Après le 13 novembre 2015, moi, j’ai peur (et c’est légitime)

Depuis les attentats de vendredi soir, Clara a peur et elle refuse de culpabiliser. À chacun•e de gérer la situation à sa façon.

Après le 13 novembre 2015, moi, j’ai peur (et c’est légitime)

– Les images d’illustrations sont signées Les photos de Miquette.

Vendredi soir à Paris, entre 21h et 3h du matin, nous avons tou•te•s été témoins des attentats les plus graves perpétrés sur le sol français depuis bien longtemps. Je n’ai pas envie de rappeler les chiffres, juste de peur qu’ils n’aient affreusement trop augmenté au moment où tu me liras. Je n’ai pas non plus le courage de faire un récapitulatif exhaustif des faits, j’en ai trop lu, je suis saturée d’informations, de statistiques, de décryptages, de nouvelles annexes (« Alors Marc-Antoine, qu’est ce que c’est donc qu’une fiche S ? », « Mais du coup, c’est quoi le score de France-Allemagne ? »). Parce que comme tout le monde, j’ai passé la nuit, puis la journée et encore la nuit comme un robot entre Facebook, Twitter, France info, le site du Monde.

Press play, repeat.

À lire aussi : Les attentats du 13 novembre, quand le quotidien vole en éclats

La peur et le temps

Alors que Twitter cherchait les égaré•e•s et commençait à compter les disparu•e•s, que France Info rappelait que l’article 16 de la constitution prévoit la mise en place de l’état d’urgence (alors que non, l’article 16 c’est les pleins pouvoirs, c’est l’article 36 l’état d’urgence), de nombreux messages, tweets, statuts Facebook et autres ont commencé à scander ce qui serait la « ligne éditoriale » majoritaire.

« Nous n’avons pas peur, nous n’allons pas arrêter de vivre, vous n’avez pas gagné, nous continuerons à danser, boire, faire la fête, écouter du gros rock trop fort. »

S’est alors dégagé une sorte d’impératif à aller bien, à être fort•e, à ne pas céder un seul pouce de terrain. Et sur le principe… oui, la vie va continuer, la vie doit continuer, bien sûr qu’on va continuer à se retrouver, faire du bruit, manger du gras, dire des mots doux à de jolis gens (c’est pour pécho) et boire jusqu’à être obligé•e de passer le lendemain au lit. Sauf que pour l’instant, moi ça va pas. Ça ne va pas du tout. Et ça ne fait pas de moi quelqu’un de faible.

Oui je vais mal, oui j’ai peur. Personnellement je n’ai rien, pas de bobos, pas assisté à une fusillade. J’ai une amie qui a pris une balle au Bataclan. Elle va bien maintenant, mais elle a pris une balle. Moi rien, certes, mais des gens dehors sont morts en buvant des pintes. Et mon amie a pris une balle dans la jambe. MA POTE AVEC QUI JE BOIS TROP PARLE TROP FORT ET FAIS DES BLAGUES LAMENTABLES A PRIS UNE PUTAIN DE BALLE D’UNE PUTAIN D’ARME À FEU DANS SA PUTAIN DE JAMBE.

Et on voudrait que j’aille bien ? Que j’aie le moral au top dans le but de prouver à un groupe de fous furieux violents que non, ils n’ont pas gagné ? Déjà, la pertinence de cette corrélation directe m’échappe. Ensuite : oui, on va aller bien, ça va finir par aller. Mais genre… plus tard. Pas là. Là j’hésite à sortir de chez moi, je refuser d’aller en terrasse et j’ai peur d’aller à République. Et tu fais bien ce que tu veux de ton côté. Mais qu’on ne vienne pas me dire que si j’ai la trouille et que je me laisse cinq minutes de répit avant de me tenir à nouveau droite et d’être forte, ça fait de moi une moins bonne personne, qui réagit mal à la situation.

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Gérer la situation à sa façon

Depuis vendredi soir, j’ai discuté avec plusieurs dizaines de personnes. Et nombres d’entre elles s’excusaient de ne pas tenir le coup, sachant que pour d’autres c’était tellement pire. Ma pote qui a pris cette PUTAIN DE BALLE DANS SA PUTAIN DE JAMBE s’est excusée de se plaindre alors que d’autres gens étaient morts, et qu’elle avait eu la chance de s’en sortir. Nous en sommes à culpabiliser d’aller mal alors que tous ces gens sont morts pour aucune raison.

Cet événement est traumatisant à des milliards de justes titres. Et même les mauvaises raisons sont valables ici. Tu as le droit d’aller mal, d’appeler à l’aider ou de rester enfermé•e chez toi. Tout comme tu as raison de vouloir sortir et vivre le plus fort possible. Mais il faut laisser chacun•e gérer la situation comme il/elle peut, sans décider pour les autres.

Je crois que tout ce qu’il faut faire pour l’instant, c’est rester ensemble, avec ou contre, tout contre. Ça fait maintenant deux jours que je vois les gens autour de moi se dire qu’ils s’aiment. C’est la seule chose qui semble avoir un sens. Et je voudrais interdire de dire, penser, commenter que c’est culcul. Parce que c’est comme ça et pas autrement qu’on aura gagné.

Garde la pêche.

À lire aussi : Les attentats du 13 novembre et l’après, vus par Internet

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Muwglyk
    Muwglyk, Le 23 novembre 2015 à 22h16

    Depuis le fin fond de ma campagne moi aussi j'ai peur, j'ai peur alors que pourtant je ne devrais à priori n'avoir rien à craindre (quoique qu'on ne sait jamais ce qui peut se passer, évidemment), et pourtant si. Je n'ai pas de famille ni de connaissances à Paris, seulement en banlieue assez éloignée, et pourtant je ne peux pas m'empêcher d'être angoissée à l'idée d'apprendre une mauvaise nouvelle les concernant.

    Comme une Madz l'a dit un peu plus haut, ce qui est angoissant et ce qui rend extrêmement triste c'est de se dire que ces victimes ne se doutaient sûrement pas en janvier du sort qui leur serait réservé 10 mois plus tard. Et ça putain ça fout les boules, tu te dis que là en ce moment même ton futur est peut-être déjà décidé par une bande de malades qui prévoient une autre attaque. Il suffit d'être présent(e) au mauvais endroit au mauvais moment. Ça rend malade, vraiment.

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