Mes vingt ans vus par le « moi » de dix ans

Alfrédette vient d'avoir 20 ans. Quelques minutes avant son entrée dans la troisième décennie de son existence, elle a réfléchi à ce que ça pourrait bien changer dans sa vie.

Mes vingt ans vus par le « moi » de dix ans

Le samedi huit juin, à vingt-trois heures précises, s’écoulait la dernière heure de ma seconde décennie.

D’ici quelques minutes, des personnes que je n’ai plus revues depuis la maternelle m’enverront moult smileys niais sur Facebook pour me rappeler combien la vieillesse est un naufrage.

Alors je pourrai dire adieu au temps où je pouvais porter des leggings roses à pois verts sans passer pour une évadée d’hôpital psychiatrique, et je serai, selon les termes de ma lycéenne de soeur, une « vieille ».

Plutôt que de passer ma dernière heure de « teenager » à boire pour oublier le temps, cet assassin faucheur de mistrals gagnants, je m’en vais tenter d’élucider cette épineuse question : dans notre monde fou et vertigineux, est-il si enviable d’avoir vingt ans ?

Vingt ans, le bel âge ? Vraiment ?

À en croire Aznavour et bien d’autres chantres de la jeunesse perdue, la vingtaine est un âge béni sur lequel il convient de larmoyer pendant un demi-siècle en buvant pour oublier.

Lorsque je demande son avis sur la question à Alfrédette-première-du-nom, ma bien-aimée grand-mère, elle me répond dans un grand rire édenté :

« Vingt ans, le plus belle âge de la vie ? Tu déconnes, ma pauvre fille ! Tu vas te faire chier pendant des années à passer des partiels dont tout le monde se fout, tu vas en baver pour trouver un travail correct, tu devras faire des dizaines de stages avant de faire ton trou – sans parler du fait qu’à ton âge les garçons ont dix ans d’âge mental. Non, vraiment, attend d’avoir trente ans avant de penser vivre le plus bel âge de ta vie. »

Si la vérité sort, comme je l’espère, de la bouche des grand-mères et non des marmots braillards, il me reste donc quelques années avant de passer du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit. Pfiou.

Moralité ? Alfrédette-première-du-nom : 1. Aznavour : 0.

Lao Tseu a dit : « Il faut bouffer pour oublier ». Sehr gut !

Vingt ans, le début de la fin ?

Il y a une décennie tout pile*, j’étais une gamine qui s’emmerdait ferme entre les quatre murs de sa chambre ornés de posters de Lorie**.

En ces temps troublés, j’étais persuadée qu’une fois parvenue à l’âge canonique de vingt ans, je me métamorphoserais en une créature divine épargnée de tout problème – flatulences incluses.

À cette époque, j’étais persuadée qu’un odieux compte à rebours se mettrait en place au jour de mes vingt ans, date fatidique de mon inéluctable dégénérescence.

Aujourd’hui, j’ai compris que les femmes n’étaient pas des objets périssables, et qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des kilos superflus – c’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour ma cellulite.

*En disant cela, j’ai l’impression d’avoir mille ans, de l’arthrose, un abonnement à télé Z et un poster de Michel Drucker au dessus de mon lit. La vie est une chienne.

** Ne me faites pas chanter, ne m’envoyez pas de petits cailloux. ça arrive aux meilleurs d’entre nous, OK?

J’ai pas été à Poudlard, mais bon, ça va quand même

Quand j’avais dix ans, j’attendais une lettre de Poudlard qui m’inviterait à quitter les sombres couloirs de la 6ème5 pour apprendre à mater les Détraqueurs sans coup férir.

Si cette missive n’est jamais arrivée — à cause d’un aléas de la Poste, sans doute — j’ai à peu près triomphé des diverses embûches qui pavaient le chemin de ma scolarité (baccalauréat, orientation, khôlles, concours et autres joyeusetés). Certes, Ron Weasley n’est pas un copain de promo, mais que veux-tu ma bonne dame, on a jamais c’qu’on veut dans la vie, heing.

Je mourrai jeune, belle et bien-portante, c’est décidé

Quand j’avais dix ans, j’étais persuadée que je ne vieillirai jamais, et que quelque évènement tragique (chute d’un piano sur mon faciès, rencontre avec Mickaël Vendetta, peste bubonique) mettrait fin à ma brève et vaine existence, m’épargnant les joies du vieillissement et de la presbytie.

Visiblement, je l’ai dans le baba. 

Et aujourd’hui ? Je me suis résignée à mourir octogénaire, comme tout le monde. Et le fait d’avoir vingt ans ne m’apparaît plus si terrible.

Après tout, c’est pas si mal d’avoir vingt ans !

Certes, les Trente Glorieuses n’appartiennent plus qu’aux livres d’histoire(s), et l’avenir de cette « génération Y » qui fait les choux gras de reportages alarmistes semble être peu reluisant.

Certes, je vais devoir apprendre par coeur mon numéro de sécu, remplir des fiches d’impôts que j’oublierai de payer, être confrontée aux dures réalités de la vie d’adulte, faire ma vaisselle avant qu’un microcosme ne s’y développe.

Mais à part ces menus inconvénients, la vingtaine me semble un âge sympathique, et c’est sans nostalgie aucune que je clos à jamais le grand livre de mon enfance.

Sur ces douces paroles, je m’en vais vous laisser et provoquer une intoxication alimentaire massive en offrant à la cantonade les cupcakes grisâtres que j’ai amoureusement ratés pour l’occasion. Après tout, « on a pas tous les jours vingt ans », non ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ptitbidou
    Ptitbidou, Le 15 août 2013 à 23h07

    J'ai 16 ans, ai-je toujours de l'espoir pour la lettre de Poudlard ? Je l'espère bien, vraiment ... !

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