Du joli pour trouver le sommeil — La leçon de la semaine

Sophie a souvent des difficultés à trouver le sommeil. Heureusement, elle a sa technique, qu'elle partage avec vous.

Du joli pour trouver le sommeil — La leçon de la semaine

Régulièrement, j’ai des problèmes pour m’endormir.

Des angoisses me prennent à la gorge, qu’elles soient purement ancrées dans le quotidien (« Est-ce que j’ai payé toutes mes factures ? Est-ce que j’ai bien fermé la porte à clé ? »), absolument débiles (« Est-ce que les gens qui étaient dans le même camping que moi en 2002 se souviennent de la fois où j’avais mon jogging bleu ciel Sergio Tacchini et où j’avais eu mes règles ? ») ou complètement irrationnelles.

Le pire, c’est que je ne peux même pas partager ces dernières avec vous, parce que c’est illégal de penser encore parfois que les bruits de la nuit sont le fruit de mouvements paranormaux, quand on est majeure et… oh zut.

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david duchovny

David Duchovny me proposant de sentir son aisselle pour m’aider à dormir + une Gillian Anderson pour le moins sceptique.

Depuis que je suis petite, j’ai donc régulièrement des problèmes pour m’endormir et, très souvent, je me suis entendu répondre deux choses.

La première, c’est :

« Mais enfin, il ne peut rien t’arriver. »

Pour avoir regardé au moins cinq épisodes d’Esprits criminels et vu les bandes-annonces de pas moins de trois films d’horreur, DÉSO mais je sais que SI, y a plein de trucs qui peuvent m’arriver, alors tût tût et fermez votre boîte à camembert.

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La seconde, c’est :

« Tu devrais penser à un truc joli et agréable en fermant les yeux pour t’aider à dormir, genre t’imaginer sur une plage ou à la montagne. »

Super. Déjà, si je ferme les yeux en pensant à des trucs mignons, je risque de moins bien entendre le danger s’approcher de moi, maximisant ainsi mes risques de décès.

big-peur-nuit

Mais je ne suis pas que bougonne, je me suis dit « Mettons qu’effectivement je ne craigne rien ». J’ai essayé, et cette méthode n’a pas marché. Je pensais être foutue, et tentais de me résigner à ne jamais trouver le sommeil les soirs d’angoisse.

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Mais en vrai, elle marche, cette méthode. C’est juste que je prenais le problème dans le mauvais sens.

Le fait est que, naturellement, quand les gens me conseillaient de penser à quelque chose de joli et d’apaisant, j’allais dans le sens de leur idée à eux du joli et de l’apaisant. La mer ou la montagne, vous avez dit ? Très bien. Testons donc et pensons à ça en essayant de dormir.

Le problème, c’est que la mer me fait peur. Des fois y a des rouleaux et tu peux mourir, ou juste perdre ton maillot de bain et montrer tes tétons à tout le monde, ce qui n’est pas bien dramatique mais demeure une pensée peu réconfortante pour la pudique du nibard que je suis.

En plus, quand je pense à la mer, je pense aussi à la fois où j’ai failli me noyer dans 4 centimètres d’eau parce que j’avais perdu mon moule de sable dans l’eau et que je refusais de ne pas le retrouver.

plage

Moi quand ça marche pas, le coup de la plage.

La montagne ? Écoute, oui, c’est joli en photo, mais la dernière fois que j’ai fait une randonnée dans les Pyrénées, je me suis perdue, PERDUE SUR LE CHEMIN DU RETOUR, alors que j’avais plus qu’un fond de bouteille d’eau pour m’hydrater.

C’était l’été, c’était en août, il faisait 38°C minimum et c’était horrible, tu m’entends, HORRIBLE. J’ai cru que le soleil allait se coucher et que j’allais mourir là, en pleurant doucement et en repensant à tous les moments de joie que je ne connaîtrais plus jamais.

On a vu plus apaisant, comme souvenir.

Un jour, j’ai tenté de penser à ce que MOI je trouvais joli et apaisant. Je me suis souvenue du coin avec tous les stands de bouffe du Camden Market, à Londres.

Et puis, un jour que j’avais les yeux grand ouverts dans le noir, rallumant la lumière toutes les quinze minutes pour vérifier que tout allait bien, j’ai tenté un truc. J’ai tenté de penser à ce que MOI je trouvais joli et apaisant. J’ai fermé les yeux, et j’ai essayé de me souvenir du plus de détails possible d’un endroit où je m’étais sentie vachement bien : le coin avec tous les stands de bouffe du Camden Market, à Londres.

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Des stands de plats jamaïcains, américains, péruviens, éthiopiens, italiens, des hot dogs, du pulled pork, du poulet frit, du jerk chicken, des potées de légumes avec du riz et des oignons, plein d’oignons, des falafels, des wraps, de la paella…

J’ai repensé à toutes les odeurs de nourriture délicieuses et variées, aux quatre tours minimum que je faisais en essayant de réussir à faire un choix et à la balade digestive qui suivait, le long du canal, avant d’aller se poser au Hawley Arms (un super chouette pub, le préféré de la regrettée Amy Winehouse).

En, quoi, quatre minutes, je pionçais comme un rat.

En, quoi, quatre minutes, je pionçais comme un rat (un rat qui dort, du coup) (aucun rapport avec le rat) (ça pourrait être une saucisse ou un comptable, juste quelque chose ou quelqu’un qui dort, quoi).

Peut-être que toi, ta notion du truc joli et apaisant, ce sera une nuée de guêpes ou la vision d’un poussin sur un gigot. Pour Jean-Michel Bontuyau, c’était la mer ou la montagne. Pour moi, c’est une quantité impressionnante de délicieux plats pour m’en mettre plein la panse, dans un endroit qui a beau être en plein air, mais duquel tu ressors quand même avec les cheveux qui sentent l’ail et le graillon.

dimsum

Ces dimsum sont pour moi comme la caresse sur la joue d’un oreiller moelleux.

La leçon que ça me donne ? Bah déjà, ça me rappelle que je suis complètement obsédée par la bouffe effectivement, mais surtout, que j’aurais gagné vachement de temps et d’énergie à me rappeler que le joli d’autrui n’était pas forcément mon joli à moi.

Si plusieurs personnes donnent le même conseil qui ne va pas à l’encontre de nos choix ou de ce qu’on a envie d’être, c’est peut-être qu’au fond, y a un peu une part de vrai.

Ça me rappelle aussi que si plusieurs personnes donnent le même conseil, c’est peut-être qu’au fond, y a un peu une part de vrai. Enfin, je dis ça si le conseil n’est pas oppressant, s’il ne va pas à l’encontre de qui on a envie d’être et de nos choix, hein. Si plusieurs personnes te disent « Han, t’es mieux avec les cheveux courts » alors que tu les préfères longs ou « Han, tu devrais mettre des robes plus souvent » alors que t’aimes pas ça par exemple, balek, fais ce que toi tu as envie de faire.

Il arrive donc que ce soit à nous de faire un petit effort pour nous approprier ce conseil plutôt que d’imaginer que d’autres humain•es, si différent•es de nous, sont capables de nous filer tout cuit dans le bec des solutions à tous nos problèmes.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jojiloul
    Jojiloul, Le 22 août 2016 à 3h42

    Quand j'étais petite, j'avais une technique assez peu commune pour m'endormir. Je m'imaginais que des voleurs entraient dans ma maison et que si je bougeais ne serait-ce qu'un doigt de pied ils viendraient me tuer. Ça me calmait de ouf et je m'endormait en 4 minutes.
    Puis ça a plus trop marché quand j'ai grandi et que je me tapais des gros délires toute seule dans mon lit en m'imaginant que c'était des voleurs un peu abrutis qui se disputaient. Un peu à la manière des méchants dans Maman j'ai raté l'avion.
    On peut dire que mon cerveau roulait sa bille sur l'autoroute du chelou.

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