Du lard, du cochon ou du cheval – Chronique de l’Intranquillité

Viande de cheval, avariée, ou tartes suspectes, Ophélie en a un peu ras la casquette des scandales alimentaire qui s'accumulent - et surtout des réactions des consommateurs.?

Du lard, du cochon ou du cheval – Chronique de l’Intranquillité

Ces derniers temps je suis sur mes gardes, je trouve que la saison est propice aux scandales. Ils déferlent si rapidement que j’ai à peine le temps d’en digérer un avant que le prochain se profile à l’horizon.

Donc j’ai mangé à l’occasion des lasagnes PUR BOEUF qui étaient en vérité PUR CHEVAL, et à ma dernière visite chez Ikéa j’aurais dû me douter que si leurs biscuits épicés s’appellent des Pepparkaka ce n’est pas dépourvu de raisons étymologiques. Et pour finir je sais pourquoi les cuistots de Flunch servent toujours des steaks beaucoup trop cuits alors qu’on les demande saignants…

Désormais j’ai décidé de me méfier des affirmations qu’on pouvait me donner et de ne plus me fier aux apparences : d’ailleurs je constate que je ne suis pas la seule à douter de la véracité de ce qu’on m’annonce. L’autre jour au restaurant j’ai été installée à côté d’une table de casse-couilles en chef (ou une table de consommateurs éclairés, selon le point de vue) qui ont passé en revue la quasi-totalité des plats figurants sur la carte avec la serveuse. « Et les desserts, c’est du fait maison ou du MÉTRO ? » ; « Les poissons sont frais ou surgelés ? » ; « Et les sauces ? C’EST VOUS QUI LES FAITES LES SAUCES OU C’EST EN BRIQUE ? ».

J’avoue, moi aussi j’ai regardé trois cent douze numéros de Capital sur les dessous de l’industrie agro-alimentaire et j’ai mangé de délicieuses soupe de poissons « maison » à dix euros le bol (croûtons non inclus) en bord de mer alors qu’elles avaient été mitonnées par la « maison » Liebig dans le 93. Aussi surprenant que ça puisse paraître : j’y ai survécu.

D’ailleurs on me disait récemment, après avoir vu l’ancien dirigeant du groupe Spanghero en larmes à la télévision, que ce qui s’était passé était proprement infâme, que l’entreprise avait sali ce nom naguère si réputé et que désormais il était aussi honteux de s’appeler Spanghero que de s’appeler Dutroux. Bon, je ne partage que très modérément cette vision des choses mais il semblerait que les ménagères et les consommateurs soient méchamment vénères de tous ces scandales qui éclatent en chaîne.

Le problème de toute cette affaire, c’est qu’elle réhabilite la méfiance crasse, vous savez, celle des gens qui ne peuvent s’empêcher de vous dire « Il y a peut-être du chat dedans » quand vous commandez des nems au porc au restaurant chinois. Le même genre de personnes qui chanteront les louanges du « c’était-mieux-avant », parce que c’est vrai que c’était-mieux-avant lorsque nous n’avions rien d’autre à faire de nos journées que d’aller acheter du boeuf dans une boucherie non-chevaline pour cuisiner longuement de bons petits plats sans additifs chimiques.

C’était drôlement mieux avant lorsque toutes les brasseries ne servaient que des harengs- pommes-à-l’huile maison au lieu de proposer une carte à cent références plus ou moins congelées.

C’était mieux en 1860 quand personne ne savait ce qu’était un macaron et que Ladurée n’était qu’une petite boutique de quartier, avant qu’ils soient rachetés par Holder et qu’ils vendent 50 euros le coffret de dix macarons surgelés sur les Champs Elysées.

?C’était sûrement mieux lorsque les boulangers se levaient à deux heures toutes les nuits de toutes les semaines pour préparer les chocolatines fraîches du lendemain, qui ne sortaient pas d’un carton comme 95% de celles qu’on achète aujourd’hui.

Oui c’est vrai que c’était bien quand on oublie de réaliser qu’il s’agissait d’une autre époque, que désormais tout le monde veut sa boîte de macarons à Noël, un choix divers et varié sur la carte du resto, des fraisiers en plein hiver et des plats préparés pas-chers-parce-que-c’est-la-crise. Tout cela en critiquant amèrement le restaurateur du coin qui commet l’affront de ne pas faire du gastro dans un menu à quinze euros.

Je pense que si nous continuons à creuser le sujet, nous serons nombreux à tomber des nues en nous apercevant de la tyrannie exercée par nos désirs sur les impératifs économiques logiques qui sous-tendent tout cela. Mais nous pourrons nous indigner, parce que c’est important de le faire : il est de bon goût de vivre en fermant les yeux pour les écarquiller une fois que le projecteur nous est planté devant la face.

Heureusement les médias nous forment à devenir des Masterchef en puissance pour nous sauver de ce bastringue alimentaire car nous sommes à deux doigts de réaliser que depuis L’aile ou la cuisse en 1976, peu de choses ont changé.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mad_Summers
    Mad_Summers, Le 11 mars 2013 à 11h26

    Comme certaines, je n'aime pas beaucoup le ton de l'article.
    L'industrie agro alimentaire est un immense lobby des plus meurtriers et c'est lui par la publicité qui nous fait croire que "c'est plus pratique d'acheter des lasagnes surgelés" ou bien "c'est tellement bon, joli etc les macarons"... qui n'a jamais été influencé par la pub pour acheter tel ou tel truc qui venait de sortir?
    C'est le marketing qui nous fait acheter de la merde. Et nous sommes manipulés pour ça, ils sont fort pour ça.


    Ensuite, il y a des consommateurs qui n'ont pas le choix de bien s'alimenter. Je pense aux familles qui ont très peu de revenues et qui font du mieux pour s'en sortir et qui font leurs courses au Lidl.
    Certes je ne le fais mais je comprend très bien que pour des raisons économiques on le fasse. Et c'est pas pour autant qu'on doit être dupée, et qu'on doit servir de la merde "littéralement" à ces gens là.
    Ils méritent aussi d'être respecté.

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