Webroman « Alive » / Chap. 20 : Camille

Je viens de déposer Alexandre et Lola devant l’immeuble d’Alexandre. Ils ne m’ont jeté ni regard ni bonne nuit et je suis restée seule dans la voiture. Je suis légèrement étourdie par tout ce qui vient de se passer, éclipsée par des histoires d’amour trop grandes pour moi. Sur le volant, les jointures de mes […]

Je viens de déposer Alexandre et Lola devant l’immeuble d’Alexandre. Ils ne m’ont jeté ni regard ni bonne nuit et je suis restée seule dans la voiture. Je suis légèrement étourdie par tout ce qui vient de se passer, éclipsée par des histoires d’amour trop grandes pour moi. Sur le volant, les jointures de mes mains sont blanches. Je ferme les yeux une seconde, juste le temps de respirer, d’analyser la situation.

Alexandre en veut à Lola. Il ne l’a regardée que pour lui lancer des regards mauvais dans le hangar, tout à l’heure. Elle n’a pas été à son concert et ne l’a pas regardé de la soirée alors qu’elle était assise à côté de lui. Mais quand il a fallu décamper, il l’a prise par la main et l’a attirée vers l’extérieur sans hésiter. Il a beau lui en vouloir, ils ont beau être manifestement en crise, lorsqu’il s’agit de se mettre à l’abri, il pense à elle avant de penser à lui-même.

Il l’a tirée vers l’extérieur alors qu’elle était manifestement très intriguée par cette fille bizarre, cette Marilyn. Dans la voiture, elle a posé des tas de questions sur elle, a harcelé Alexandre jusqu’à ce qu’il accepte de lui raconter ce qu’il sait. Elle avait l’air fascinée.

Dans le hangar, l’espace d’un instant, il m’a touchée. Il a posé sa main sur mon épaule, sans me regarder. Puis il m’a entraînée à leur suite.

Pendant une seconde, j’ai existé à ses yeux.

Mais uniquement parce qu’il avait besoin de ma voiture. Je les ai conduits et, le temps qu’a duré le trajet, il n’avait à nouveau plus d’yeux que pour Lola. Il n’a parlé qu’à elle, n’a regardé qu’elle. Ce regard si particulier, ce regard si chaud, si… J’ai envie de vomir. J’ouvre ma portière et laisse dégouliner ma haine et ma jalousie sur la route.

Je dois faire quelque chose. Il ne peut pas continuer à se tromper comme ça. Il ne peut pas aimer cette fille qui se fout éperdument de lui. JE suis la femme de sa vie bordel ! …MOI ! PAS CETTE GARCE ! PAS UNE AUTRE. MOI ET MOI SEULE !! Mais putain comment peut-il être aussi aveugle ?

Le bruit de la pluie sur mon pare-brise me ramène à la réalité. Respire. Respire. Je laisse ma tête reposer en arrière, fermer les yeux, respirer profondément. Du calme.

Je sais ce que je dois faire. Et avec qui. Je rallume le contact et passe la première.

Il répond à la première sonnerie et me fixe rendez-vous au Plaza Athenee. Tout à fait son genre.

***

« Qu’est-ce que tu me veux ? »

Il est agité de tics, ne tient pas en place. Il parcourt d’un bout à l’autre le salon privé qu’il a loué à grand renfort de cartes de crédit dorées. Il respire l’argent, est l’argent, vit l’argent. Il trempe dedans depuis des années et a été tout entier corrompu par son pouvoir. Comme tous les nouveaux riches, il vit dans la peur de perdre tout ce qu’il a gagné. Comme tous les gosses de riches il est pourri de l’intérieur, l’argent lui a pris tout ses rêves, annihilé l’intégralité de ses envies, drainé la moindre aspiration de son âme, de son corps et de son esprit. Il l’aime à la folie et le hait profondément à la fois, de le blesser et de tout lui donner chaque jour.

Cocaïné jusqu’aux dents, pinçant la bouche et les narines à intervalles réguliers, il fait craquer ses doigts et se mord les ongles sans discontinuer. Je le regarde, fascinée. Il bouge tellement qu’on dirait qu’il danse.

« On a un point commun, toi et moi. »

Clovis se croise les bras, il regarde à droite et à gauche comme s’il était suivi mais ma déclaration semble l’avoir légèrement calmé.

« J’ai beau chercher, je vois pas. », il y a comme un soupçon de dédain dans ces mots-là mais je m’en cogne.

« Lola et Alexandre. »

Il ne répond rien mais il ne bouge plus. J’ai réussi à capter son intérêt. Alors je me lance, je vais plus avant. Il est probablement ma dernière chance de changer quelque chose à ma vie, de faire réaliser à Alexandre l’erreur monstrueuse qu’il commet et quel genre de personne est Lola.

J’ai à peine hésité avant d’aller à sa rencontre. J’ai tellement changé en quelques mois que je ne me reconnais plus. Je ne suis plus la même et si j’abandonne maintenant, ça aura été en vain. Je resterai pour toujours cette petite imbécile qui a cru à un truc impossible et qui s’en trouve condamnée à l’aigreur et aux regrets pour le restant de sa petite vie minable.

« Il est dans mon intérêt qu’Alexandre voie ce qu’est Lola est en réalité, quel genre d’immondice elle a à la place du cœur. Elle se sert de lui, elle est perfide et mauvaise. Et il est dans l’intérêt de ta santé mentale que tu te la tapes au plus vite au lieu de taper de la coke parce que t’as pas les couilles de la prendre et de les vider une bonne fois pour toute. »

Ma vulgarité l’étonne. Ou bien ma témérité ? Je serre les poings, j’attends qu’il se décide. Il ne dit rien, s’enfonce dans son mutisme. Je ne lui laisserai pas le loisir de me tourner le dos le premier, de se moquer de moi et de mes idées à la con. Je suis vraiment stupide d’avoir pensé qu’il pourrait s’associer à moi et qu’il m’aiderait. Je suis vraiment trop con. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête putain ? Je pivote sur mes talons et me dirige vers la sortie.

Je m’éloigne de ce qui est probablement mon dernier espoir de ne pas devenir complètement cinglée et d’obtenir ce que je désire le plus au monde.

C’est fini. C’est fini. J’ai du mal à me rendre compte qu’il ait dit non, qu’il m’ait refusé le bonheur si facilement, sans rien dire. Je le hais. Je le hais encore plus que je hais L…

« Qu’est-ce que tu proposes ? »

Je sens mes yeux s’ouvrir en grand sous le coup de la surprise. Tout n’est peut-être pas fini après tout ?

A nous deux, Lola.

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