Voyage et pèlerinage — Carte postale de Galice

« A Costa De Galicia » : le camiño de Santiago, ce n'est pas que pour les Chrétiens ! Et le reste de la Galice non plus, d'ailleurs.

Voyage et pèlerinage — Carte postale de Galice

Avec un peu de chance, mes pauvres tentatives de description du paysage galicien vous ont donné envie de voir ça par vous-même, et vous entendez bien aller plus loin que la belle Saint-Jacques-de-Compostelle pour explorer la Galice profonde, si belle et mystérieuse (et humide) sous le brouillard.

Si vous aimez marcher, pourquoi ne pas entreprendre le « camiño de Santiago » – le fameux pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle ? Nul besoin d’avoir des convictions religieuses précises ou même d’en avoir tout court, et surtout nul besoin de partir de l’autre bout du monde : un de mes groupes d’amis a choisi de prendre le bus jusqu’à un petit village galicien dont le nom m’échappe, et la « promenade » leur a pris cinq jours.

Je dois vous avouer quelque chose : je n’ai encore jamais fait le « camiño », donc tout ce que je vous en raconte me vient de propos rapportés et d’enquête personnelle auprès de Galiciens ou de pèlerins.

On m’avait bien proposé de le faire, mais figurez-vous que c’était pendant la « semana santa » (semaine sainte, soit la semaine la plus chargée en pèlerins, forcément) et je partais voir ma famille (c’est bête, hein). Mais promis, c’est sur ma liste des trucs à faire avant de mourir, et une fois cette case cochée, j’en parlerai plus en détail !

Parce que même si ça a l’air épuisant, puisqu’on part du principe que le pèlerin ne doit pas se la couler douce par définition, l’expérience en vaut très certainement la peine.

On marche donc toute la journée, et c’est la meilleure manière de découvrir le paysage galicien tout en rencontrant d’autres randonneurs venant du monde entier (sisi !).

L’ambiance que l’on m’a décrite est bon enfant, le chemin est archi-pisté, au cas où vous n’auriez pas assez de gens à suivre, et ce ne sont pas les petits hôtels et autres auberges qui manquent sur le chemin, où on offre souvent la « licor cafe » ou la « caña » (pression) au pèlerin avec le sens de l’hospitalité et le plaisir de faire découvrir le pays propre aux Galiciens. Bon, bien sûr, on paie la chambre, mais si on est plusieurs, on peut s’en tirer avec une dizaine d’euros en partageant une chambre, en mode auberge de jeunesse.

Le Cabo Fisterra : plus loin, toujours plus loin

Mais pour les plus courageux, les pèlerins hardcore, la galère ne s’arrête pas sur la place de l’Obradoiro, où vous arrivez en boitillant pour vous jeter devant la Cathédrale, avant d’aller passer la grande porte symbolique où on vous remettra votre petit certificat comme quoi vous en avez bien bavé pour arriver là.

La vraie destination finale, c’est le « Cabo Fisterra », le Cap Finisterre, une petite centaine de kilomètres plus loin, qui vous emmène rejoindre la côte galicienne.

Considéré pendant longtemps comme le point le plus occidental d’Europe (en vrai il se fait détrôner par le Cap de Roca, au Portugal), il est très symbolique pour le pèlerin pur et dur ; la tradition serait d’atteindre la Cathédrale de Santiago pour se purifier, et de se rendre ensuite au Cabo Fisterra dans une ambiance de bout du monde pour abandonner sa « vieille vie » en y brûlant ses vêtements et/ou ses chaussures.

On pourrait s ’en sortir en y laissant simplement ses chaussures, comme des offrandes, c’est pourquoi il ne faut pas être surpris de trouver des petits tas de chaussures abandonnées là-haut. D’où vient la tradition, est-elle purement catholique, est-ce que les gens en reviennent tout nus… sont autant de questions sans vraies réponses (on pense que les gens qui brûlent vraiment leurs fringues en avaient d’autres dans un sac à dos).

La Galice, une terre riche et complexe

C’est encore, à mon sens, un reflet de la personnalité un peu obscure de la Galice, si pleine de traditions aux racines oubliées. Des siècles d’Histoire et de passages de peuples différents ont laissé sur ce petit bout de côte des couches et des couches de superstitions et traditions qui se sont mélangées ou étouffées.

C’est un peu comme ça que le Carnaval est un événement d’une grande importance en Galice, tout particulièrement dans les villages comme Ourense – une fête qui peut durer jusqu’à un mois – sans qu’on sache ce qu’il y a vraiment derrière les festivités. Et pourtant, il y a toute une histoire parmi les masques, comme les « peliqueiros » ou les « Boteiros », et si vous n’êtes pas déguisé, vous risquez de vous retrouver à devoir payer des coups.

Une fois allés aussi loin, les petites villes d’Ourense, Pontevedra et Vigo explorées, vous aurez déjà remarqué ces drôles de bâtisses au style si particulier qui se fondent dans le paysage mais qui sont absolument partout : ce sont les « hórreos » (non, pas les biscuits), des greniers en pierre ou en bois (ou les deux) posés sur des piliers pour empêcher les bestioles de venir boulotter les provisions. Ça aussi, c’est vieux, mais ce coup-ci, ça vient des romains ! Ils sont tellement répandus qu’ils sont devenus un symbole galicien.

Direction la mer !

Enfin, si vous, c’est l’appel de la mer qui vous fait vibrer, vous devriez trouver de quoi prendre un bon bol d’air (n’oubliez pas votre petite laine) le long de la côte galicienne, et surtout la « Costa da Morte » (la Côte de la Mort), qui s’étend sur presque tout le côté ouest.

Je sais, un nom pareil ça ne fait pas envie, mais ça ne vous est pas destiné : la côte sauvage aurait vu, du fait des conditions de navigation difficiles et de ses innombrables changements de décor (des caps, des plages paisibles, des « Rías altas » ou des « baixas »), bon nombre de naufrages.

Plus au nord, les plages ne sont pas en reste non plus, comme la célèbre plage des Cathédrales, appelée ainsi à cause de ses formations rocheuses massives qui évoquent de grandes arches.

L’ensemble de cette « Galice profonde » constitue un paysage impressionnant, entre falaises et collines, criques et forêts verdoyantes. En resserrant votre petite laine contre vous, vous vous direz que tout ça vaut bien un petit crachin, et vos cheveux dans tous les sens, de temps en temps.

La Galice, un petit « bout du monde »

Parce que si les Galicien-ne-s, surtout les étudiant-e-s, râlent bien évidemment contre la pluie et le manque de soleil, parfois, certain-e-s vont jusqu’à parler de coeur brisé au moment de devoir quitter leur Galice natale pour trouver du travail ailleurs à cause de la crise.

Et moi-même, une fille du Sud, méditerranéenne pure souche à bien des degrés, je dois dire que la Galice est une terre dont la dualité réconciliant le Nord et le Sud m’a parlé et fascinée, comme si j’y avais trouvé un morceau manquant à défaut d’y trouver le soleil tous les jours.

C’est plus que l’Espagne : c’est un petit « bout du monde », perdu dans le brouillard qu’est son histoire, et qui n’a jamais renié une seule de ses origines. Je vous laisse sur cette citation de l’écrivain Vicente Risco, trouvée totalement par hasard, mais qui résume bien mes pensées :

« Tu me dis : la Galice est toute petite. Je te dis : la Galice est un monde en soi. Chaque terre est semblable au monde entier. Tu pourras la traverser rapidement du nord au sud et d’est en ouest ; tu pourras la traverser encore et encore ; jamais tu n’arriveras à la parcourir complètement. Et chaque fois que tu la traverseras, tu trouveras des choses nouvelles (…). C’est bien possible qu’elle soit petite en dimension ; mais en profondeur, par sa personnalité, elle est aussi grande que tu le voudras. »

Et voici la fin de mes aventures en Galice ! En espérant vous avoir fait découvrir ce petit morceau de monde qui m’a énormément plu…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Fannyzzz
    Fannyzzz, Le 22 août 2013 à 23h06

    Je rentre tout juste de Galice, j'étais chez de la famille. Mon père est né à St Jacques de Compostelle ^^
    Cet article est TOP! Trop fière de mes origines! \o/
    VIVE LA GALICE!!! <3:cheer:

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