Travailler dans un cinéma — Job d’été #6

Un madmoiZeau masqué a décidé de gagner quelques sous cet été en travaillant dans un cinéma de quartier. Il raconte.

Travailler dans un cinéma — Job d’été #6

Ta mission (si tu l’acceptes) consiste en quoi exactement ?

Je travaille dans un cinéma de quartier, pas dans un gros complexe ; l’équipe est constituée d’une petite dizaine de personnes (le patron, les responsables, les employés à l’année et les saisonniers comme moi).

Du coup je suis assez polyvalent : je travaille à la caisse, au stand confiserie, je réponds au téléphone quand les clients appellent pour nous demander les horaires des séances, je m’occupe des objets trouvés (les gens oublient des tas de trucs au cinéma), du ménage, etc.

On fait un peu de tout et on tient la boutique. En général le big boss et les responsables ne sont pas trop présents ce qui laisse pas mal d’autonomie.

Quand un groupe de gros relous quitte la salle en laissant du popcorn partout… et un billet de 20 euros

Ce qui est cool dans le boulot

Sans hésiter, la possibilité d’assister à toutes les séances de cinéma gratuitement. Je ne me prive pas d’aller au cinéma dès que possible. Ça n’a pas l’air de grand-chose dit comme ça mais j’ai fait beaucoup de découvertes. Je regarde des films pour lesquels je n’aurais jamais payé un ticket si je n’avais pas eu ce boulot (par exemple Fanny, une très agréable surprise).

En ce qui concerne les autres « avantages en nature », les employés ne sont pas censés se servir dans le bac à pop-corn ou la fontaine à boissons. En pratique, je grignote pas mal : personne ne le voit si tu piques un peu de pop-corn par ci par là et on peut se servir dans tous les produits qui ne sont pas vendables aux clients (un paquet de bonbons déchiré, le fond des bacs de glace quand il n’en reste plus assez pour faire un cornet…)

Le contact avec les clients est un bon côté du boulot, surtout l’été. J’ai commencé à travailler un peu avant l’été donc j’ai vraiment pu voir la différence. En vacances les gens sont plus détendus, ils viennent en avance, prennent un verre avant la séance, discutent un peu avec nous. Parfois ils viennent même au hasard et nous demandent de les conseiller sur les films à voir. Les vacanciers ne sont pas pressés.

En plus de tout ça j’ai la chance de profiter d’une très bonne ambiance d’équipe : le soir on va boire des verres entre collègues sur le toit du cinéma.

Ce qui est relou dans le boulot

Je n’aime pas être au stand confiserie pour deux raisons. D’abord, c’est souvent mort, il y a peu de passage alors que la caisse est une étape obligée où on discute plus facilement du film (surtout si je l’ai vu !). Ensuite j’ai un peu honte d’annoncer les prix toujours très élevés des confiseries. « 3,50€ » pour un paquet de M&M’s, ça passe difficilement même avec le sourire.

Quand un client se plaint du prix des places

Le nettoyage de la salle après chaque séance est bien sûr la corvée à laquelle on voudrait tous échapper. Le pire étant les séances enfant du mercredi après-midi qui se transforment en batailles de pop-corn. Les séances quasi-désertes  peuvent aussi nous surprendre : il arrive que les spectateurs nous laissent des petits cadeaux du genre préservatifs et autres joyeusetés. Ce n’est pas un mythe !

Ce à quoi tu ne t’attendais pas

En fin de journée, il faut aussi s’occuper de compter sa caisse : recompter tous les billets et pièces et vérifier qu’on n’a pas perdu d’argent. Ça n’a pas l’air sorcier (« il suffit de savoir compter ») mais tout le monde fait systématiquement des erreurs au début. C’est frustrant et fatigant puisque tant que le compte n’est pas bon on recommence (personne ne veut être accusé d’avoir piqué dans la caisse). Bref j’ai fini par prendre l’habitude mais pour une tâche aussi « stupide », je ne pensais pas que ce serait si difficile au départ.

Mais le plus surprenant c’est encore la diversité des clients. Les spectateurs de cinéma ont beau être un échantillon représentatif de la population ils m’étonneront toujours !

Quand un client me demande sa monnaie alors que je la lui ai déjà rendue

Si on met de côté les clients franchement irrespectueux (il y en a), il reste aussi pas mal d’extraterrestres :

  • Les clients qui sont en retard de 20 minutes et qui nous demandent pourquoi on ne les a pas attendus pour démarrer le film.
  • Les clients qui payent en pièces de 10 centimes.
  • Les personnes âgées qui se plaignent du prix des places et te racontent que de leur temps, pour 5 francs, on pouvait assister à toutes les séances de la journée (c’était mieux avant !).
  • Ceux qui viennent pour des films qui ne sont plus à l’affiche, le plus sérieusement du monde (Harry Potter, Jurassic Park).
  • Ceux qui ne connaissent pas le titre du film qu’ils vont voir. Pour  World War Z  j’ai ainsi eu droit à « une place pour le film s’il vous plaît », « le film avec Brad Pitt », « le film qui est sorti  y a pas longtemps et qui marche bien » ; un enfant qui voulait voir Moi, Moche et méchant m’a demandé « le film avec les gens faits à l’ordinateur et le héros qui gagne à la fin » !
  • On a aussi des parents qui envoient leurs enfants au cinéma non accompagnés, des bouts de chou de 4 ans avec une enveloppe, de l’argent et une lettre « Bonjour, mon fils voudrait voir Monstres Academy ». Normal. (bon au moins c’était pas L’Exorciste).

 Quand  un client sort un billet de 5 euros de son caleçon

Côté horaires et salaire ça se passe comment ?

Pour le salaire, je dirais que c’est un job d’été correct : je suis payé au smic horaire pour une base de 25 heures de travail hebdomadaire. À cela s’ajoutent quelques heures supplémentaires  et surtout les primes concernant les confiseries.

Plus on vend de confiseries/boissons plus on touche une prime importante. Le calcul de la prime tient compte du nombre total de spectateurs ayant assisté à la séance : si personne n’est venu au cinéma, ce n’est pas ta faute si tu n’as pas vendu de glaces ! J’arrive à me faire entre 50 et 100€ de prime par mois mais je ne suis pas particulièrement doué : une de mes collègues tourne plutôt entre 100 et 200€. Comme la loi le prévoit, je suis payé davantage quand je travaille le dimanche et les jours fériés. Globalement je ne me plains pas.

Quand un collègue essaye de vendre de la glace à une cliente (et que ça marche)

Côté horaires ce n’est pas l’idéal mais je savais à quoi je m’engageais dès le départ : je peux travailler toute la journée (9h-19h) mais le plus souvent je fais les après-midi et soirées, (13h-20h ou 13h-00h) sachant qu’avec le nettoyage et la caisse à compter on termine plutôt une heure plus tard.

Le plus pénible pour moi ce ne sont pas les horaires mais le fait que je ne connaisse jamais mon planning à l’avance. Au mieux j’ai mon planning prévisionnel une semaine à l’avance mais parfois il change la veille pour le lendemain. Difficile de se prévoir des week-ends pour décompresser quand on peut être « réquisitionné » à la dernière minute.

Engagez-vous !

Il n’y a pas besoin d’être très qualifié. Par contre les employeurs exigent généralement la maîtrise de plusieurs langues étrangères. Pas de panique : il faut comprendre « savoir baragouiner quelques mots pour être en mesure de vendre du pop-corn ». Le niveau scolaire suffira largement. Révisez un peu avant votre entretien, on ne sait jamais.

L’été les cinémas recherchent des employés supplémentaires et je n’ai pas eu trop de mal à trouver mais n’espérez pas prolonger votre contrat pendant l’année. L’emploi reste majoritairement saisonnier. Les personnes employés à l’année gardent précieusement leur place !

Un dernier conseil ?

Ne vous prenez pas la tête si vous n’êtes là que pour quelques mois. Le client a toujours raison, le patron aussi. Ce n’est vraiment pas un job pénible pourvu qu’on garde le sourire. Et pour votre prochaine séance de ciné, allez voir Les Reines du ring !

Pour continuer à passer l’été au frais dans l’atmosphère feutrée des salles de ciné, tu peux également te balader sur le Tumblr bosser dans un cinéma dont tous les gifs de cet article sont tirés.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • HCSS
    HCSS, Le 28 juillet 2013 à 19h40

    Ce boulot me donne juste trop envie !
    Dommage que l'article n'ai pas été écrit avant, je pense que j'aurai tenté d'écrire au ciné de chez moi, mais l'idée ne m'a jamais traversé l'esprit avant.

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