Typologie des angoisses d’une future expatriée

Alfrédette, n'écoutant que son courage, se barre en Amérique Latine — au Chili, plus précisément. Et elle commence à stresser un peu.

Typologie des angoisses d’une future expatriée

Dans l’école en laquelle j’étudie, tou-te-s les étudiant-e-s se doivent d’ouvrir leurs ailes et de découvrir le monde en troisième année. Par le hasard des choses, j’ai dégoté un stage en journalisme à Santiago du Chili, où mon travail consistera à parcourir l’Amérique latine et à écrire des articles touristiques sur moult pays et moult lieux.

J’ai bien conscience d’avoir une chance de cocue, et que me plaindre de mon sort ferait de moi une infâme connasse. Mais alors que je m’envole dans quatre jours pour Buenos Aires, je ne peux m’empêcher de flipper légèrement, et les scénarios catastrophe s’enchaînent dans mon petit cervelet. Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, voici donc les angoisses — plus ou moins rationnelles — d’une future expatriée.

Bon point : Alfrédette pourra se rouler dans un chili au Chili.

Les bestioles

Peut-être es-tu une créature intrépide qui, à l’instar d’Astérix, ne craint qu’une chute du ciel sur sa boîte crânienne. Ou peut-être es-tu, comme moi, une fille qui préfèrerait vendre son âme et la moitié de sa fratrie au diable plutôt que de se faire piquer par une guêpe. Si tel est le cas, l’expatriation au Chili pourrait te causer quelques soucis.

  • Comme son nom l’indique, la mygale rose du Chili ne vient pas du Maine-et-Loire.
  • En Amérique Latine, les moustiques peuvent te refiler le paludisme — on a fait mieux comme souvenir de voyage.
  • Même le Lonely Planet fait flipper.

Donc, en comptant les yeux d’une araignée de 8 millimètres, je saurai si j’ai la vie sauve ou non. Tout va bien. 

Mais bon, c’est la vie.

Les séismes/tremblements de terre/catastrophes naturelles

Lorsque je dis aux gens que je m’en vais au Chili, j’ai souvent droit à des phrases bieeeen rassurantes, qui me font regretter de n’avoir pas signé une convention de stage quelque part dans la Meuse. Petit florilège :

« Le Chili, c’est pas la cordillère des Andes ? La cordillère des Andes, c’est pas là où des dizaines d’étudiants sont devenus cannibales à cause d’un accident d’avion ? Fais gaffe quand même. Tu n’es pas très mince, donc tu serais celle qu’on mangerait en premier. »

« L’Argentine ? C’est pas le pays où deux étudiantes françaises se sont fait massacrer ? Je te fais un bisou maintenant, après tout, on est pas sûrs de te revoir en un morceau. HA HA HA ! »

« Tu sais, Ingrid Betancourt aussi elle est allée en Amérique Latine. Même qu’elle a été retenue en otage pendant six ans par les FARCS. Si tu te fais kidnapper, tu passeras à la télé ? »

Moralité ? Priez pour moi, et vous aurez une place au Paradis rognure d’ongle.

La bouffe

Si on me demandait de choisir entre la sauvegarde de l’humanité et mon propre poids en foie gras*, je ne saurais être certaine de l’avenir de notre espèce. Pour moi, la bouffe, c’est sacré : d’ailleurs, ma cuisine est un véritable autel au gras et au sucre, les deux grands alliés de mon existence. En bonne bretonne, j’épuise une plaquette de beurre en une semaine — et en bonne toulousaine, je ne passe pas un mois sans me délecter de cassoulet.

Mais pourrai-je vraiment, sans trépasser ni perdre vingt kilos, me passer de cidre, de Vacherin Mont d’Or, de cabécou au miel, de kouign amann, de crêpes au sarrasin, de foie gras*, de salidou, de magrets, de jambon fumé à la mozzarella, de pâtes carbo et de Loupiac ? Non. Certainement pas**.

*Oui, je sais, c’est mal. Mais c’est bon.

** Maman, si tu me lis et si tu désires me revoir vivante un jour, envoie-moi des bocaux de foie gras et des paquets de flambottis par la poste. Bisous bisous.

Quand j’ai appris qu’il n’y avait pas de foie gras au Chili

La barrière de la langue

Peut-être as-tu une mère espagnole, un père américain, une grand-mère papoue, un grand-père chinois, un oncle japonais et une tante marocaine, qui font que tu parles couramment une bonne dizaine de langues. Ou peut-être es-tu, comme moi, une vaste quiche en langues vivantes qui a réussi l’exploit d’avoir DEUX DE MOYENNE en espagnol au premier semestre et qui ne sait pas baragouiner autre chose qu’un pitoyable « Donde esta Brianno ».

Si oui, c’est ballot. À quatre jours de mon départ, je m’imagine déjà ne point pouvoir communiquer avec autrui, regarder les vieux Derrick en boucle, périr d’ennui et de faim (rapport au point numéro trois), et n’être retrouvée par mes voisins que trois semaines plus tard, alors que mon cadavre sera dévoré par une horde de cafards et de mygales couleur Barbie. LA JOIE.

Et toi, as-tu déjà renoncé à ton pot de Nutella quotidien pour tenter l’aventure dans un pays inconnu ? Es-tu déjà allée en Amérique Latine, et en es-tu revenue indemne ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Amanda0
    Amanda0, Le 18 avril 2016 à 9h34

    Bon dieu merci de merci :3
    Il se trouve que je suis aussi dans une école ou tu pars à l étranger en 3A (peut être la même peut être pas #mobilité)
    Mais je suis complètement flippee et ton article vient d atterir dans mes favoris (en plus je vais à Mendoza c'est pas extrêmement loin :P)
    Love ♡♡

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