Elle ne baisse jamais sa garde. Je m’assois, étendant les bras sur le dossier du canapé, comme le roi qu’elle ne me laissera jamais être.

« Lise n’a jamais eu le temps de se réconcilier avec Edwin. Il est mort quelques semaines plus tard. »

Lola s’assied à côté de moi et son corps est terriblement chaud contre le mien. Je cherche à rassembler mes esprits.

« Comment ? » ce sont les premiers mots qu’elle prononce en l’espace d’une heure. Je lui souris et je jurerais qu’elle s’apprête à me rendre mon sourire. Mais elle pince les lèvres et je me résigne à raconter la fin de l’histoire pour qu’elle me regarde enfin. Pour qu’elle ne me voie pas simplement comme celui qui sait. Pas juste comme un support aux secrets qu’elle veut entendre.

M’aime-t-elle seulement ?

« Un pari stupide. Un imbécile lui a parié qu’il ne pouvait pas traverser une autoroute. La voiture qui l’a heurté ne pouvait pas l’éviter. Lise n’a plus jamais été la même. »

Lola ferme les yeux et cache son visage dans ses mains. Elle réfléchit. Au bout de quelques minutes, elle lève les yeux vers moi.

« Un pari, hein ? »

Je hoche la tête.

« Promets-moi de ne jamais frayer avec Marilyn, Lol. Elle est dangereuse, je ne sais pas bien dans quoi elle trempe… »

Lola secoue la tête et se relève.

Elle ne dit rien, les poings sur les hanches, elle regarde par la fenêtre. Je finis par reprendre la parole.

« Pourquoi tu n’es pas venue au concert ? »

« Je me suis évanouie. »

Sa réponse me désarçonne. Je ne sais pas quoi dire et elle hausse les épaules. Elle n’expliquera rien de plus. Elle retire son t-shirt et se dirige vers la chambre. Elle a l’air résignée.

M’aime-t-elle seulement ?

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  • (Leslie)
    (Leslie), Le 27 juin 2010 à 17h54

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