La transition de Noé, 15 ans, vue par l’objectif de sa soeur, la photographe Emma Birski

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Emma Birski signe une série de portraits intitulée « Cause I'm A Man », pour illustrer la transition de son frère Noé, 15 ans. Un témoignage coloré qui vise à dédramatiser la transidentité.

La transition de Noé, 15 ans, vue par l’objectif de sa soeur, la photographe Emma Birski

Publié le 10 mai 2018Emma Birski a 21 ans, elle est étudiante aux Gobelins à Paris, et elle s’est mise à la photographie à l’époque des Skyblogs, lorsqu’elle vivait à la campagne :

« Je piquais le Reflex de ma mère pour faire des portraits « mode » de ma voisine dans les champs !

Puis je me suis mise à prendre des photos au lycée »

Emma m’a contactée pour me parler d’un projet photo particulier : une série de portraits intitulée « Cause I’m A Man ».

« Cause I’m A Man » : le témoignage de Noé

Emma Birski a un frère transgenre. C’est-à-dire qu’il avait été assigné fille à la naissance, qu’on lui a donné un prénom de fille, qu’il a grandi en étant éduqué comme une fille, alors qu’il a toujours été un garçon.

À lire aussi : Vis ma vie d’homme trans, de la prise de conscience à la transition

C’est à 13 ans et demi que Noé parle de ses ressentis à sa soeur :

« La première fois que j’ai entendu parler de transidentité, c’était sur les réseaux sociaux. Je crois que je ne comprenais pas vraiment le principe de la transidentité.

Quand Noé m’en a parlé, il m’a envoyé des articles sur le sujet, il m’a expliqué que c’était ça son problème. »

« Il avait très peur d’en parler à mes parents, à ma mère surtout, parce qu’elle aimait bien nous voir très féminines, toutes les deux.

Noé lui a écrit une lettre pour tout lui dire. Ça a été dur pour elle au début, d’apprendre que « sa petite fille » était un garçon, mais ça va beaucoup mieux, elle a fini par comprendre et par accepter.

Avec mon père, ça s’est tout de suite très bien passé : il veut juste que Noé soit heureux. »

Et ce n’était pas le cas avant sa transition, ce que m’explique Emma :

« Il n’était pas épanoui, ça se voyait qu’il n’était pas bien. »

« Il a toujours été « garçon manqué », ça se voyait physiquement. Plus il grandissait, plus il devenait « garçon », dans sa posture, dans ses attitudes.

Même dans ses comportements sociaux, il préférait la compagnie des mecs, les activités plutôt masculines : il faisait du skate, par exemple, et trainait avec des garçons. »

La transition de Noé

Aujourd’hui, Noé va mieux. Il a pu commencer une hormonothérapie avant sa puberté, et les effets sont efficaces. Emma me raconte :

« Récemment, je ne l’avais pas vu depuis un mois, il a tellement changé ! Sa voix est déjà devenue plus grave. »

Pourquoi mettre sa transition en image ?

J’ai demandé à Emma pourquoi Noé et elle ont voulu mettre en image cette transition.

La photographe me répond avoir cherché des séries de photo sur la transidentité, mais elle a surtout trouvé des clichés sombres, qui mettaient essentiellement l’accent sur la douleur, la souffrance, la solitude de ces moments.

C’est même au-delà de la solitude, c’est du rejet, de l’exclusion, de la violence.

Mais la transition, ça peut bien se passer. Ça devrait bien se passer. Plus on avance dans le temps, et mieux tout cela devrait se passer pour les personnes trans. C’est ce qui a motivé Emma et Noé :

« Je voulais montrer un angle différent.

Tout ce que j’ai pu voir sur les personnes trans était très dramatique, très sombre, je voulais montrer le parcours de mon frère sous un angle plus léger, presque pop.

C’est aussi dans le but de déconstruire l’idée que la transidentité serait forcément un fardeau ou une maladie grave. »

« Je voulais décomposer cette transition étape par étape : d’abord le rejet de la féminité, le retour à l’enfance, aux indices épars, puis les moments de la transition à proprement parler.

J’ai choisi des couleurs claires pour les décors, afin que le regard soit attiré par le protagoniste. C’est lui qui est au centre de cette transition, pas le regard des autres et tout ce qui se passe autour. »

La photographie, ou l’exutoire des curiosités ?

J’ai demandé à Emma pourquoi ce n’était pas Noé lui-même qui me répondrait au téléphone, ou qui écrirait quelques mots, pour cet article.

Sans surprise, son frère doit déjà faire face aux questions, aux regards, à la curiosité plus ou moins bienveillante et respectueuses de tout son entourage, au quotidien.

Alors, la série « Cause I’m A Man » et son autrice, Emma, sont un peu les porte-paroles de Noé, pour le moment :

« Il a du mal à aborder le sujet, je pense qu’il a peur d’être incompris, peur d’avoir mal aussi, d’être heurté par l’incompréhension des autres. »

« Il s’exprime à travers ce projet. Il me raconte qu’on lui pose beaucoup de questions à l’école, qu’il aimerait plutôt qu’on le laisse tranquille avec ça.

Je lui explique que cette curiosité témoigne d’un intérêt, d’une volonté de comprendre ce qui est loin d’être évident à comprendre, quand on a été éduqué dans notre société, et ses codes de genre si rigides. »

Quand le regard des autres se fait pressant, pesant, c’est dur à supporter pour n’importe qui. Alors quand on a soi-même un problème avec sa propre image, cette pression peut devenir d’autant plus insupportable.

Emma m’explique que son frère n’aime pas se voir sur ces photos, il n’aime pas se voir tout court :

« Noé était un peu réticent à poser au début, car c’était encore un sujet difficile pour lui au départ.

Il a toujours du mal à voir les photos, parce qu’il ne supporte pas son image : il trouvait que son corps était encore trop féminin.

Mais ça s’arrange avec le temps, et avec l’hormonothérapie. »

Les personnes trans ne sont pas des bêtes de foire

À travers cette série de clichés doux, presque pop dans leur esthétique, Emma et Noé voulaient montrer que le chemin de la transition n’est pas vouée à être un drame.

Même si cette sollicitation constante est difficile à vivre, la curiosité des autres part d’une bonne intention, celle de chercher à mieux comprendre.

Cette série de photo peut permettre d’ouvrir des discussions, de provoquer des questionnements.

Plus il y aura de témoignages et d’expression de la transidentité à travers les arts, et moins les personnes trans seront perçues comme les ambassadrices perpétuelles de la transidentité.

Pour en savoir plus sur la transidentité, rendez-vous sur le mot-clé transgenre et transidentité sur madmoiZelle.

— Merci à Emma Birski

Emma Birski

Retrouve le travail d’Emma Birski sur son site Internet, et sur son compte Instagram !

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Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
  • Luzgar
    Luzgar, Le 14 mai 2018 à 15h24

    @Herenis Je vois bien. Mais justement c'est pas tant sur l'échelle de douleur ressentie, mais bien sur la douleur en elle-même que je me focalise. Tout le monde est différent, certains avec peu de dysphorie auront quand-même besoin d'une chirurgie et autre, d'autres non.
    Ensuite, tu confonds encore. Je ne dis pas que les genre NB devraient pas avoir le droit à la transition, je dis que les personnes qui en ont besoin sont celles qui sont dysphorique. Être NB, que ça soit pour échapper au sexisme ou non, que ça soit politique ou non, ça n'a pas d'importance. Ce qui est important c'est la dysphorie et le fait de l'alléger le plus possible. C'est à ça que sert le traitement de transexualisme à la base, à rien d'autre que ça. Le fait d'aller voir un psy, pour moi est important personnellement car si je pouvais trouver un autre stratagème que hormones + chirurgies, bah je le ferais, mais pas tout le monde est comme ça et dans ton cas c'est peut-être plus logique de simplement se débarrasser de ta poitrine. Je peux pas juger de ça, comme je peux pas juger si les gens qui se disent dysphoriques sont vraiment dysphorique, je suis pas médecin, je connais pas tout sur ça.
    Les critères que les médecins/psy utilisent sont mauvais s'il s'agit de tester si tu es assez "homme" ou autre (et dégueulasse, et homophobe, et plein d'autres trucs comme ça ahah), ce qui compte (encore une fois) c'est la dysphorie et seulement ça. Vu que le traitement de transexualisme sert à alléger ça, c'est seulement ce symptôme qui doit compter pour pouvoir accéder aux chirurgies et/ou hormones. Je pense perso que ça serait bien que chaque personne trans passe par la case psy avant, pour les raisons que j'ai évoqué avant, mais c'est long et compliqué et pour des résultats qu'on ne veut pas forcément faire face (pour moi le "et si j'étais pas vraiment trans ?" est une question assez difficile).
    Le problème avec ta dernière phrase, c'est que j'ai rien en commun avec les personnes qui n'ont pas de dysphorie en fait. Le vécu de ma condition est très différente, donc je me sens très éloigné de la supposée communauté dont je suis censé appartenir. Au point de me sentir silencé sur certains moments. Le fait est que j'ai vu par exemple des personnes exprimer que transitionner était cissexiste car on se conforme à l'idée qu'un genre doit ressembler à quelque chose, des trucs comme ça (pas ici exactement, mais j'en ai vu). Beaucoup de personnes Transex sont dans ce problème-là et typiquement, je me sens plus safe dans la plupart des espaces Trans, parce que ma transidentité ne réside pas dans le fait de porter un certain type de vêtement, ou de casser/renforcer les rôles genrés, ni de me sentir un genre.
    Dans l'optique que tout ceux qui ne s'identifient pas à leur genre assigné sont Trans, tout le monde serait Trans en fait. Parce que personne ne correspond 100% à leur genre assigné à la naissance, ce qui est tout à fait normal. Bien qu'on peut critiquer le fait que la dysphorie pourrait ne pas être la seule chose qui rend quelqu'un Transex, c'est comme ça que pour l'instant c'est compris par la communauté scientifique, parce que c'est à ça que les traitements servent, pas à autre chose.

    @Aqua Je n'ai pas de réponse à ta question car je ne comprends absolument pas non plus de mon côté. J'avais un pote Transex qui, après un an d'hormones, avait hésité à arrêter tellement c'était dur et tellement il flippait des aiguilles et sur les reins et possibles problèmes sur le long terme (même si, de ce que j'ai lu encore une fois, c'est pas trop grave, pas plus qu'un autre médicament), tellement la condition de Transex est compliquée même en France. :/ Et pourtant il est dysphorique, donc, je comprends pas.

    EDIT: Une précision s'impose en plus je trouve de tout ce que j'ai dis.
    Des personnes non dysphorique m'ont déjà dit, à moi ou à autre Transex que notre dysphorie était un privilège parce que nous étions pris au sérieux par la communauté scientifique. Je n'ai pas besoin d'expliquer en quoi c'est quelque chose d'à la fois absurde et blessant, de dire à quelqu'un qui a une condition dont il ne peut pas guérir, que c'est un privilège.
    Il y a des dizaines de choses comme ça, j'étais très très ouvert et acceptant de toutes les personnes qui se disaient Trans avant. Mis bout à bout cependant, ça devient trop et "ma" communauté en souffre terriblement, parce que non seulement notre voix est étouffée, mais aussi détestée et mise à l'écart de la communauté LGBT+.
    La communauté LGB se rend compte que beaucoup de personnes non conforme au genre se disent Trans à présent, ce qui pour eux leur cause du souci par rapport à tout ce qui est thérapie de conversion et la peur que ça devienne comme ça pour toutes les personnes gay non conforme au genre. Donc en réponse à ça, ils nous vire de plus en plus (un slogan très prisé des LGB anti-Trans est "Drop the T"). Attention Transphobie ici. (Je suis bien évidemment pas d'accord avec certains points évoqués dans ce lien notamment pour l'utilisation des toilettes, mais il y a un souci de haine autant du côté Trans que du côté LGB qui est une réaction de peur).
    C'est un problème à ne vraiment pas prendre à la légère, qui a l'air d'être moins répandu en France pour le moment, mais qui va très certainement changer.
    Alors oui, traitez moi de Transphobe, ça m'est égal parce que mes positions ne changeront pas et ne peuvent simplement pas changer en sachant ce que je sais.

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