Typologie des petits malaises en société

Il peut nous arriver, encore plus quand on est timides, de vivre quelques petits moments de malaise en société. Typologions-les ensemble.

Typologie des petits malaises en société

Je suis comme tout le monde : j’ai mes blessures et mes faiblesses, celles que j’avoue qu’à demi-mots. Les miennes, c’est ma timidité, jadis maladive, aujourd’hui clignotante.

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Clignotante, oui : la moitié du temps, je suis à l’aise avec les gens, même si j’ai la maladresse facile, globalement exubérante (ça peut aller de paire avec la timidité) et pas trop effacée. L’autre moitié, je rougis pour un rien, j’ai envie qu’on oublie ma présence et le moindre début de conversation me provoque quelques palpitations d’angoisse. Et le malaise que je ressens, j’ai l’impression qu’il dégueule par tous les pores de ma peau, que tout le monde en est conscient.

Et il suffit d’un rien pour que je passe d’un état à l’autre ! Une petite averse, quelques ballonnements, quelqu’un qui a pété dans un lieu public et j’ai soudain peur qu’on puisse penser que c’est moi, ou la crainte soudaine d’avoir la braguette ouverte dans des circonstances qui ne s’y prêtent pas, suffisent parfois à me faire retomber dans la timidité.

Comme plein de gens, en fait.

Alors les malaises en société, je peux te dire que ça me connait : je les vis, la moitié du temps, avec une charge émotionnelle lourde comme un tracteur sur le bitume de l’existence. Pour exorciser la crainte de ces petits moments d’angoisse de l’existence, je te propose de lister quelques-uns des petits malaises en société drôlement gênants.

chandler

Arriver tard à une soirée

Même certains des plus grands timides aiment être invité-e-s aux soirées. Franchement, je suis de l’avis qu’on peut être timide tout en ayant une vie sociale bien fournie. Le monde n’est pas binaire avec d’un côté les réservés qui n’osent pas ouvrir leur volet de peur de croiser le regard d’un pigeon, et de l’autre, les expansifs qui parlent fort et sabrent chaque bouteille, même celles de Pepsi, comme s’ils ouvraient le Champagne après une course de formule 1 en chantant Les Lacs du Connemara tellement ils ont le sens de la fête.

Bref, tout ça pour dire : même certaines personnes réservées aiment bien aller aux soirées.

Sauf qu’il y a un truc qui va mettre pas mal de monde d’accord : même si on sait que toutes les personnes qui seront sur place sont des gens bien, il y en a dans le tas qu’on ne connaît pas. Et on a beau partir avec un bon a priori sur eux, bah… Quand on est timides, on peut facilement avoir les fesses qui claquent de peur à l’idée de les rencontrer.

Si, en plus de cette légère appréhension teintée d’enthousiasme (ou enthousiasme teintée d’appréhension), tu réalises que tu arrives super en retard et que tu vas entrer dans une pièce bondée de gens… Potentiellement, tu ne vas pas croiser des gens que tu connais tout de suite et que tu vas peut-être bien avoir l’air gêné à chercher partout des visages connus.

Et si c’est pas ça, ce sera peut-être le dilemme de « est-ce que j’fais la bise à tout le monde, ou seulement aux gens que je connais ? Parce que si je fais la bise seulement aux gens que je connais, je passerais pour quelqu’un d’impoli… Sauf si je fais un mouvement de tête et un sourire à la ronde en disant « bonjour », mais alors, si quelqu’un ne m’a pas entendu, est-ce qu’il va penser que je suis impolie ? »

« Tu rougis »

Parmi les signes extérieurs de stress, il y a le rougissement. Quand on est intimidé-e-s, ou surpris-e-s, ou angoissé-e-s, on est nombreux et nombreuses à rougir. Ou à transpirer. Ou à trembler. Je sais pas.

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C’est quelque chose qui se voit, encore plus que le nez au milieu de la figure. Et si tu as ce signe extérieur d’angoisse ou d’intimidation ou autre, à un moment, entouré-e de plusieurs personnes, tu sais que tout le monde est conscient que tu vis un soudain moment de stress.

Pourtant, il y a toujours quelqu’un pour faire remarquer à voix haute, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué (tu l’as FORCÉMENT remarqué), le faisant alors remarquer aux autres personnes – qui l’avaient probablement remarqué elle aussi.

« Tu rougis. »

Ça ne change rien : ça ne fait souvent qu’empirer le rougissement. C’est le plus malaisant des malaises selon moi.

Entrer dans un bar pour retrouver des potes

Entrer dans un bar pour retrouver des potes quand on arrive seul-e, c’est pas toujours simple : personnellement, je demande avant toutes les informations que je pourrais avoir sur la table qu’ils ont choisie.

Pourquoi ? Parce que je suis pas à l’aise, à être devant la porte d’entrée, le cou tendu, à balayer le bar du regard. Parce que c’est prendre le risque d’un eye contact avec un relou déjà éméché qui pourrait être très embêtant le reste de la soirée. Parce que j’ai l’impression, dans ces moments-là, que j’ai l’air zozo, avec mes bras ballants et mes yeux un peu perdus.

Une amie, qui se décrit comme « facilement gênée », m’a confiée à ce sujet :

« Quand ça m’arrive, j’fais des pets de trouille. »

C’est une bonne explication des émotions qui me traversent, effectivement.

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De quoi j’aimerais avoir l’air quand j’arrive dans un bar.

Vouloir dire bonjour à quelqu’un qui discute

Ça, c’est un truc qui m’arrive tout le temps : des fois, t’es dans un rassemblement avec plein de gens, et tu vois quelqu’un que tu connais. Tu veux aller lui dire bonjour, et il/elle voit que tu l’as vu-e, mais il/elle est en pleine conversation et c’est pas poli de couper les gens qui discutent.

Mes parents m’ont toujours dit que c’était pas poli de couper les gens en pleine conversation. Alors je le fais pas.

Par contre, ils m’ont toujours dit de pas manger quelque chose que j’avais fait tomber par terre, et je le fais quand même.

Du coup je me retrouve à faire des têtes bizarres et à attendre à côté de la personne en question, mais pas trop près, sinon c’est bizarre, mais pas trop loin, sinon j’ai peur qu’on puisse penser que je fais exprès d’ignorer l’individu, ce qui ne se fait pas.

manchotMoi tentant de fuir les angoisses sociétales.

Croiser des connaissances

Il est de ces moments où on n’a pas forcément envie de croiser des gens qu’on connaît dans la rue (par exemple, quand on met le nez dehors seulement parce qu’on n’a plus de papier toilette (et plus d’essuie-tout non plus (et plus de mouchoirs en papier (et plus de draps (et plus de chien (vraiment : il faut qu’on sorte, même si on n’en a pas envie)))).

Et alors évidemment, c’est toujours ces jours-là que, la mine déconfite et le pécu sous le bras qu’on croise quelqu’un qu’on connait.

Bon, c’est pas bien grave.

Ce qui est « grave », c’est quand il s’agit d’une personne qu’on a vue une ou deux fois, et dont on ne sait pas si elle se souvient de nous… Faut-il alors prendre le risque d’esquisser un sourire, et de se prendre un vent, parce que cette personne qu’on connait peu et qu’on a peiné à reconnaître pourrait ne pas nous reconnaître ? Mais si on le dit pas, on va vraiment pas avoir l’air sympa et alors bonjour la réputation.

Encore un dilemme ! MA VIE est un dilemme. Et ce dilemme précis est comparable au suivant…

chaton effrayeCe à quoi je ressemble quand j’entre dans un bar.

Doit-on dire bonjour aux voisins en extérieur ?

Non parce que, croiser ses voisins à l’intérieur de la résidence, ou dans notre rue (si on vit dans une petite ville), c’est logique : ce serait malpoli de ne pas dire bonjour. Mais chaque fois que je croise dans la rue des voisins, je sais jamais si, en les saluant, je vais pas les faire flipper, à base de « Jean-Mi, c’est qui cette fille bizarre qui nous a dit bonjour d’un air hésitant ? Je… Si ça se trouve c’est une fille amoureuse de toi qui va me séquestrer et me couper les membres un à un, comme dans les films, en te menaçant de me tuer si jamais tu ne l’épouses pas. Oh Jean-Mi ?! Jean-Mi, j’ai peur ».

J’aime pas trop faire peur aux gens, moi.

Et alors toi, dis-moi : ils ressemblent à quoi, tes malaises du quotidien ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Copaulette
    Copaulette, Le 17 mai 2016 à 12h29

    @Azadora
    Je me retiens d'aller au toilette tous les matins et toutes les après-midi, parce que je veux pas montrer à mes collègues que j'existe, alors que bon on se connait bien et tout, mais je garde le réflexe.
    Pas. De. Pause. Pipi. :shifty:
    Bref, je te comprends tellement :fleur:

    Mon plus gros malaise je crois :hesite:, quand je veux être là, mais ne pas parler, juste j'écoute. Et qu'on me dit que je m'ennuie, qu'on me force à parler, etc. Mais laissez-moi oooooooooooh :ninja:

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