Le végétarisme : quelques infos psychologiques

Le végétarisme (ainsi que le végétalisme et le véganisme) souffre encore de beaucoup d'idées reçues. Mais pourquoi devient-on végétarien, et comment le vit-on ?

Le végétarisme : quelques infos psychologiques

NB : le terme « végéta*isme » englobe végétarisme et végétalisme.

Dans quelques jours, les adeptes et sympathisant-e-s du végétarisme/alisme vont pouvoir suivre le Paris Vegan Day – c’est l’occasion de nous pencher ensemble sur quelques études menées en sciences sociales à propos du non-mangeage-d’animaux.

Des végétarismes culturellement différents

Dans une étude, qui sera publiée en décembre prochain dans la revue Appetite, intitulée Compassion et contamination. Les différences culturelles dans le végétarisme, Matthew B. Ruby, Steven J. Heine, Shanmukh Kamble, Tessa K. Cheng et Mahadevi Waddar ont analysé les raisons psychologiques qui poussent à être ou devenir végéta*ien au travers des contextes culturels…

Quels sont les motivations des végétariens-ne-s ? Selon les auteur-e-s, la réponse pourrait dépendre de notre localisation géographique, ou plutôt du contexte culturel dans lequel nous évoluons : si les végétarien-ne-s ont un même comportement alimentaire, leurs motivations pourraient toutefois être basées sur des principes moraux bien différents.

Pour parvenir à ce constat, les chercheur-ses, mené-e-s par Ruby, ont examiné les ressorts psychologiques du végéta*isme chez les « occidentaux » (Étatsuniens, Canadiens et Européens) et chez les Indiens.

La nourriture indienne compte beaucoup de plats végétariens.

Dans une première étape, l’équipe de scientifiques a recruté 159 participant-e-s d’Europe et d’Amérique du Nord, et 113 volontaires d’Inde. Parmi ces 272 personnes, certain-e-s sont végétarien-ne-s, d’autres carnivores. Tou-te-s doivent remplir une série de questions relatives à ce qu’ils-elles pensent de la protection de l’environnement, du bien-être des animaux, de l’importance de l’obéissance et du respect de l’autorité, etc.

Les végétariens occidentaux se démarquent des carnivores occidentaux : ils seraient plus préoccupés par l’impact de leurs choix alimentaires quotidiens sur l’environnement et sur le bien-être des animaux, se sentiraient plus concernés par le bien-être animal en général, et adhéreraient plus fortement à des valeurs comme l’universalisme et la liberté.

En revanche, les chercheurs-es ne notent pas de différence dans les discours des végétariens et non-végétariens indiens : tou-te-s ont plus ou moins les mêmes préoccupations.

Quels principes moraux derrière le végéta*isme ?

Dans une seconde étape de l’étude, Matthew Ruby et ses collègues recrutent 828 participants (266 Étatsuniens, 106 Canadiens, 456 Indiens), auxquels ils demandent d’évaluer leur adhésion à certains affirmations, comme « manger de la viande pollue la personnalité et l’esprit » ou « manger de la viande me fait me comporter comme un animal ».

Ici, les végétarien-ne-s de chaque pays adhèrent plus fortement à l’idée que la viande polluerait la personnalité et l’esprit que les omnivores – et cette différence serait plus prononcée parmi les Indiens (ce qui, selon Ruby, serait cohérent avec les valeurs portées par l’Hindouisme, religion dominante en Inde : le but du végétarisme serait de garder le corps libre de toute la pollution associée à la viande animale).

Ensuite, les chercheur-e-s font passer aux participant-e-s un questionnaire sur leurs « principes moraux » : quelles valeurs sont pour eux les plus important-e-s ?

Cette fois, les différences entre Indiens et Occidentaux sont plus grandes : les végératien-ne-s indien-ne-s seraient plus enclins à adhérer à des valeurs comme la « pureté », l’autorité traditionnelle, la loyauté envers son groupe d’appartenance…  Les végétarien-ne-s occidentaux accorderaient quant à eux moins d’importance à l’autorité traditionnelle que leurs homologues omnivores.

Un végéta*isme socialement intégré ?

Pour Matthew Ruby, si le végétarisme est liée en Inde au respect des valeurs traditionnelles et en Occident à des préoccupations environnementales et animales, c’est précisément parce que la place du végéta*isme n’est pas la même dans toutes les sociétés.

En « Occident », nous ne serions pas « élevés » avec l’idée du végéta*isme, les végéta*ien-ne-s sont l’exception : on prend la décision de le devenir, de se « convertir », de se démarquer du groupe dominant. À l’inverse, pour les Indiens, le végétarisme est une idée courante, non stigmatisée, qui fait partie de la culture depuis des siècles.

Somme toute, ce que cette recherche montre, c’est qu’un comportement similaire ne reflète pas forcément une manière de penser similaire : lorsque l’on ne mange pas d’animaux, on dit quelque chose de nous, de ce que l’on pense, des valeurs auxquelles on adhère – le végétarisme n’est simplement une façon de se nourrir.

Pourquoi manger du boeuf et pas du cheval ?

Figurez-vous qu’avec cette étude, Matthew Ruby, qui souligne d’ailleurs régulièrement le besoin de données et d’études sur le sujet du végéta*isme, n’en est pas à son coup d’essai. Ses recherches se concentrent en effet sur les questions qui touchent au régime alimentaire : comment fixe-t-on la ligne entre les animaux qu’il est acceptable de manger et les autres ? Quelles différences existe-t-il entre les discours et croyances des végétar*iens et des omnivores ?

Dans l’une de ses publications, Ruby rassemble les constats de plusieurs recherches  sur le thème du végétarisme. On y apprend ainsi que :

  • Dans la plupart des études récentes, la motivation la plus souvent citée par les végétarien-ne-s est l’éthique de l’élevage et de l’abattage d’animaux (Beardsworth & Keil, 1991 ; Fox & Ward, 2008 ; Hussar & Harris, 2009…), suivie par la préoccupation pour la santé personnelle, l’impact environnemental de la consommation de viande, la « pureté » spirituelle, et enfin le dégoût de la viande.

  • Ces motivations ne sont pas statiques (Beadsworth & Keil, 1992), elles évoluent avec le temps – nous ajoutons un motif, nous en abandonnons un autre. De la même manière, notre manière d’être végétarien évolue, s’adapte. L’une des raisons de ces évolutions est qu’au fil du temps, nous devenons plus « expert », à la fois « expert » du végéta*isme et « expert » de notre propre façon d’être végé.
  • L’obstacle au végéta*isme le plus souligné serait le goût pour la viande – ensuite viendraient la difficulté de changer ses habitudes, la croyance que les humains sont faits pour manger de la viande (la sacro-sainte chaîne alimentaire), l’entourage carnivore, le manque de connaissance à propos du régime végé.
  • Trois types de facteurs joueraient un rôle essentiel dans le maintien du végétarisme : les facteurs personnels (être convaincu du bienfait de cette alimentation pour le bien-être des animaux, être familiarisé avec la cuisine végé…), les facteurs « sociaux » (connaître des gens végétariens, avoir du soutien de la part de ses proches…) et les ressources environnementales (la disponibilité et l’accessibilité des produits dans les magasins).
  • Il serait socialement plus acceptable de devenir végé lorsque l’on est une fille que lorsque l’on est un garçon – il existerait en effet une forte association de la viande et de la masculinité (un bonhomme, ça mange de la bidoche, on vous dit).

La psychologue sociale Mélanie Joy, qui sera présente au Paris Vegan Day, va plus loin et s’attaque au « système carniste » : pour la chercheuse, auteure du livre Why we love dogs, eat pigs, and wear cows (Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons et portons de la vache), nous serions conditionnés, socialement et psychologiquement, à manger de la viande.

Pire encore : nous serions conditionnés à manger certains animaux – et à être écœurés à l’idée d’en manger d’autres. Des lasagnes à la viande de cheval sont-elles vraiment plus scandaleuses que des lasagnes à la viande de bœuf ?

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Paravelle
    Paravelle, Le 13 octobre 2013 à 0h50

    lulilule;4409434
    lapinounette;4407700
    @Lulilule

    Juste par rapport à l'invasion de cafards ou de mites, c'est pas une question de confort, mais de santé, de salubrité. (Je n'ai jamais été confrontée à ce cas, mais on peut peut-être les chasser par des méthodes naturelles qui ne les tueront pas?)

    Il faut distinguer légitime défense et "tuer dans le vent" (désolée j'ai pas mieux).
    Je t'explique ce que signifie pour moi "tuer dans le vent":
    ~ manger de la viande: car on peut vivre sans.
    ~ expérimenter: car on peut expérimenter sur des personnes consentantes contre rémunération éventuelle.
    ~ la chasse comme loisirs: no comment.
    J'en oublie peut-être mais comme ça tu comprends mieux.

    Pour ce que tu disais sur la supériorité de l'homme, j'ai eu beaucoup de mal à comprendre, je sais pas si ça a rapport avec ce que tu veux dire, mais par exemple, si je suis face à un incendie avec dans la maison un humain que je connais pas et mon animal de compagnie, ba je sauve mon animal (parce que la personne humaine je l'ai jamais vue et je m'en fou, et que ça me rendrait trop triste de perdre mon animal, et que comme je suis anti-spéciste la vie de l'humain vaut autant que celle de l'animal). Donc tu vois on peut aussi faire passer la vie d'une autre espèce comme supérieure.

    Après on peut respecter la vie végétale, en ne foutant pas le feu dans une forêt pour le fun (exemple) en se nourrissant directement de végétaux et non indirectement à travers la viande : gaspillage, on peut respecter la vie des insectes, en ne les écrasant pas, on peut respecter la vie bactérienne, oulààà mince on les voit même pas à l'oeil nu dis donc.
    Je ne parle pas de situation d'urgence. Tout le monde sait bien que dans l'urgence, il n'y a plus trop de logique... Et même les animaux dans des situations ordinaires savent faire preuve de logique (combien d'animaux ont courru pour échapper à un danger et ensuite se jeter sur les roues d'une voiture mais ne s'approcheraient probablement meme pas d'une route en temps nomal ?)

    Si quelqu'un venait te dire un matin que, pour une raison X ou Y, tuer ton chat pouvait sauver la vie d'un autre être humain, si tu avais le temps de la réflexion, tu lui répondrais vraiment que tu choisis de le laisser mourrir pour que ton chat puisse continuer sa vie ?


    Sinon, non des cafards ou des mites ça ne pause à priori aucun problème de santé, et leur présence n'est souvent pas liée à des questions d'hygiène. C'est juste pas très très agréable de cohabiter avec eux. Donc tu peux très bien vivre sans les tuer.
    Il est clair et limpide que je répondrais oui (pour mon chien dans ce cas).

    J'aimerai avoir plus de développements sur la partie "Pourquoi manger du boeuf et pas du cheval?" parce que j'ai le sentiment de n'avoir pas trouvé de réponse à cette question. Je m'en pose une autre qui plus est: pourquoi dire qu'on mange du kangourou en Australie a moins d'impact que dire qu'on mange du chien en Asie/du cheval en France/etc ?

    Sinon je suis passée végétarienne du jour au lendemain, un peu sur un coup de tête. Je mange encore un peu de poisson, mais un jour j'espère bien arrêter et le poisson, et l'oeuf. Ce qui m'a fait arrêter, c'est déjà les images des abattoirs, des corps pendus qui circulent, des carcasses entières qui deviennent de vulgaires morceaux de viande après avoir été coupées à la scie et qui se retrouveront dans des paquets sur les étalages de supermarché. Et aussi, et peut-être surtout, le fait qu'on élève et qu'on tue en masse, pour la consommation de masse, cette sur-consommation dans laquelle nous vivons. Je ne suis pas contre le fait de manger de la viande, et je respecte totalement les gens qui en mangent, mais tuer en masse, j'ai du mal à cautionner.

    Concernant les animaux et l'humain, il y aura toujours des gens qui considèrent l'espèce humaine comme supérieure par rapport aux autres espèces. Comme l'ont dit plusieurs madz avant moi, il ne peut pas être question de supériorité ou non, puisque si on parle de supériorité, on est implicitement en train de comparer. Et comment voulez-vous comparer les humains avec les autres animaux? C'est comme comparer chat et chien/baleine et moineau/manchot et chameau, c'est absurde.

    Et aussi tout comme une autre mad l'a dit, je pense qu'il y a une grande partie d'affinité. Qui je sauve entre mon chien et un humain lambda? Mon chien. Parce qu'il y a cette affinité.

    Aussi sur les questions plus médicales, comme par exemple la mad qui disait qu'elle avait eu recours à un médicament testé sur les animaux pour la sauver (quelque chose comme ça), et bien je pense que c'est (sans te juger) du pur égoïsme de la part de tous les humains. C'est toujours nous d'abord, mais attention, c'est aussi le cas chez les animaux, je ne dis pas que l'humain est le pire égoïste du monde. Je veux dire que tous les animaux cherchent à sauver leur peau avant tout, peu importe ce qu'il se passe à côté chez le voisin. C'est, en tout cas, comme ça que je le vois pour les animaux sauvages. Ce ne sera peut-être pas le cas pour votre chien/chat qui aura développé une affinité pour vous et vous pour lui. Vous penserez mutuellement à l'autre. (ce paragraphe est assez vite dit)

    Voilà, un message sans doute useless, mais ce sujet m'intéresse et m'interpelle beaucoup, et énormément dans les commentaires qu'il peut susciter.

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