Webroman « Alive » / Chap. 14 : Jade

Tout le monde me regarde et pour la première fois de ma vie je n’aime pas ça. Je voudrais qu’ils m’oublient, tous. Qu’est-ce qui m’a pris de revenir ce soir ? La dernière fois ne m’avait pas suffit ? J’avais besoin, vraiment, de venir me moquer du perdant du jour afin qu’on oublie ma propre […]

Webroman « Alive » / Chap. 14 : Jade

Tout le monde me regarde et pour la première fois de ma vie je n’aime pas ça. Je voudrais qu’ils m’oublient, tous. Qu’est-ce qui m’a pris de revenir ce soir ? La dernière fois ne m’avait pas suffit ? J’avais besoin, vraiment, de venir me moquer du perdant du jour afin qu’on oublie ma propre défaite ?

Je me lève doucement, mes muscles sont gourds, j’ai terriblement froid et mon ventre se serre. J’essaie de ne pas regarder l’arme sur la table au centre de la pièce et mon regard tombe sur Clovis. Je détourne les yeux, emportant avec mon regard le peu de fierté qu’il me reste et je rejoins Tristan qui est déjà attablé.

« Kydd, je t’en supplie, arrête ça ! C’est ridicule elle va se tuer ! »

Les mots de Catherine parviennent à peine à mon cerveau, tout me semble vague, lointain. Je m’approche de la table avec un geste de la main pour Catherine. Qu’elle se taise. L’entendre préciser le danger est pire, cela rend les choses dangereusement réelles. Cela m’effraie et j’ai peur de m’enfuir en courant si je réalise ce que je m’apprête à faire.

Et je ne peux pas me permettre de perdre.

Clovis me prend par l’épaule avant que je n’aie le temps de m’asseoir. Il me force à le regarder. Son regard est effrayé. Il me dit que je ne suis pas obligée. Je détourne la tête et me débarrasse de lui d’un mouvement d’épaule avant de m’installer à table.

« Le principe est simple. Le premier qui se dégonfle a perdu. Les morts sont éliminés. » claironne Lise, provoquant un frisson autour d’elle.

Tout le monde me regarde et pour la première fois de ma vie je n’aime pas ça.

Je ferme les yeux, Tristan me propose galamment de commencer. Je déglutis et secoue la tête en signe de négation. Lorsque je rouvre les yeux, il tient le revolver dans sa main droite. Il me jette un regard carnassier et désolidarise le barillet, y glisse une balle unique et le fait tourner de l’index gauche.

Et puis, les yeux plongés droit dans les miens, il le remet en place. L’arme émet un faible clic. Mon cœur bat à une vitesse folle. Je vais faire un arrêt cardiaque avant que ce soit mon tour. Et puis soudain tout s’enchaîne très vite.

Avant que qui que ce soit ne s’en rende compte, il porte l’arme à sa tempe et appuie sur la détente.

Tristan repose l’arme sur la table et la pousse vers moi. Je me rends compte qu’il n’a rien. Il a été tellement vite qu’il n’a sans doute pas eu le temps de réfléchir. Manifestement c’est trop tard pour moi. J’ai envie de vomir.

Je ne peux pas. Je ne peux pas prendre ce flingue consciemment et le pointer sur mon crâne. Je ne peux juste pas.

Mais je ne peux pas perdre.

Mon cœur bat à tout rompre et j’ai le souffle court. Je voudrais croiser le regard de Clovis une dernière fois mais je suis incapable de détacher les yeux de mon adversaire. Je ne peux pas perdre.

Je suis terrifiée.

Comme à chaque fois que j’ai joué, ma vie entière défile devant mes yeux et je regrette de ne pas avoir dit adieu à ceux que j’aime.

Dans la seconde qui suit cette pensée, en général, je réalise que je n’ai personne à qui dire adieu. Et c’est peut-être pour ça que c’est si facile. Je tends la main et caresse l’arme, je peux sentir les larmes affluer et ma gorge se serrer. Le contact du métal est froid, je m’en saisis.

Il sent la poudre.

Je quitte des yeux Tristan le temps d’observer mon dernier compagnon : il est beau, brillant. On dirait presque un jouet. Un jouet terriblement dangereux.

Il y a une certaine élégance à mourir d’une balle dans la tête, je trouve.

Je relève les yeux sur Tristan et une pensée atroce me traverse l’esprit : s’il est encore là après tant de parties c’est qu’il n’a jamais perdu.

Je transpire à présent et les larmes roulent le long de mes joues. Je ne peux pas perdre.

Lentement, je détache le barillet et le fait tourner en faisant rouler le revolver sur la table. J’imagine le bruit remplir l’entrepôt vide et je sens tout le monde sursauter autour de moi. Je n’entends pas un son. S’ils ne sont pas parfaitement silencieux c’est que mon esprit s’est refermé sur lui-même.

J’ai le cœur au bord des lèvres lorsque je verrouille l’arme et défait la sécurité. Le goût salé de l’eau qui roule sur mes joues me pique la langue et les lèvres, je dois respirer bruyamment et je semble sans doute bien pathétique. Une pensée me traverse l’esprit.

Je ne veux pas mourir.

J’envisage un instant de pointer l’arme en face de moi et de tuer mon adversaire. J’écarte cette idée séduisante en pensant éliminer Kydd ou Lise avant de m’enfuir pour toujours de ce Jeu infernal. Un rire saccadé, malade, s’échappe faiblement d’entre mes dents tellement serrées qu’elles me font mal.

Et puis je ferme les yeux et pose le canon froid de l’arme contre ma tempe droite.

Et j’appuie sur la détente.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • LiliThaw
    LiliThaw, Le 2 juin 2010 à 23h04

    Non non ! J'avais posté un message sur le forum littérature pour dire que j'étais en examen et que c'était vraiment un rush fou mais qu'avec un peu de chance j'aurai un peu de calme autour du 7 juin pour écrire le chapitre 15.

    Sinon ce sera le 15 juin, je suis vraiment désolée, je pensais tenir le rythme mais en étudiant dix heures par jours minimum en fait, je suis pas capable !

    Promis, je reviens vite !

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