Le végétarisme : quelques infos psychologiques

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Le végétarisme (ainsi que le végétalisme et le véganisme) souffre encore de beaucoup d'idées reçues. Mais pourquoi devient-on végétarien, et comment le vit-on ?

Le végétarisme : quelques infos psychologiques

NB : le terme « végéta*isme » englobe végétarisme et végétalisme.

Dimanche 1er octobre, c’est la journée mondiale du végétarisme ! L’occasion de se renseigner sur la philosophie, les convictions mais aussi les habitudes alimentaires de ses adeptes !

Publié le 7 octobre 2013 — Dans quelques jours, les adeptes et sympathisant-e-s du végétarisme/alisme vont pouvoir suivre le Paris Vegan Day – c’est l’occasion de nous pencher ensemble sur quelques études menées en sciences sociales à propos du non-mangeage-d’animaux.

Des végétarismes culturellement différents

Dans une étude, qui sera publiée en décembre prochain dans la revue Appetite, intitulée Compassion et contamination. Les différences culturelles dans le végétarisme, Matthew B. Ruby, Steven J. Heine, Shanmukh Kamble, Tessa K. Cheng et Mahadevi Waddar ont analysé les raisons psychologiques qui poussent à être ou devenir végéta*ien au travers des contextes culturels…

Quels sont les motivations des végétariens-ne-s ? Selon les auteur-e-s, la réponse pourrait dépendre de notre localisation géographique, ou plutôt du contexte culturel dans lequel nous évoluons : si les végétarien-ne-s ont un même comportement alimentaire, leurs motivations pourraient toutefois être basées sur des principes moraux bien différents.

Pour parvenir à ce constat, les chercheur-ses, mené-e-s par Ruby, ont examiné les ressorts psychologiques du végéta*isme chez les « occidentaux » (Étatsuniens, Canadiens et Européens) et chez les Indiens.

La nourriture indienne compte beaucoup de plats végétariens.

Dans une première étape, l’équipe de scientifiques a recruté 159 participant-e-s d’Europe et d’Amérique du Nord, et 113 volontaires d’Inde. Parmi ces 272 personnes, certain-e-s sont végétarien-ne-s, d’autres carnivores. Tou-te-s doivent remplir une série de questions relatives à ce qu’ils-elles pensent de la protection de l’environnement, du bien-être des animaux, de l’importance de l’obéissance et du respect de l’autorité, etc.

Les végétariens occidentaux se démarquent des carnivores occidentaux : ils seraient plus préoccupés par l’impact de leurs choix alimentaires quotidiens sur l’environnement et sur le bien-être des animaux, se sentiraient plus concernés par le bien-être animal en général, et adhéreraient plus fortement à des valeurs comme l’universalisme et la liberté.

En revanche, les chercheurs-es ne notent pas de différence dans les discours des végétariens et non-végétariens indiens : tou-te-s ont plus ou moins les mêmes préoccupations.

Quels principes moraux derrière le végéta*isme ?

Dans une seconde étape de l’étude, Matthew Ruby et ses collègues recrutent 828 participants (266 Étatsuniens, 106 Canadiens, 456 Indiens), auxquels ils demandent d’évaluer leur adhésion à certains affirmations, comme « manger de la viande pollue la personnalité et l’esprit » ou « manger de la viande me fait me comporter comme un animal ».

Ici, les végétarien-ne-s de chaque pays adhèrent plus fortement à l’idée que la viande polluerait la personnalité et l’esprit que les omnivores – et cette différence serait plus prononcée parmi les Indiens (ce qui, selon Ruby, serait cohérent avec les valeurs portées par l’Hindouisme, religion dominante en Inde : le but du végétarisme serait de garder le corps libre de toute la pollution associée à la viande animale).

Ensuite, les chercheur-e-s font passer aux participant-e-s un questionnaire sur leurs « principes moraux » : quelles valeurs sont pour eux les plus important-e-s ?

Cette fois, les différences entre Indiens et Occidentaux sont plus grandes : les végératien-ne-s indien-ne-s seraient plus enclins à adhérer à des valeurs comme la « pureté », l’autorité traditionnelle, la loyauté envers son groupe d’appartenance…  Les végétarien-ne-s occidentaux accorderaient quant à eux moins d’importance à l’autorité traditionnelle que leurs homologues omnivores.

Un végéta*isme socialement intégré ?

Pour Matthew Ruby, si le végétarisme est liée en Inde au respect des valeurs traditionnelles et en Occident à des préoccupations environnementales et animales, c’est précisément parce que la place du végéta*isme n’est pas la même dans toutes les sociétés.

En « Occident », nous ne serions pas « élevés » avec l’idée du végéta*isme, les végéta*ien-ne-s sont l’exception : on prend la décision de le devenir, de se « convertir », de se démarquer du groupe dominant. À l’inverse, pour les Indiens, le végétarisme est une idée courante, non stigmatisée, qui fait partie de la culture depuis des siècles.

Somme toute, ce que cette recherche montre, c’est qu’un comportement similaire ne reflète pas forcément une manière de penser similaire : lorsque l’on ne mange pas d’animaux, on dit quelque chose de nous, de ce que l’on pense, des valeurs auxquelles on adhère – le végétarisme n’est simplement une façon de se nourrir.

Pourquoi manger du boeuf et pas du cheval ?

Figurez-vous qu’avec cette étude, Matthew Ruby, qui souligne d’ailleurs régulièrement le besoin de données et d’études sur le sujet du végéta*isme, n’en est pas à son coup d’essai. Ses recherches se concentrent en effet sur les questions qui touchent au régime alimentaire : comment fixe-t-on la ligne entre les animaux qu’il est acceptable de manger et les autres ? Quelles différences existe-t-il entre les discours et croyances des végétar*iens et des omnivores ?

Dans l’une de ses publications, Ruby rassemble les constats de plusieurs recherches  sur le thème du végétarisme. On y apprend ainsi que :

  • Dans la plupart des études récentes, la motivation la plus souvent citée par les végétarien-ne-s est l’éthique de l’élevage et de l’abattage d’animaux (Beardsworth & Keil, 1991 ; Fox & Ward, 2008 ; Hussar & Harris, 2009…), suivie par la préoccupation pour la santé personnelle, l’impact environnemental de la consommation de viande, la « pureté » spirituelle, et enfin le dégoût de la viande.

  • Ces motivations ne sont pas statiques (Beadsworth & Keil, 1992), elles évoluent avec le temps – nous ajoutons un motif, nous en abandonnons un autre. De la même manière, notre manière d’être végétarien évolue, s’adapte. L’une des raisons de ces évolutions est qu’au fil du temps, nous devenons plus « expert », à la fois « expert » du végéta*isme et « expert » de notre propre façon d’être végé.
  • L’obstacle au végéta*isme le plus souligné serait le goût pour la viande – ensuite viendraient la difficulté de changer ses habitudes, la croyance que les humains sont faits pour manger de la viande (la sacro-sainte chaîne alimentaire), l’entourage carnivore, le manque de connaissance à propos du régime végé.
  • Trois types de facteurs joueraient un rôle essentiel dans le maintien du végétarisme : les facteurs personnels (être convaincu du bienfait de cette alimentation pour le bien-être des animaux, être familiarisé avec la cuisine végé…), les facteurs « sociaux » (connaître des gens végétariens, avoir du soutien de la part de ses proches…) et les ressources environnementales (la disponibilité et l’accessibilité des produits dans les magasins).
  • Il serait socialement plus acceptable de devenir végé lorsque l’on est une fille que lorsque l’on est un garçon – il existerait en effet une forte association de la viande et de la masculinité (un bonhomme, ça mange de la bidoche, on vous dit).

La psychologue sociale Mélanie Joy, qui sera présente au Paris Vegan Day, va plus loin et s’attaque au « système carniste » : pour la chercheuse, auteure du livre Why we love dogs, eat pigs, and wear cows (Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons et portons de la vache), nous serions conditionnés, socialement et psychologiquement, à manger de la viande.

Pire encore : nous serions conditionnés à manger certains animaux – et à être écœurés à l’idée d’en manger d’autres. Des lasagnes à la viande de cheval sont-elles vraiment plus scandaleuses que des lasagnes à la viande de bœuf ?

Pour aller plus loin :

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Commentaires
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  • Anableps
    Anableps, Le 2 octobre 2017 à 10h36

    Scampi
    - Je trouve ( ce n'est que mon point de vue) que ça fait meuf frustrée... Et ça m'embête que 'votre' militantisme se traduise par des choses pareilles qui pour moi n'apportent pas grand chose si ce n'est de l'incompréhension. Et aussi ça me fait ressentirt mes frustrations de fille pendant tout l'article alors qu'il ne traite en aucun cas de ce sujet.
    Plaît-il ? :confused:

    Sinon moi je le trouve cool cet article. Basé sur des recherches, sourcé, tout ça. Ca fait plaisir.

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