J’ai été violée, et j’ai fait de cette blessure une arme pour changer le monde

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Cette madmoiZelle a subi un viol et enduré difficilement la procédure judiciaire qui s'en est suivie, mais aujourd'hui, elle s'est relevée et souhaite témoigner du fait qu'il est possible d'aller mieux.

J’ai été violée, et j’ai fait de cette blessure une arme pour changer le monde

Lutte contre violences faites aux femmes

En amont de la Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, ce 25 novembre, nous publions des témoignages de violences sexistes et sexuelles sous toutes leurs formes, car les violences faites aux femmes ne se limitent pas à la violence conjugale.

C’était dans la nuit du 25 au 26 décembre 2015, on était sous les tropiques entre amis. Expatriés loin de nos familles, mais tous ensemble pour fêter Noël avec la chaleur du soleil et celle de notre amitié.

L’alcool coulait à flots depuis le matin, et cette nuit-là, Mathieu a décidé que j’étais trop heureuse dans ma vie de jeune paramédicale baroudeuse, curieuse et émerveillée par la beauté du monde.

Alors, du haut de son mètre cinquante, il a agi, sans considération pour la brutalité des quinze prochaines minutes qui allaient redéfinir ce que je suis devenue aujourd’hui.

« Vulnérable, je l’étais sans le savoir vraiment »

Je suis montée à l’étage avec mon crush qui, au vu de mon état d’ivresse avancé, me laisse finalement m’endormir tranquillement dans son lit. Il me laisse seule, ivre, endormie. En un mot : vulnérable.

Je l’étais sans le savoir vraiment : je ne me suis pas posé de questions. Pas un instant. Il n’y a pas de danger quand on dort dans la maison de son amie, avec trois autres qui finissent la soirée sur la terrasse.

Non, on n’interroge pas la menace d’une telle situation. Même si on sait qu’on ne peut consentir à rien tellement l’alcool cogne et tellement son corps est fatigué.

Tu ne veux que dormir calmement en attendant la gueule de bois du lendemain.

Tu ne doutes pas de ta sécurité. Tu ne penses pas à l’impensable.

Et puis, de manière tout aussi paisible que l’était mon sommeil, Mathieu s’est inséré dans la chambre et dans mon vagin.

« On n’est jamais prêt au crime »

Si tu me lis, si toi aussi on t’a volé ton corps et tes pensées, j’espère profondément que mes phrases t’aideront à endurer les longs mois de terreur. Ils n’ont pas attendu que tu sois prêt·e pour les éprouver.

On n’est jamais prêt au crime. Il te tombe juste dessus, au hasard.

Il s’immisce brutalement dans le parcours de ta vie, remettant tout en question : ton passé, ton présent, ton avenir.

Ce témoignage n’est pas un guide pratique de la survie après un viol, mais j’espère qu’il pourra t’aider si besoin.

Il le fait tellement bien et tellement fort que toute cette chronologie se mélange, n’existe plus, tu ne lui fais plus confiance, tu ne sais plus ce que tu as vécu, tu ne te reconnais plus, tu ne peux plus te projeter, même à une heure.

On a toutes et tous nos forces et nos faiblesses qui nous permettent de nous faufiler plus ou moins habilement entre les obstacles de la vie. Car, crois-moi : le viol, c’est un obstacle. Plus puissant que tout ce que tu connaissais, mais tu vas réussir à le démolir comme il t’a démolie. Grâce à ce que tu es.

Cet article, ce n’est pas un guide pratique de la survie après un viol. J’aurais préféré t’en écrire un, éditer le « Guide du Traumatisme pour les nuls ».

Parce que j’ai pleuré de ne pas en avoir, ni de connaître les étapes à suivre, ni le déroulement de ce qui allait se passer, ni ce que je devais faire. Ça n’existe pas et ça n’existera jamais car notre survie est trop dépendante de notre vie d’avant, de notre solidité, de notre sensibilité et de nos failles antérieures.

Ce n’est que mon expérience, et j’espère profondément qu’elle t’aidera.

« Il avait déposé une bombe dans mon corps »

Après plusieurs mois de déni pendant lesquels j’ai coupé tout contact avec les personnes présentes cette nuit-là, je l’ai revu. Il était là, devant moi.

On s’est regardé sans dire un mot, le visage et le regard figés. Le choc de ce silencieux échange a été brutal. En me violant, il avait déposé une bombe dans mon corps.

Elle s’y était depuis doucement greffée, jusqu’à ce que son regard coupable enclenche le détonateur. Et moi, accrochée à mon déni, à ma vie où tout allait bien, j’ai essayé de ne pas écouter l’alarme qui annonçait son explosion.

J’ai continué d’aller travailler, de voir mes amis, de faire des randos et d’aller à la plage.

J’étais sous une pression complètement inconnue, je me voyais me décomposer sans pouvoir rien y faire. J’allais décompresser. J’allais déconner. J’allais céder.

Je ne savais pas quelle forme ça allait prendre, et j’ai eu peur. J’ai eu peur de moi. J’ai eu peur de me foutre en l’air.

On m’a emmenée aux urgences psychiatriques. Tout le reste de mon parcours du combattant y a commencé. C’est la première pièce du puzzle qui m’a sauvée.

« Ne culpabilisez pas, c’est vous la victime »

Je sors le lendemain, avec comme nouvelles armes une prise en charge médicamenteuse et psychologique. Je suis mise en mise en relation avec une assistante sociale. Deuxième pièce du puzzle : on prend rendez-vous à la gendarmerie le surlendemain pour engager les procédures judiciaires.

L’assistante sociale fait en sorte que je sois reçue par un homme formé aux violences faites aux femmes. Il a été merveilleux.

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Pas de jugement, pas de culpabilisation, pas de saloperies. Rien de ce qu’on peut entendre ou lire quant aux réactions sexistes et inadaptées au contexte de traumatisme. Il commence en m’annonçant :

« À la fin, je vais vous poser beaucoup de questions très intimes, c’est la procédure et je ne vous jugerai pas.

Ne me prenez pas pour un pervers, on a besoin de tous les détails, même des plus sordides pour confronter l’agresseur par la suite ».

Et il conclut très humainement :

« Vous pouvez contacter telle association.

Bravo d’avoir porté plainte, vous être trop peu à le faire.

Ne culpabilisez pas. C’est vous la victime, vous n’êtes en rien responsable de ce qui est arrivé. »

Je n’en avais jamais douté. Mais l’entendre de la bouche d’un représentant de la Justice, c’était énorme.

Le temps judiciaire, long et lent

Quatre longs mois après, ceux du transfert du dossier à la PJ, je suis recontactée pour être entendue une nouvelle fois par l’inspecteur en charge de l’enquête.

De la même manière que le gendarme, il a été fantastique avec moi.

Deux mois après, c’est l’envoi du dossier chez le procureur : c’est lui qui décide s’il est suffisamment solide pour aller au tribunal, ou s’il est classé sans suite. C’est aussi lui qui décide si on va au pénal (pour viol) ou en correctionnel (pour agression sexuelle).

L’inspecteur me dit que, par expérience, le dossier sera correctionnalisé parce qu’il n’y a pas suffisamment de preuves pour aller au pénal.

Car lorsque Mathieu a été interrogé, il a nié et inventé un scénario tout autre dans lequel je l’ai invité à partager mon lit. Il n’y a aucune preuve objective, je n’avais pas fait de prélèvement. Ça aurait sûrement tout changé. Mais là, ça sera mon témoignage contre le sien.

Aux assises, il y a un jury, le commun des mortels, qui n’est pas sensibilisé au viol. La nature humaine préfère ignorer les violences. Je risque de perdre le procès si ce chemin est pris.

Alors qu’en correctionnel, c’est le juge et le procureur qui décident. Ils connaissent la loi et ce genre de dossier, où il n’y a aucune preuve matérielle.

« On va en correctionnel »

La décision du procureur est conforme à l’intuition de l’inspecteur : on va en correctionnel. Le dossier est donc suffisamment solide pour que ce ne soit pas un non lieu.

L’inspecteur me dit que j’ai de grandes chances de gagner. L’avocate que j’engage aussi. Entre satisfaction, apaisement et angoisse, mes sentiments se mélangent.

Une nouvelle forme de panique émerge : et si je gagne ? Le traîner en justice pour être reconnue officiellement victime, pour qu’il entende mes hurlements de détresse, qu’il comprenne le mal qu’il a fait, qu’il soit puni et que plus jamais il ne recommence, c’est bien ça que je voulais.

Mais, si je le gagne ce procès ?

Ma plaie ne cicatrisera pas instantanément, je resterai une femme faisandée, avariée, consumée jusqu’aux os, répugnante à en faire suffoquer un rat. Une femme dont l’essence même est devenue putréfaction.

Voilà la nouvelle définition de moi-même : une plaie, entrailles apparentes, qui ne respire plus que de la fétidité. Mon énergie et mon esprit croupissent et sentent le rance. Tout est avarié.

« Même si je gagne, ma vie sera toujours un champ de ruines. »

Même si je gagne, il me restera une aigreur en bouche et dans l’estomac qui m’empêchera d’entr’apercevoir un jour la lumière.

Je resterai dans la noirceur et la puanteur d’un semblant de vie. Peut-être que je gagnerai ce procès, mais je n’aurai plus d’échéance pour arrêter de souffrir.

Depuis la fin du déni, j’avais enfilé un costume et appris mon texte par cœur. J’étais en représentation tous les jours :

« Je ne vais pas très bien, mais ce n’est qu’une histoire de temps, celui de la procédure.

Elle laisse ma plaie béante, je pense à tout ce drame quotidiennement. Ça arrache les quelques points de suture qui essaient fébrilement de se mettre en place.

Mais après le procès, ne vous inquiétez pas, j’irai mieux. »

Mais, est-ce que j’y crois vraiment ? Non. Non, je n’y crois pas à ces conneries que je raconte aux autres. J’essaye juste de m’en persuader et de les rassurer. Même si je gagne, ma vie sera toujours un champ de ruines.

Et si je perds, je fais quoi ? Je me suicide car j’aurai tout perdu ? Je trouve un tueur à gage pour le démolir autant qu’il m’a démolie ? Je m’emmure dans mon humiliation jusqu’à ce que mort s’en suive ?

Si je perds ce procès, c’est ce qu’il me reste de ma rage de vivre que je perds.

« Garde la tête haute, t’es une femme forte »

Je fais quoi, maintenant ? Je retire ma plainte parce que c’est trop dur ? Non. J’ai pas fait tout ça pour rien et je m’en voudrai pour le restant de mes jours.

Allez, encaisse. T’es plus forte que ce pauvre type. Garde la tête haute, t’es une femme forte.

Mais l’envie de rayer tout ça de mon existence est si puissante… Je voudrais que tout ça n’existe pas. De revenir dans le passé. D’être quelqu’un d’autre. De me réveiller.

Retire ta plainte, et tu n’auras plus à affronter la peur du procès. Barre-toi à l’autre bout du monde, où tout ça ne règnera plus, où tu n’auras plus peur de le croiser à chaque coin de rue.

Une nouvelle vie, loin des décombres de mon passé, loin de ceux qui connaissent ton supplice.

Le suicide comme échappatoire

Je ne tiens plus. Je vais mourir. Je veux mourir. Je vais avaler deux boites d’anxiolytiques et de somnifères, ouvrir une bouteille de rouge et alors, je serai dans le plus beau des calmes.

Que faire si vous avez des pensées suicidaires ?

Vous pouvez vous tourner vers les numéros d’écoute, comme le Fil Santé Jeunes, SOS amitié ou Suicide Écoute.

Le plus important est de ne surtout pas rester seul•e.

La violence sera finie, ma torture révolue pour l’éternité.

Je ne me réveillerai plus jamais étouffée par mon enfer.

Soudain, je prends conscience de la gravité de mes pensées. Mais je suis incapable de les faire taire. Instinct de survie, j’appelle le SAMU, et je suis de nouveau hospitalisée pour trois jours.

Au tribunal, le coup de grâce

Et puis, huit mois après mon dépôt de plainte et plus d’un an après ce crime, me voici au Tribunal de Grande Instance. Tout le monde est là : mon avocate, mes parents, mes amis, le bourreau de ma vie et son avocat.

Je lui ai écrit une lettre, qu’on ne me laissera finalement pas lire.

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Après l’exposition des faits et la plaidoirie des avocats, on sort en attendant la délibération.

Mon avocate n’est pas sereine : il a le meilleur avocat de la région, le pire des requins, celui qui représente tous les agresseurs sexuels, celui qui gagne chacun de ses procès.

Et le verdict tombe : il est acquitté. J’ai été violée, j’ai perdu la vie, et il rentre chez lui.

La lente reconstruction

Je suis d’un naturel optimiste. Quand j’ai commencé à chanceler, au fond de moi, une petite flamme tremblait chétivement.

Elle s’éteignait presque mais juste avant de mourir, elle me chuchotait que ça ne serait qu’une longue peine à purger. Elle me disait que tout ça n’était qu’une escarre sur une âme morcelée, piétinée, détruite, une escarre qui montrait ma chair et mes viscères.

Une nécrose d’où tout allait renaître malgré tout. C’est une âme qui se reconstruira à partir de ses ruines. Parce que l’amour. Parce que la vie.

Et finalement, cette petite flamme qui allait mourir chatoyait un peu plus. Elle est la troisième pièce du puzzle.

Le procès est terminé depuis une heure, et je suis enfermée dans l’obscurité de ma chambre et de mes larmes.

Et plus tard, j’ai commencé à vouloir revivre. J’ai poursuivi mon traitement de molécules en tous genres, de psychothérapie, et d’amour. Celui de mes amis et de mes parents. Ils ont été d’une aide sans mesure.

« J’ai commencé à vouloir revivre »

Je leur dois mon nouveau souffle. Ils sont la quatrième pièce du puzzle de ma reconstruction.

Il faut parler, parce que parler c’est faire exister son chaos en dehors de soi en lui donnant une forme palpable.

Le supplice insaisissable qui nous habite devient finalement saisissable. Alors, on peut chasser cette douleur insoutenable et la partager, pour la rendre moins massacrante.

J’ai parlé et ils m’ont écoutée. Rassure-toi : tu ne blesseras pas tes proches en leur confiant ton traumatisme. Tu n’engageras pas leur pronostic vital comme le tien l’est.

En partageant ton traumatisme, tu ne blesseras personne mais tu te soulageras.

Tu leur fais part du cataclysme qui a emporté ta vie, mais il n’emportera pas la leur. Ils seront affligés de tristesse, mais ne culpabilise pas d’en parler :  ils vont continuer à vivre en partageant ton fardeau.

Tu ne leur imposes rien. Tu n’es pas égoïste. Tu sais pourquoi ? Ils savent déjà que tu vas mal. Même si tu fais semblant, même s’ils ne se doutent pas de la gravité de la situation.

Ils voient que ton comportement change, que ta manière d’être et de communiquer n’est plus la même. Mais ils se demandent si l’amour qu’ils te portent est réciproque, puisque manifestement tu ne leur fais pas suffisamment confiance pour leur en parler.

Ils se demandent aussi s’ils ont fait quelque chose de mal pour que tu prennes tes distances. Ils veulent t’aider parce qu’ils t’aiment, mais ils se sentent démunis face à ton silence.

« Donne-leur la clé pour t’aider : parle. »

Donne-leur la clé pour t’aider : parle. Laisse-les t’écouter. Pleure sur leurs épaules. Ils ne seront plus impuissants face à ton néant. Alors parle. Parle, pour guérir. Parle, pour sensibiliser. Abroge le tabou du viol.

On estime qu’une femme sur dix a été violée ou le sera au cours de sa vie. Compte le nombre de femmes que tu connais, de près ou de loin. Le compte est vite fait : tu connais quelqu’un qui a été violé.

À lire aussi : #MeToo, #MoiAussi : autant de femmes victimes de harcèlement sexuel, comment est-ce possible?

Alors parle, parle pour la libérer elle-aussi de son fardeau. Qu’elle se sente moins seule, elle aussi. Qu’elle se sente comprise, elle aussi. Qu’elle porte plainte, elle aussi.

C’est ainsi que j’ai appris qu’une amie avait connu le même sort que moi, sept ans auparavant. Pas de poursuite judiciaire, elle n’en avait pas le courage.

Depuis que j’ai parlé, elle a porté plainte. Grâce à moi. J’ai changé sa vie, dit-elle. Alors vas-y : change des vies, pour changer la tienne et pour changer le monde. Au nom de toutes les femmes et les hommes violés et agressés. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour eux.

J’ai arrêté de travailler le lendemain du procès. Je n’en étais plus capable. Je suis retournée vivre chez mes parents pour me reconstruire. Au calme, loin de tout, sans pression, sans responsabilités. Et j’ai commencé à aller considérablement mieux, et je me sentir à nouveau d’attaque pour rentrer chez moi et recommencer à travailler.

« S’autoriser à aller mal et prendre le temps d’aller mieux. »

Je sais que je reste fragile. La plaie n’est pas cicatrisée, je suis toujours mutilée. Mais je vais mieux. Ceci nous amène à la cinquième pièce du puzzle : s’autoriser à aller mal et prendre le temps d’aller mieux. Ne pas se mettre la pression pour guérir vite. Ne pas se donner de deadline.

Juste se reposer, s’écouter, et laisser le temps aux longues journées panser sa blessure.

Si tu as du mal à te laisser aller, à accepter de prendre des médicaments, à aller voir un psychiatre et/ou un psychologue, à toucher le fond : n’aie pas peur. Je connais ce sentiment. On veut garder le contrôle pour ne pas sombrer de nouveau, mais il faut parfois sombrer.

Accepte tout ça si nécessaire, car ton corps ne l’accepte pas. La fatigue psychique devient fatigue physique et te rappelle de prendre soin de toi. Fais-toi confiance : ça ira mieux. Tu te relèveras quand tu seras prêt·e.

Désormais, pour la première fois, je peux dire que porter plainte a participé à mon rétablissement. Même si je n’ai pas remporté le procès, comme d’ailleurs dans 90% des dépôts de plainte pour viol.

« Nous reconnaissons votre traumatisme, mais l’agresseur n’était pas en mesure de connaître votre non-consentement »

Voilà les derniers mots de la juge. Ils ont résonné comme résonne le glas pendant des semaines.

Depuis le début de ma procédure judiciaire, je me battais, bille en tête, contre une douleur poignardante. Parce que j’y croyais. Mon espoir me faisait tenir debout.

J’allais être reconnue victime, parce qu’on est dans le pays des Droits de l’Homme, et parce que si je n’y croyais pas, je pouvais m’immoler tout de suite. Je voulais me battre. Ne rien avoir fait, c’était contester mon statut de victime. C’était autoriser le viol.

Je ne l’ai pas autorisé ; le Tribunal ne l’a pas condamné. Mon violeur est libre.

« Je n’ai pas eu la force de l’arrêter, mais j’ai eu celle de l’emmener au tribunal. »

En revanche, ce procès lui a posé une épée de Damoclès au-dessus de la tête pour le reste de sa piètre existence.

S’il recommence, le juge n’aura plus aucun doute sur sa culpabilité. Mathieu, il vit en sachant qu’il a détruit quelqu’un. Il va vivre avec son infamie. Il a tenté de mettre fin à ses jours et lui aussi, maintenant, il vit sous anti-dépresseurs.

Il sait que je n’ai pas eu la force de l’arrêter, mais que j’ai eu celle de l’emmener au tribunal. Et si le consentement était une vague notion pour lui, il en a appris la définition.

Cette justice injuste qui ne condamne pas les violeurs, elle n’évoluera que si on change nous-mêmes. Seulement si on parle, si on sensibilise, si on crie notre douleur.

Sors du silence, fais de ce traumatisme une arme pour changer le monde.

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Commentaires
  • Eclaireur
    Eclaireur, Le 28 novembre 2017 à 19h28

    Merci pour ce témoignage, douloureux mais tellement nécessaire.

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