Top 10 des mauvaises raisons de ne pas voter

Marie.Charlotte reprend les 10 (mauvaises) raisons de ne pas voter les plus répandues et propose des solutions pour ne pas faire augmenter le taux d'abstention aux prochaines élections.

Top 10 des mauvaises raisons de ne pas voter

A chaque élection, deux inconnues se disputent la vedette : l’annonce du/des vainqueurs, bien entendu, mais également la participation. Combien d’entre nous se sont déplacés pour glisser un bulletin dans l’urne ? L’abstention occupe les critiques et préoccupe les politiques, chacun essayant de mieux la comprendre pour mieux la combattre. Voici le Top 10 des motifs d’abstention, à utiliser sans modération pour convaincre autour de vous !

10. « Je suis contre le système »

Argument phare des anarchistes et autres néo-révolutionnaires qui contestent l’ordre établi, le gouvernement, la société, les épinards à la cantine… En fait ils contestent tout. Et c’est leur droit ! Droit qu’il convient de respecter, mais à certaines conditions.

Ami Anar’, je m’interroge : as-tu une carte vitale ? Tes dépenses de santé te sont-elles remboursées ? As-tu bénéficié d’un avocat commis d’office le jour où les flics t’ont embarqué pour les 20g de beuh que t’avais dans les chaussettes ? Tu touches des allocs ? APL ? Chômage ? Bourse d’étudiant ? Ta mère/ton père a touché des allocations familiales pour toi ? Et j’en passe…

Tu vois l’ami, tu n’es pas “contre” le système, puisque tu en bénéficies un peu quand même… Ne sois pas hypocrite, va glisser un bulletin dans l’urne. Je t’aide : tu es contre le système, mais pour les aides sociales ? Tu es Mélenchoniste.

9. « Tous des pourris/vendus/abrutis [INSÉRER INSULTE] – je préfère encore m’exiler [INSÉRER PAYS] »

… ou le credo des désabusés. Comment leur redonner foi en la politique ? Déjà, rappelons-leur que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Qu’ils rayent illico de leurs destinations d’exil potentielles la Russie de Vladimir Poutine, l’Italie de Berlusconi, la Grèce (ou plutôt Feu-la Grèce) les colonies allemandes (Majorque, récemment la Grèce), l’Angleterre (et sa monarchie !) etc… Rappelons-leur également que la démocratie n’est pas le système politique majoritaire dans le monde (si l’on écarte les vraies-fausses démocraties Poutine-style).

L’avantage de la démocratie est justement le droit, ou plutôt le privilège de pouvoir élire les pourris/vendus/abrutis qui vont ensuite nous gouverner. A défaut d’avoir un favori dans cette bande de pourris-vendus, tu peux les ranger par ordre de « surtout pas lui/elle ». Et BIM ! Le dernier de ta liste sera ton candidat.

Après tu peux aussi prendre le temps de lire les programmes, les articles, les critiques et les commentaires afin de faire un choix éclairé, des fois qu’il y aurait une bonne option parmi les “pourris”. Tu pourrais être surpris.

8. « Voter ça ne sert à rien, ça ne change rien »

Ah. Je vais parler d’un temps que les moins de… euh… un temps que nos aïeux ont connu et dont nous continuons de bénéficier grâce à eux : ce temps de l’obtention de 5 semaines de congés payés, de l’abolition de la peine de mort, du droit à disposer de leur corps reconnu aux femmes, et j’arrête ici la longue liste des révolutions sociales entérinées par les gouvernements successifs au fil de notre Histoire, par ces Présidents et ces Assemblées élus par le peuple.

Voter amène des changements certes moins radicaux qu’une bonne vieille révolution, mais c’est aussi un procédé moins violent. A la limite, tu peux trouver que voter ça ne change pas assez, pas assez vite, je peux l’entendre. Mais dire que ça ne change rien est de la mauvaise foi pure et simple.

Tiens, demande à tes parents, tes oncles-tantes, à ceux qui s’apprêtaient à partir à la retraite dans quelques années… et puis finalement non, parce qu’il y a eu une réforme… Sur toutes les réformes, celles qui nous plaisent ou celles qui nous déplaisent, nous avons tous voix au chapitre.

7. « Je ne connais rien à la politique. Je ne comprends rien à ces débats »

Je vais te faire une confidence : je n’ai pas lu le traité instaurant le mécanisme de stabilité européen, je ne connais pas la balance commerciale ni le poids des intérêts de la dette publique de la France. Sans entrer dans les détails techniques abscons, il est pourtant possible de se forger une conviction.

Une conviction, c’est un avis intime que tu n’es obligé/e ni de défendre, ni d’expliquer, encore moins d’assumer publiquement : voilà pourquoi le vote est secret. Voter est moins un acte politique qu’un acte citoyen.

Si vraiment tu es largué/e, tu as toujours la possibilité de suivre un modèle. Tu dois avoir dans ton entourage proche ou lointain (voire virtuel) des figures qui t’inspirent d’une manière ou d’une autre. Tu peux prendre leur avis et leur engagement en exemple, pour forger ton opinion par rapport à la leur.

Il n’y a rien d’humiliant à jouer les moutons en politique, dans un premier temps. Après tout, nous avons tous forgé notre conscience politique selon celle de nos proches, parents, profs, amis, soit allant dans le même sens, soit prenant le contrepied. C’est un premier pas, il n’y a pas d’âge pour le faire. Ma grand mère vote par rapport aux JT de Jean Pierre Pernaud. Je ne recommande pas la référence, mais au moins, ma grand mère vote selon ses convictions.

6. « Le niveau de cette campagne est tellement bas que c’en est insultant. Je m’en désintéresse par noblesse »

Flash news : la campagne ne se déroule pas exclusivement sur les réseaux sociaux. Oui, je te l’accorde, la cyber-campagne est aussi violente que dérisoire : battle de hashtag pendant les émissions politiques, leaking de vidéos compromettantes sur Facebook, duel de “petites phrases” et de grosses conneries, je ne sais pas si l’on a connu pire, mais j’espère que les futurs rendez-vous démocratiques nous offriront mieux.

Ne prenons pas la jauge de la qualité du débat sur le microcosme web, il n’est pas représentatif. C’est facile de bombarder des tweets de dénigrement, c’est autre chose que de donner de son temps pour s’investir auprès d’un (ou plusieurs) parti/s, d’aller à la rencontre des militants, des élus. Si toi aussi tu es blasé/e par le battage médiatique de caniveau autour de la campagne, je t’invite à faire un tour derrière le rideau, sur la scène de l’action.

Un meeting vaut la peine de sortir de son lit un dimanche, un porte à porte avec le Parti Socialiste vaut bien 2 heures de ton temps, un tractage sur les marché avec les Verts ou le Modem est l’occasion de rencontres éphémères autour de ton quartier. Testé et approuvé !

C’est au plus près du terrain que tu trouveras peut-être, paradoxalement, la “hauteur” qui fait défaut au cirque des plateaux télé/radio.

5. « Tous les candidats proposent la même chose ! Taxer les riches, réformer l’Europe, relancer la croissance… Bonnet blanc et blanc bonnet »

Je dirais qu’il est heureux qu’au fond, les candidats soient plus ou moins sur la même longueur d’onde : relancer la croissance, faire baisser le chômage, élever notre niveau de vie, construire un avenir meilleur pour nos enfants. C’est assez rassurant. Ce qui diffère d’un programme à l’autre, ce sont les moyens que chacun promet de mettre en oeuvre pour arriver aux fins espérées. Pour examiner ces moyens, nul besoin d’entrer dans d’obscures considérations technocratiques. Il suffit d’examiner les prises de position des uns et des autres pour se forger une conviction.

Exemple avec quelques sujets de société :

  • Pour ou contre le mariage homosexuel ?
  • Pour ou contre le nucléaire ?
  • Pour ou contre l’euthanasie ?
  • Pour ou contre l’Euro/ l’Union Européenne ?

Réponses :

“J’ai un avis tranché sur chacun de ces points !” -> tu es résolument de Gauche ou de Droite, selon les positions adoptées ; à toi de te renseigner sur les intentions de chacun concernant ces sujets pour déterminer ta “couleur”.

“Arf, je n’ai pas assez d’éléments pour me positionner, il faut en débattre, ce n’est pas tout noir ou tout blanc !” -> tu es Centriste.

“Je suis CONTRE” -> Extrême droite.
etc…

Tu vois ? Ce n’est pas la même chose.

4. « J’ai piscine/poney/dentiste » ou (variante) « je suis en vacances chez Mémé »

Ah ! On progresse ! Tu n’es pas contre le fait de voter, c’est juste que matériellement, c’est trop compliqué. J’ai une bonne nouvelle pour toi : tu peux voter par procuration. Si tu as de la famille/des amis/une personne de confiance qui va voter dans le même bureau de vote que toi, cette personne pourra mettre 2 bulletins dans l’urne, le tien et le sien. Si tu n’as pas d’attaches dans la ville où tu es inscrit/e sur liste, tu peux quand même trouver un mandataire, en t’adressant directement au parti pour lequel tu souhaites voter. Si tu ne trouves pas d’adresse dédiée aux procurations sur le site de ton candidat, n’hésite pas à utiliser les formulaire de contact : je doute que la com’ du parti passe à côté d’une demande de procuration… Et à moins que ton candidat ne soit Jacques Cheminade, tu devrais pouvoir trouver un mandataire sans trop de problème.

Étant moi-même résidente à Paris mais électrice d’une commune de 800 vaches et 200 moutons, j’ai donné à ma mère procuration pour les 2 tours de la présidentielle, ajoutant aussi les législatives qui suivront en juin. Temps total investi : 15 minutes au commissariat de police de mon quartier de résidence, soit la démarche administrative la plus rapide de l’histoire de l’administration publique. Une pièce d’identité suffit. Que demande le peuple ?

3. « J’ai des convictions mais je ne me retrouve pas dans ces candidats »

Je vais te faire une (deuxième) confidence : moi non plus, je ne me retrouve pas dans ces candidats. Mais je prends le problème à l’envers : je cherche quel candidat me représente le mieux, alors que je devrais chercher le candidat qui représente le mieux mes idées. J’explique : je ne risque pas de me retrouver ailleurs qu’en face d’un miroir : ce que je suis est intimement lié à mon histoire et à mes expériences. Je ne peux pas me retrouver ailleurs qu’en moi-même ; éventuellement en mon âme soeur (si elle existe, vaste débat). Mon candidat n’est pas celui qui me ressemble, mais celui dont les idées correspondent le mieux à ma vision de la société, ou de l’économie si j’y comprends quelque chose et que j’ai une vision économique (Grand bien m’en fasse !).

Concrètement, comment s’en sortir ? La méthode est identique à la démonstration utilisée en point 5 pour différencier les candidats. Aucun d’entre eux ne me représente de façon satisfaisante, mais si je hiérarchise mes priorités, je peux m’y retrouver dans l’offre électorale.

Bon, bien sûr, quand les sujets débattus sur les plateaux télé se cantonnent à l’étiquetage de la viande halal et aux impôts que paieront moins de 3000 contribuables hyper-fortunés, je ronge mon frein… Du coup je regarde moins la télé, j’épluche les sites internet des partis. C’est déjà mieux.

2. « Les politiques n’ont plus aucun pouvoir aujourd’hui, ce sont les marchés qui font la loi »

C’est pas parce que François Lenglet est la star médiatique de cette campagne, que la dette et la Grèce sont au coeur des débats, qu’il faut s’imaginer que tout à coup l’économie a pris le pas sur le politique. En France, c’est le Parlement qui fait la loi (Assemblée Nationale + Sénat) pas la Bourse de Paris. Si tu ne me crois pas, tu peux aller vérifier, les séances sont publiques.

Ce qui veut dire aussi que ce n’est pas le Président qui fait la loi, un fait que le quinquennat de Nicolas Sarkozy a pu nous faire oublier, tant l’hyperprésident s’est montré interventionniste en matière législative. “Un fait divers, une loi” en serait presque devenu la devise du quinquennat… Même maintenant, alors que la session parlementaire est suspendue jusqu’aux élections législatives, on me dit dans l’oreillette que rien ne s’oppose à ce qu’une loi soit examinée par le Parlement avant la présidentielle.

Tu vois, les marchés ne font pas la loi. Si on arrêtait un peu de faire des lois dans tous les sens et pour n’importe quoi, le Parlement pourrait oeuvrer aux grandes réformes dont le pays a grand besoin.

Je fais semblant de ne pas comprendre ton objection, qui ne portait pas sur la manière dont “les politiques” exercent ou non le pouvoir, mais sur leur marge de manoeuvre face “aux marchés” (variante populiste : face “à la dictature des marchés”).
La réponse est simple : “les politiques” ont le pouvoir que nous leur donnons…par le vote.
CQFD.

1. « Une voix de moins, une voix de plus, je ne vois pas ce que ça change… »

En 2002, il a manqué à Lionel Jospin 3 voix par bureau de vote pour arriver au 2ème tour. Tu visualises ta commune/ton quartier ? Ton bureau de vote ? Parce que 3 personnes n’ont pas voté Lionel Jospin ce jour-là, il a été éliminé au 1er tour.

Je ne vais pas te mentir. Quelle que soit l’issue du scrutin, au matin du 7 mai, rien n’aura changé. Ni les jours suivants. Il faudra attendre les élections législatives de juin, puis la rentrée parlementaire de septembre pour sentir poindre un sursaut de changement. Et encore. Les faits seront noyés dans un flot incessant de déclarations dans un sens, de critiques dans l’autre. Faut-il pour autant se désintéresser du débat public, simplement parce que les gains potentiels ou les risques de perte sont différés ?

Posons-nous la question à l’envers. Et si demain, nous n’avions plus le droit de vote, est-ce que tu le regretterais ? Si non, rendez-vous au point n°10. Si oui… tu sais ce qu’il te reste à faire le 22 avril.

A tous ceux que le débat politique ennuie ou agace, qu’il énerve ou désole : ce sont là autant de raisons d’aller voter en avril, en mai, en juin. Après tout… On a la démocratie qu’on mérite. Nous sommes tous responsables.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Aqueuse
    Aqueuse, Le 14 mai 2012 à 2h47

    Antiochus;3177598
    Quelques précisions sur la démocratie française et la monarchie anglaise :

    On ne peut jamais vraiment parler de monarchie absolue pour l'Angleterre : le roi a toujours été freiné par le Parlement, sauf quand les rois catholiques (Charles Ier et Jacques II) ont tenté d'établir une monarchie effectivement absolutiste. Ensuite l'Angleterre a eu la "chance" (du point de vue démocratique) de voir monter sur le trône, en 1688, un roi qui venait de l'étranger (le plus proche parent du roi détrôné, marié à la fille de ce même roi), à savoir un prince d'Orange, venant des Pays-Bas. Il ne connaissait rien de l'Angleterre, ne parlait pas anglais, a refusé d'apprendre la langue. Et les souverains britanniques n'ont jamais parlé anglais avant....la Seconde Guerre Mondiale. Le Parlement a eu ainsi beaucoup plus de marges de liberté, pour le meilleur comme pour le pire. Il a donc de nombreuses différences entre l'histoire anglaise et française de la démocratie.

    Par contre, l'Angleterre je crois n'a pas de "Constitution" au sens où nous l'entendons, mais se contente depuis l'époque médiévale de l'Habeas Corpus pour les droits fondamentaux.

    En France : la démocratie ne s'est pas mise en place d'un coup, les élections n'ont été universelles qu'au XIX. Et le premier élu fut Napoléon, futur IIIè du nom, car les Français étaient nostalgiques de la période de gouvernement de son illustre oncle, qui a été vue comme une sorte d'âge d'or de la puissance française, à l'instar de la période louisquatorzienne.
    En 1870, on a refusé de rétablir le suffrage universel par peur d'un nouveau rétablissement de la monarchie (les "monarchiens" ont remporté cette année-là les élections législatives haut la main et préparaient le retour d'un roi), en la personne du comte de Chambord, du comte de Paris ou du prince impérial.

    C'est après la Seconde Guerre Mondiale que de Gaulle a choisi le suffrage universel (mais je ne suis pas sûre, je ne m'y connais pas assez sur la période).
    Donc en soi, le suffrage universel n'est pas le signe d'une République. D'ailleurs en Grèce, il y avait démocratie sans République. De même, la Convention de 1793 est la République sans la démocratie...

    ahhhh, un message qui fait du bien à lire, MERCI de rétablir la vérité !

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