Typologie des visiteurs d’exposition

Les visiteurs d'exposition : qui sont-ils et quels sont leurs réseaux ? Un début de réponse avec Sophie-Pierre Pernaut.

Typologie des visiteurs d’exposition

J’aime bien aller à des expositions : non seulement ce petit rituel tantôt bi-mensuel, tantôt bi-annuel me permet de découvrir des artistes dont j’ignorais l’existence ou que je connaissais mal, mais il me permet aussi de remplir un peu plus mon petit cerveau de grosse nouille. C’est autant un plaisir qu’un moyen de m’enrichir culturellement.

Pourtant, souvent, j’en ressors plus stressée que je ne l’étais en rentrant. Pourquoi ? Parce que qui dit expositions à durée limitée, dit on en parle dans l’Officiel du Spectacle. Et qui dit on en parle dans l’Officiel du Spectacle dit aussi foule devant chaque oeuvre. Si j’ai la chance de ne pas souffrir d’agoraphobie, j’ai en revanche une vilaine tendance quelque soit le lieu à observer la faune qui m’entoure, et ce jusqu’à l’overdose. Afin de ne pas laisser mon agacement vain, j’ai donc décidé qu’on en allait en rigoler ensemble (c’est du moins ce que j’espère) avec cette petite typologie des visiteurs d’exposition.

Ceux qui veulent voir de toujours plus près

Tu as réussi à trouver une place où tu ne déranges personne et où tu peux observer le tableau qui te fait face en toute tranquillité, quand, tout à coup, un individu te bouscule légèrement et s’installe devant toi. Pire, parfois, il choisit de coller son nez à quelques millimètres de la toile. Alors certes, il ne voit certainement rien à cette distance et cette proximité est tout bonnement inutile (à moins qu’il ne soit spécialiste des coups de pinceau). L’inconvénient, c’est qu’il empêche tous les autres visiteurs un peu plus raisonnables de voir quoique ce soit. C’est excessivement énervant les gens qui mangent des chips pour ceux qui n’en mangent pas !, as-tu envie de crier. Mais tu ne le fais pas, parce que tu ne voudrais pas briser la tranquillité des lieux. À moins que tu ne fasses partie de…

CEUX QUI PARLENT FORT

Que ce soit pour appeler leurs potes ou étaler leurs connaissances en art byzantin, les gens qui parlent fort savent comment s’y prendre pour agacer leurs congénères. Imagine-toi 5 minutes en train d’observer une macrophotographie. La tête penchée, tu essaies de déchiffrer l’oeuvre afin de savoir si tu es en train de regarder une vulve ou le creux d’un coude. Tu plisses les yeux, fronces les sourcils, et profites du calme du lieu pour oublier ce qu’il se passe autour de toi. Quand soudain, un cri retentit juste derrière toi : « EH MAXIMILIEN T’AS VU ON DIRAIT UNE VUUUULVE ?! »*.

* Ou toute autre phrase prononcée à plus de 80 décibels.

Au mieux, cette intervention te fera vaguement sursauter et t’énervera passablement. Au pire, c’est l’arrêt cardiaque (pourquoi penses-tu qu’il y a des défibrillateurs dans les musées ?).

Les petits plaisantins

Qui n’a jamais fait la blague de regarder un extincteur ou un pan de mur vide au milieu des tableaux avec un air appliqué, l’index posé sur le menton ? Personnellement, ça m’arrive régulièrement. Ce qui est drôle, c’est que ça fait rire les gens qui t’accompagnent. Ce qui est hilarant, c’est de voir d’autres visiteurs suivre ton regard dans le but de ne rien rater de l’exposition, de se retourner à ce moment et de voir dans leurs yeux poindre un mélange de scepticisme et de « non mais elle est conne ou bien ? ».

La prochaine fois que tu iras à une exposition, observe bien ton entourage : caché dans un coin, il y aura forcément quelqu’un en train de montrer l’étendue de son humour, que ce soit en s’extasiant devant les couleurs criardes d’une photographie en noir et blanc ou en s’arrêtant devant la chaise vide d’un gardien parti aux toilettes. Si j’en crois ma propre analyse de ces énergumènes dont je fais partie, il est probable que ce soit un moyen d’éviter de complexer par rapport à la catégorie de ceux que j’appelle…

Les tartineurs de connaissances

Ceux-là ont toujours quelque chose à dire devant une oeuvre et ne viennent que rarement seuls afin d’avoir la possibilité de montrer la profondeur de leur puits de savoir à voix haute. Ils partagent ainsi quelques anecdotes drôles et intéressantes sur le compagnon du peintre ou sur l’enfance du photographe. Je suppute qu’ils ont fait des recherches dans leur Encyclopédie Universalis avant de venir.

Mais en fait, je crois que je suis tout simplement jalouse.

Ceux qui regardent les oeuvres à travers un objectif

Ce genre de spécimens ne prend que rarement le temps de regarder les oeuvres à l’oeil nu. Leur appareil photo dans la main, ils parcourent rapidement la salle, prennent en photo chaque tableau et la petite explication à côté. Et là, tu te retiens de plaquer tes mains contre tes joues, de t’agenouiller au sol et de hurler « pourquoiiii ? »

Je n’ai jusqu’à présent toujours pas compris ce qui les poussait à agir de la sorte. Personnellement, si j’ai envie de revoir une oeuvre vite fait, je vais sur Google Images. Si une pulsion me prend de relire brièvement l’explication d’un tableau que j’ai oubliée, je vais sur Wikipedia. Quoiqu’il arrive, quand je me rends dans un musée, c’est avant tout pour prendre le temps et profiter de la chance d’avoir les oeuvres qui me font face à portée de main. Parce qu’à environ 10€ l’entrée, ça fait cher l’exposition à ne regarder qu’une fois chez soi sur un écran de 17 pouces. 

Les ronchons

Pfff, 15€ pour voir des croquis, sérieusement ? ; J’ai mal aux pieds ; Il fait beau dehooooors, on avait vraiment besoin de venir s’enfermer ? ; J’en ai marre qu’on me bouscule ; J’ai faim ; Non mais t’entends comme les gens se la racontent ?

Les ronchons ne sont pas contents d’être là. Ils gâchent le plaisir des personnes qui les accompagnent et cassent les attributs des autres visiteurs, qui deviennent ronchons à leur tour. C’est ce que j’appelle l’effet domino du lourd.

Les groupes de visiteurs

Ceux-là ne sont pas bien difficiles à reconnaître : ils viennent en troupeau, ont souvent les mains croisées derrière le dos et écoutent leur guide avec intérêt. Ils ne dérangeraient personne s’ils ne prenaient pas toute la place. Cependant, il faut préciser qu’ils représentent un avantage non négligeable : si tu prends un air indifférent, tu peux profiter quelques minutes des explications du/de la spécialiste au frais de la princesse. Mais pas trop, sinon tu vas t’en vouloir de ne pas lui laisser de pourboire.

Je parais un poil misanthrope, mais tu l’auras peut-être compris : si je me permets de typologier les visiteurs d’exposition un peu lourds, c’est aussi parce que, rassemblant une grande partie des défauts présentés ci-dessus, je suis encore plus pénible qu’eux.

Et toi, quelles sont les personnes qui te gonflent le plus dans les expositions ? Et surtout, dans quelle catégorie te retrouves-tu ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Clavicule
    Clavicule, Le 2 avril 2012 à 22h28

    je fais partie de la catégorie paparazzi mais il faut me comprendre! Quand je débarque moi, petite campagnarde à la capitale pour 3 jours top chrono, avec 5 musées, 3 galeries, 8 magasins, 1 cousine et une soirée à faire voir/faire/embrasser, on a pas vraiment le temps de se poser devant chaque tableau pendant 10 min. On va, on prend en photo, on ingurgite, on achète le catalogue de l'expo si on l'a bien aimé et après, confortablement installer sur un canapé dans un chalet très loin des lieux d'expo, on se remémore l'expo grâce aux photos. Ainsi, les lieux ou l'on ne peut pas prendre de photos et ou le catalogue est à 50euros/50 kilos, je les ait mauvais. j'essais de m'arrêter plus longtemps, mais je n'apprécie pas de la même façon, car je sais bien avec ma mémoire de poisson que je ne me souviendrai plus des titres, couleurs, ambiances, etc.... Par exemple, L'exposition sur Michel Batory, qui avait vraiment une scénographie magnifique, et pas de livres d'expo, et bien aujourd'hui, je me souvient m'être dis "woah! c'est super beau!" mais quand à me souvenir précisément de ce que j'ai vu.....

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