Ces trucs complexants qui s’ignorent

Parfois, même les trucs qui partent de la meilleure intention du monde peuvent nous faire complexer. Sophie-Pierre Pernaut t'en liste quelques uns.

Ces trucs complexants qui s’ignorent

Voilà plus d’un an que je vous parlais de ces petits éléments de la vie qui faisaient rappeler mes anciens complexes à mon bon souvenir. L’avantage, c’est que c’est plutôt facile de les éviter dans la vie de tous les jours : il suffit de comprendre d’où vient le problème, on l’éradique de nos vies et hop, n’en parlons plus.

En revanche, il existe d’autres mines à complexes un peu plus difficiles à éradiquer de son quotidien, tout simplement parce qu’elles ne sont pas faites dans ce but. Pire (ou mieux) encore : elles partent très souvent d’une bonne intention. Voici, pour décompresser, trois éléments de ma vie qui me font complexer malgré eux.

Les gens qui se mettent au sport

Je sais pas si c’est une question de bonnes résolutions ou une prise de conscience soudaine, mais tous les ans – de préférence l’hiver – j’ai au moins trois personnes qui m’expliquent dans un court laps de temps avoir décidé de se remettre au sport. Grand bien leur en fasse. Je suis ravie pour eux, sans ironie aucune.

Mais passées les questions classiques du style « ah ouais bah qu’est-ce que tu fais ? » et « mais POURQUOI ? », je me surprends à froncer les sourcils, premier signe d’une réflexion sur soi-même.

Je fronce les sourcils et je réalise que ma vie est un chaos tranquille : ok, je mange mes cinq fruits et légumes par jour. Ok, je marche une heure par jour, cinq jours sur sept. Mais leur vie saine, sur le coup, me paraît plus éloignée de moi que Kaboul ne l’est de Manhattan. Parce que moi, je ne vais pas dans une salle dans le but de suer des litres et je ne le ferai probablement jamais.

Pourtant, concernant les légumes, c’était pas gagné. (« Il y a comme une erreur. Vous m’avez accidentellement donné la nourriture que ma nourriture mange. »)

Alors ces gens qui font du sport, je suis contente pour eux, vraiment. Mais ils me renvoient à mon inactivité physique avec la force du blopblop que font mes fesses quand je sautille. À cause d’eux (à-cause-d’eux-malgré-eux, évidemment), mon ventre me paraît plus mou, mes bras si peu musclés qu’ils me semblent inutiles et mes mollets font exploser les coutures du jean de ma confiance en moi.

Après quoi je me reprends. Je me rappelle que si je ne fais pas de sport, c’est parce que je n’ai pas encore trouvé le mien et que je préfère que chaque minute de ma vie soit un plaisir plutôt que de prendre deux heures par semaine pour en faire une corvée.

Les mannequins non retouchées

Depuis quelques années (et j’imagine que ça arrivera de plus en plus souvent puisque les mentalités bougent pour mon plus grand plaisir – si, je te jure), certaines marques décident de mettre en avant des corps censés ressembler aux nôtres. Une excellente nouvelle quand on sait que les retouches numériques ont des conséquences désastreuses sur la santé physique et mentale des femmes : à force de se retrouver constamment nez-à-nez avec des corps « parfaits » sur papier glacé, on a davantage tendance à se dévaloriser, à devenir obsédée par la minceur et autres joyeusetés.

Non, vraiment, les mannequins sans retouche, c’est génial ! Le dernier exemple en date, c’est la marque American Eagle qui a choisi d’arrêter de retoucher ses mannequins lingerie pour sa collection Aerie. « Trop bien » que je me suis dit, par réflexe. Et puis j’ai regardé les photos, et la vidéo. Et soudain, la dure réalité m’a sautée à la tronche : ces mannequins restent plus bonnasses que moi, et ça me touche davantage que les filles filiformes photoshopées.

Mais alors bon, tout ça, le criez pas trop fort sur tous les toits parce que j’imagine même pas le nombre de gens qui penseraient des trucs comme « Nan mais alors celle-là elle sait vraiment pas ce qu’elle veut hein ».

En fait, j’ai développé une tolérance aux mannequins traditionnelles qui frôlent l’imperméabilité émotionnelle : j’ai compris que je ne leur ressemble pas et que je ne leur ressemblerai jamais. Non seulement parce qu’elles n’ont pas la même morphologie que moi, mais aussi parce qu’elles sont aidées par des logiciels.

J’ai réussi à me mettre dans la tête qu’elles étaient un idéal que je ne pourrais jamais atteindre – et qu’il fallait que j’arrête de considérer comme « idéal ».

Alors que les mannequins non retouchées aux mensurations plus compatibles avec la moyenne, je peux me comparer à elles. Je peux me dire des trucs comme « mais alors, si elle est pareille que moi, comment ça se fait qu’en fait, ça fait pas pareil ? » Je peux parce que c’est fait pour que je puisse m’identifier à elles.

Et que comme j’ai un petit problème à gérer la comparaison (d’où mon personnage dans la vidéo du nouvel an, bien que j’ai grossi le trait à l’extrême), ça a des répercussions négatives sur moi.

Si tu es comme moi, prenons-nous la main et relativisons. Évitons de critiquer cette jolie démarche de certaines marques parce que ça les refroidirait peut-être et que ce serait triste de les voir faire marche arrière.

Ce que je me dis, c’est que j’ai beau lutter quotidiennement contre mes complexes, j’ai encore du boulot avant de les supprimer de ma vie pour toujours et pour tout le temps. J’ai déjà fait plein de pas en avant (par exemple, je ne me trouve plus d’excuses bidons pour bitcher sur une fille un peu jolie comme je le faisais au lycée), mais j’en ai encore quelques uns à faire. Ces marques ont décidé de continuer leurs efforts, maintenant, c’est aussi à moi de continuer les miens.

Les gens qui s’inquiètent

Incroyable mais vrai : comme tout un chacun, je sais qu’il y a dans le monde des gens qui tiennent à moi. C’est-à-dire qu’ils m’apprécient suffisamment pour ne pas du tout avoir envie que je meure. Je les distingue des autres habitants de la planète de la façon :

  • les gens qui n’ont pas du tout envie que je meure, avec qui j’entretiens des relations de type familial, amical ou sentimental,
  • les gens qui n’ont pas envie que je meure parce qu’ils savent que je suis gentille même s’ils ne me connaissent pas trop,
  • les gens qui n’ont pas envie que je meure parce qu’ils me connaissent suffisamment pour être obligés de venir à l’enterrement, ce qui les emmerde plutôt pas mal,
  • les gens qui s’en foutent parce qu’ils ne me connaissent que de vue,
  • les gens qui s’en foutent très fort parce qu’ils ne savent pas mon existence,
  • les méchants qui voudraient que je meure, mais je suis pas sûre qu’il y en ait beaucoup, rapport qu’il faut être sacrément con pour être vraiment méchant.

Les personnes de la première catégorie donc, m’aiment bien. Alors quand ils me voient avec mon hygiène de vie faite de manque de sommeil et d’inactivité physique (mais aussi de légumes (j’y tiens)), il peut leur arriver de flipper un peu leur race et de me le faire savoir à base de « Ce serait bien que tu arrêtes cette vilaine habitude. Tu voudrais pas plutôt faire ce truc sain et chiant à la place, pour me faire plaisir ? »

Le truc c’est que non, je le ferai pas : j’aime bien ma vie comme elle est et je n’ai pour l’instant aucun problème de santé (même pas un peu de cholestérol ou un grain de beauté bizarre, QUE DALLE).

Et alors non seulement ces gens qui me donnent des conseils sur mon style de vie me font réaliser que ça ne tient qu’à moi de l’améliorer un peu, mais en plus, je rends les gens que j’aime et qui m’aiment un peu plus inquiets. Je m’en veux doublement, du coup.

Jusqu’à ce qu’au bout de dix minutes, je me rappelle que c’est beaucoup plus drôle de jouer avec leurs angoisses en les trollant gentiment à base de…

« Je n’ai aucun futur ici » rapport qu’avec tout ça, je vais probablement mourir demain.

La vie est une jungle et tout est propice à faire complexer : alors on respire un grand coup, on se rappelle qu’on est bonnes comme on est et qu’il n’y a que nous qui pouvons décider de ce qu’on veut faire de notre vie. En attendant, ça nous empêche pas de partager nos expériences : et toi, c’est quoi les trucs qui partent d’une bonne intention qui te complexent ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Clairou le Hibou
    Clairou le Hibou, Le 26 janvier 2014 à 16h38

    Moi ce qui me fait complexer c'est que je viens de me rendre compte qu'hors végétariens(liens) y a VRAIMENT des gens qui mangent leurs 5 fruits et légumes par jours.. Pour moi ça serait plutôt 5 légumes par an ( sauf si on compte la sauce tomate )^^ Ma mère me complexe dessus depuis des années en me promettant un cancer des intestins a long terme..

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