Petite typologie des hôtels pourris

Les hôtels, Sophie-Marie en a connus pas mal. Malheureusement, elle est pas toujours tombée sur le 4 étoiles du coin...

Petite typologie des hôtels pourris

Initialement publié le 23 octobre 2009

Aujourd’hui, j’ai des goûts de luxe et de terroir. Ainsi, quand je voyage, impossible que je mette la patte autre part que dans un hôtel à peignoirs siglés ou chez de vieilles grand-mères corses qui logent le/la voyageur•se bobo contre un peu de discussion.

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Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Fut un temps où pour moi, la qualité de la soirée prévalait sur celle du lit que je trouverais à l’issue des festivités.

À cause de ça, je me suis déjà retrouvée à dormir dans des hôtels au mieux très chelou, au pire glauques comme un 1er janvier vers treize heures quand les rues sont vides.

Du coup, aujourd’hui, quand on me parle d’hôtels, ma mémoire replonge instantanément dans la moquette vert sapin du Formule 1 et mes souvenirs vont vers ces commerciaux qui raclent au couteau le fond de leur barquette de confiture goût fraise.

Avec des résurgences aussi précises, je pense être capable d’entamer une petite typologie des hôtels pourris que sont susceptibles de rencontrer les madmoiZelles et les madmoiZeaux dans leur carrière.

Je commence et puis tu continues : on partage nos expériences, on échange, et éventuellement on prévient les suivant•es, afin qu’ils/elles évitent de se fabriquer des souvenirs à base de couples extravertis dans la chambre voisine.

Budget : 0€

  • Contexte

Forcément un plan foireux, un « PF » comme on dit en tradition orale. Pioncer dans une voiture c’est rarement un choix, à moins que ta gonzesse/ton mec soit pas au courant que tu es au chômage ou bien que tu traverses un trip du style « J’emmerde le monde capitaliste et je vis dans mon tube Wolkswagen acheté à Schopfheim ».

Tout confort, toilettes sur le palier. Loyer charges comprises. Dispo de suite.

  • Concrètement

La première fois, j’ai cru qu’on dormait dans sa voiture à la George Clooney : on s’arrête au bord de la N66, on descend son chapeau sur les yeux puis on dit « Il faut dormir maintenant ». Mais non. C’est un mensonge.

Dans la vraie vie, la scène se passe dans une ZAC à Kingersheim, au bord de la Dordogne ou derrière un entrepôt. Il faut se relayer pour allumer le moteur sinon le froid t’emporte comme Jack, dans ton demi-sommeil. Le plastique du tableau de bord craque et ton corps te rappelle que vraiment, non, l’homme n’est pas fait pour dormir assis. Et là, la BAC braque une torche en frappant à la vitre : « Messieurs dames, contrôle des papiers s’il vous plaît ».

Nota bene : quand tu baisses ton siège à fond, tu as la tête en bas comme chez le dentiste. Une horreur. Bâtard•es d’ingénieur•es automobiles.

  • Comment en est-on arrivé là ?

Pas de budget pour un hôtel casher et un•e partenaire qui te respecte assez pour ne pas te proposer une chambre de passe dans un hôtel qui s’appelle juste « Hôtel », à deux cents mètres de la frontière belge/suisse/allemande. Miam.

  • Donc on récapitule

Il est deux heures du matin, après avoir rôdé une heure entière pour trouver un bivouac accueillant, les membres de l’équipage tombent d’accord pour monter le camp aux abords d’une usine chimique comme seules les zones industrielles en ont le secret.

Pour l’instant, l’ambiance est bonne car il fait chaud dans les cœurs, mais on en reparle quand le moteur sera éteint depuis trente-cinq minutes en plein mois de novembre…

  • Le lendemain matin

En plus d’être la dernière solution avant la belle étoile, le gros problème de la voiture c’est qu’en réalité, tu n’arrives jamais à y dormir vraiment.

Résultat, à cinq heures quarante-cinq maxi tu vas te réveiller avec la tête aux tréfonds de l’occiput, soit par semi-étouffement pour cause de manque d’oxygène dans l’habitacle, soit à cause de la relève de l’équipe de nuit dans l’usine chimique d’en face ou parce que le caporal soleil s’en épluche le quignon que tu n’aies pas fait tes huit heures.

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Budget 15-30€

  • Contexte

Il est des situations pour lesquelles nul besoin de recul : PENDANT que tu les vis, tu te dis « Non, vraiment, je le sais je le sens, je ne DEVRAIS pas être là ». C’est généralement ce qui se passe quand ton mec/ta meuf ou semi-mec/meuf passe sa CB dans le guichet automatique distributeur de code pour chambre à quinze euros la nuit.

Le lieu s’appelle Hôtel Inn, Formule 1, Comfort Bed ou Balladine (c’est le sous-Balladin), bref un nom qui pue la soirée non homologuée, la soirée « Entre copains + 1 copine », la soirée qui ne laisse pas de souvenirs mais des trous dans la moquette.

  • Concrètement

Dans les couloirs à la recherche de la chambre 184A, il faut se concentrer sur l’instant, sans trop respirer ni écouter les râles issus des chambrées, sans penser qu’on a fait sa communion y a pas tant d’années que ça et que dimanche dernier encore, on mangeait du pâté en croûte chez Mamie. Bordel.

  • Comment en est-on arrivé là ?

La recherche s’est d’abord centrée sur des hôtels tout ce qu’il y a de plus proprets, avec réceptionniste à l’accueil et moquette à formes géométriques. Malheureusement, de gîtes complets en gîtes complets, il a fallu baisser d’une gamme pour en arriver aux extrêmes : les hôtels 24h/24, la hantise de tout•e fille/garçon qui tient autant à sa réputation que George Clooney à ses cheveux dans O’Brother (je suis très George Clooney aujourd’hui).

  • Donc, on récapitule

Au bout du lit, la même couverture verte en laine vierge que dans la chambre d’amis chez ta grand-mère. Sauf que là, on n’est pas amis… Incrustée dans le mur côté chauffeur, une télécommande rafistolée pour des émissions nocturnes sous la neige et présentées par de gros messieurs dans des langues incompréhensibles. Heureusement, y a l’amour. Et puis ça forge.


Tu vois les trois voitures devant ? Ça pue le cinq à sept à plein nez. Tu vois la bleue au fond ? C’est le mec marié de la bande.

  • Le lendemain matin

Il faut se casser avant dix heures, alors qu’on va pas se mentir, quand on va dans un tel hôtel, à part si on est un•e jeune artiste en tournée, c’est pas pour se coucher après Louis la brocante. Mais ça, la femme de chambre s’en fout, elle a vu plus de culs en l’air le matin que tes deux grand-mères réunies, et pourtant tes grand-mères ont de la bouteille.

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Le départ est irréel, ça n’a pas l’air de déranger celui/celle qui t’a emmené•e ici de ne pas s’être brossé les dents depuis trois repas.

Tu pensais avoir tout vu quand monsieur/madame te propose un Lahmacun*. Il est 10h20.

*une pizza turque en fait.

Au secours, sortez-moi de là.

Budget : 30-90€

  • Contexte

Tu crois être en compagnie d’un gentleman qui braque et qui raque pour toi, mais tu vas voir rapidement par quel habile subterfuge tu t’es fait déboutonner le cerveau. Pourtant, il y a du chauffage dans sa voiture, un Ambipur neuf et même une pièce pour le caddie. Ce mec-là, tout portait à croire qu’on pouvait lui faire confiance, non ?

Papier peint qui refuse toute main tendue.

  • Concrètement

L’entrée est moche (et ton accompagnant passe devant toi, mauvais signe), mais au moins y a du personnel, pas comme dans les lugubres chambrées précédemment évoquées. À l’entrée, un vigile, certainement pour protéger les braves gens comme nous. Plus loin, un réceptionniste tout ce qu’il y a de plus en CDI, et un barman qui… se sert un verre. Ok.

  • Comment en est-on arrivé là ?

Tout est un problème de gabarit : c’est parce que toute ta jeune vie on t’a traîné•e au Formule 1, on t’a parlé Campanile et tes yeux scintillent en mode « C’est lui c’est l’homme de ma vie ». Si ton premier mec avait été un Jean Sarkozy lambda, la vie aurait été plus facile à régler sur la bonne station. Que veux-tu, la vie c’est comme ça, on n’a pas tout c’qu’on veut mon gars. (violons)

  • Donc, on récapitule

Il est une heure raisonnable puisque des retraités allemands arrivent eux aussi à l’hôtel. Ah, ils sont accompagnés de leur petite fille… qui porte une mini-jupe en cuir. Putain, mais qu’est-ce que c’est que ce bordel encore. Je savais bien que j’aurais dû rester chez moi à regarder la VHS de Tous les matins du monde.

Je savais bien que j’aurais dû rester chez moi à regarder la VHS de Tous les matins du monde.

Prise de possession de la chambre numéro 235 et désespoir gréco-romain ; ça sent les pieds dans la chambre et y a un lit superposé ? Hôtel classe. Les murs sont aussi fins qu’au F1, on les a juste recouverts de papier peint motif pêche de vigne, ce qui doit être un code pour dire :

« Nous aussi dans notre chaîne d’hôtels, nous sommes BCBG. »

Ok et mon cul c’est du Double Zéro ?

  • Le lendemain matin

Il a payé la chambre mais fallait pas se leurrer, ton gazier a esquivé les quatorze euros du petit déjeuner. En descendant, les tifs emmêlés, sans aucun maquillage et avec deux heures de sommeil dans le regard, c’est dur de croire en la vie.

« Au revoir messieurs dames » + salut de cheminot, de toute façon ils ne t’aimeront jamais ces gens, alors autant s’amuser.

Les gens attablés au petit déj’ te matent comme des Romains auraient scruté Blandine, la première chrétienne de leur patelin. Dans ces cas-là, le mieux c’est de la jouer carrément gouaillée. « Au revoir messieurs dames » + salut de cheminot, de toute façon ils ne t’aimeront jamais ces gens, alors autant s’amuser.

Évidemment, tu n’as plus de batterie, les poumons comme l’intérieur d’un extincteur, et le seul truc que tu trouves à manger dans la voiture du gonze qui pue l’Ambipur, c’est un truc dégueu, genre un vieux bout de chocolat blanc à la noix de coco, de la saucisse d’avant-hier, un pain aux raisins du week-end dernier, bref, un truc pas classe.

big-josee-obsedee-premiere-fois-nulle

Je tiens à préciser aux madmoiZelles deux points.

Primo, évidemment, il y a des gens qui emmènent les filles dans des lieux chics et distingués où les serveurs t’appellent Mââdââme, alors qu’ils voient bien que t’as même pas dix-neuf ans.

Toi, tu es gênée parce que tout le monde fait comme si une chambre à 350€ ça n’avait rien d’anormal, mais à part ce détail, rien d’extraordinaire ne se passe dans ces endroits-là, c’est pour ça que je n’en ai pas parlé.

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Segundo, il me semble utile de préciser que je ne me suis jamais prostituée dans une prime jeunesse, même si je le conçois, certaines des anecdotes racontées ici pourraient laisser un vieux doute s’insinuer.

Sur ces paroles tapées avec les tréfonds de mon âme, il ne me reste plus qu’à attendre avec délectation que tu puises dans tes propres souvenirs pour me raconter tes péripéties hôtelières.

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Je veux tout savoir : les taches chelou sur la moquette, les réceptionnistes avec la bouteille de jaja planquée sous le comptoir, allez, concentre-toi, tu vas voir, ça va te revenir.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Habé
    Habé, Le 3 mai 2016 à 11h58

    Dans un hôtel sur la côte atlantique (catégorie 3 de l'échelle de Mademoiselle So), la pièce des toilettes était isolée, non pas par une porte, mais par un rideau. Oui. Il y aura un avant et un après pour ton couple tout neuf-tout beau qui n'est pas encore prêt pour un tel rapprochement.

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