Trois infos psychologiques sur la télévision

Cette semaine, Justine vous a concocté un petit mix d'infos psychologiques sur notre rapport à la télévision et à ses émissions.

Trois infos psychologiques sur la télévision

L’autre nuit, à 4h du matin, je me suis retrouvée hypnotisée par ma télé – impossible de détacher mon attention d’iTélé (un reportage pourtant loin d’être passionnant). Vous allez me dire qu’on s’en fout un peu, mais cette berceuse télévisuelle improvisée est à l’origine de notre sujet de la semaine : que peut-on dire de nos rapports avec la télévision, ses émissions et caetera ?

Dans son ouvrage 150 petites expériences de psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule, Sébastien Bohler revient sur nos relations télévisuelles.

Pourquoi éteindre la télévision n’est pas si facile — ou pourquoi finit-on toujours hypnotisé-e-s par Man vs Wild, les Mini-Miss ou iTélé ?

Vous savez comment ça se passe : vous êtes vautré-e devant votre télé, vous DEVEZ l’éteindre… mais impossible. Le fauteuil est trop confortable, aller dormir c’est trop chiant… En fait, selon les chercheurs Kubey et Csikszentmihalyi, la télévision pourrait agir comme un anesthésiant.

Dans une expérience, les deux psychologues ont donné à des volontaires un boîtier. Dans leur vie quotidienne, dès que ce boîtier émet un signal, les participants doivent noter ce qu’ils sont en train de faire, ce qu’ils ressentent, évaluer leurs émotions, etc.

Après un recueil et une analyse de ces données, Kubey et Csikszentmihalyi s’aperçoivent que les participants affirment se sentir plus relaxés lorsqu’ils sont en train de regarder la télévision. Leurs notes indiquent plus de tension lorsqu’ils font une autre activité.

Selon les auteurs, regarder la télé permettrait donc de « relaxer » notre organisme (et même lorsque ce que l’on regarde est triste, ou négatif, en tout cas si ça ne dépassent pas un certain seuil). En éteignant ce fabuleux petit écran, nous devrions faire face à de nouvelles tensions attribuées à la gestion de la réalité (le réveil qui sonnera toujours trop tôt, la bouffe à préparer, les examens qui approchent…).

Okay, mais y a-t-il une explication à ce constat ? Pourquoi et comment la télévision nous calme ?

Pour répondre à cette question, le psychologue Byron Reeves a mesuré les variations des rythmes cardiaques des téléspectateurs. Figurez-vous qu’à chaque changement de plan, le rythme cardiaque diminue — pour Reeves, nous serions soumis à un « réflexe d’orientation » : lorsqu’autour de nous, ce qu’on voit change, notre rythme cardiaque ralentit pour, entre autres, nous permettre de mobiliser notre attention vers la nouveauté.

Devant la télévision, puisque les visuels changent quasi-constamment, nous serions donc dans un état de relaxation artificielle dû à ce ralentissement de rythme cardiaque… Et s’extraire de cet état nécessiterait un effort.

L’effet FELA — ou pourquoi surestime-t-on la probabilité d’être attaqué-e ou agressé-e après le visionnage de Faites entrer l’accusé ?

Il s’agirait cette fois d’une « heuristique de disponibilité » : lorsque l’on veut se représenter la probabilité qu’un évènement arrive, on rassemble des  images mentales liées à cet évènement. Et plus nous trouvons d’images mentales, plus nous croyons qu’il est probable que cet évènement arrive.

Si j’ai regardé tout un tas de FELA, j’ai tout un tas d’images de boucheries et autres massacres dans la tête. Par conséquent, s’il me prend l’envie d’évaluer la probabilité de me faire découper par ma boulangère, ces exemples seront bien disponibles dans mon esprit. Et puisque j’ai plein d’exemples en tête et qu’il est facile de trouver un exemple… c’est donc que la probabilité est forte.

Pour démontrer cet effet, les psychologues Keller, Siegrist et Gutscher (1991) ont distribué à des volontaires des plaquettes informatives sur les risques d’inondations. À un groupe, ils donnaient une plaquette décrivant les risques d’inondations sur les 30 dernières années, avec de nombreuses images d’inondation. À l’autre groupe, ils donnaient une plaquette revenant sur les risques d’inondation sur une année seulement, avec moins d’images.

Dans les deux plaquettes, les nombres d’inondations évoquées (par unité de temps) étaient strictement les mêmes. Mais parce qu’ils sont victimes de l’heuristique de disponibilité, les lecteurs de la 1ère plaquette jugent les risques d’inondation bien supérieurs !

Le syndrome du zapping — ou pourquoi un trop grand choix de chaînes nous frustre

Avoir le choix peut être frustrant, parce que nous serions conscient-e-s des choix que nous n’avons pas pris et des options que nous avons dû abandonner.

Pour parvenir à cette conclusion, les psychologues Sheena Iyengar et Mark Lepper ont proposé à des participants de choisir une boîte de chocolats, parmi six boîtes, ou une somme d’argent. La majorité des sujets opte pour les chocolats.

Plus tard, les chercheurs-es réitèrent l’expérience, mais cette fois, les volontaires doivent choisir une boîte de chocolats parmi 30 boîtes, ou une somme d’argent. Les comportements changent et les participants, pour la plupart, choisissent la somme d’argent.

Pour Iyengar et Lepper, avoir trop de choix est finalement moins attirant, parce que nous gardons en tête tout ce que nous ne pourrons pas avoir, tout ce que nous n’avons pas choisi. Autrement dit, nous gardons en tête les « coûts d’opportunité » — dans ce cas précis, il y aurait 29 coûts d’opportunité, 29 boîtes de chocolats qui ne pourront être goûtées et une frustration plus importante.

Face à la télévision, nous aurons donc deux options : nous fixer sur une chaîne et faire le deuil de ces 4 512 autres chaînes possibles (ce qui engendre une frustration) ou zapper un peu partout pour diminuer les coûts d’opportunité (ce qui engendre tout de même une frustration… puisque nous ne verrons finalement pas grand-chose…).

Somme toute, le petit écran est un objet d’études comme un autre et les interprétations présentées ici sont de simples angles de vue. La télévision est un sujet riche : elle est utilisée comme vecteur d’information, de désinformation, de divertissement, d’émotion

Dans l’ouvrage cité en début d’article, Sébastien Bohler fait un tour quasi-complet du sujet et aborde des thématiques plus profondes, par exemple sur la manière et les raisons pour lesquelles l’émotion est la reine du petit écran, sur les impacts des journaux télévisés, etc.

Pour aller plus loin…

  • 150 petites expériences de psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule de Sébastien Bohler : ici ou
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