Comment un film m’a fait comprendre que j’étais amoureuse

Un film peut changer une vie. Un long-métrage a bouleversé celle de Kalindi, et elle t'explique comment, d'une salle obscure, tout s'est retrouvé sens dessus-dessous.

Comment un film m’a fait comprendre que j’étais amoureuse

Si tu vas au Pathé Wepler le dimanche matin, ou au Cinéma des Cinéastes le mercredi soir, tu risques de me trouver au fond d’une salle, un sachet énorme de bonbons dans une main, et une bouteille d’eau dans l’autre pour me donner bonne conscience.

Si tu me vois, passe me faire un check et tailler le bout de gras, mais plutôt avant la séance, car je déteste papoter après les films. Je préfère les digérer tranquillement, sans avoir à écouter l’avis des autres.

C’est très peu aimable, mais c’est ma manière de fonctionner.

D’ailleurs la personne que tu trouveras assise à côté de moi, accrochée à son pot de pop-corn comme une moule à son rocher, a depuis des années pris l’habitude de ma mauvaise humeur post-séance.

Cet article, je l’écris un peu pour toi chère lectrice, et beaucoup pour lui.

J’espère qu’il tombera dessus au détour d’une visite du site, et qu’il saura y lire tout mon amour.

Un soir de mai 2013, 22h30…

Je suis à une soirée d’une nullité abyssale.

Le genre de moments où tu ne sais absolument pas quoi dire aux autres parce qu’ils parlent du cours de la bourse, et où tu te planques à côté du bar à mojito afin d’en boire 25 et d’oublier à quel point les gens sont ennuyeux.

Un message de ma pote Louise me sort de ma torpeur :

« Je suis chez un pote, viens il y a des petits fours ».

Inutile de me le dire deux fois. Je quitte Levallois-Perret en métro pour traverser Paris et atteindre le fin fond du 18ème.

Le trajet est interminable, d’autant plus que j’ai oublié mon iPod.

Décidément, cette soirée est la PIRE DE MA VIE. Quiconque a déjà marché plus de 5 minutes sans écouter de musique en conviendra.

J’appelle Louise pour râler :

« Ton pote habite dans le trou du cul du monde, et en plus ça sent la pisse ».

Elle se contente de me donner le code d’accès à l’immeuble en riant. Sa bonne humeur est tellement énervante !

Après 2000 heures de métro et de quasi-randonnée dans un Paris que je découvre très pentu, j’arrive enfin rue Caulaincourt.

Je salue à peine le mec qui m’ouvre la porte et me rue sur Louise pour lui raconter mon début de soirée nul.

Etonnamment, son ami me redonne vite le sourire.

Pourtant, il n’est pas assez grand, pas assez musclé, pas assez tatoué, et trop gentil pour que je lui accorde la moindre pensée lubrique. Rangeons-le donc dans la catégorie : mec sympa qui restera dans la friendzone.

Les heures passent et mon avis change. Il a beau porter des t-shirts avec des typographies infâmes, l’animal est charmant.

Tellement que je me réveille sur son canapé-lit le lendemain matin avec le sourire d’une personne ravie de s’être trompée.

C’était décidé, je devais revoir Drys.

Un jour de septembre 2014, 13h…

Ça fait plus d’un an aujourd’hui que ma vie a changé. Comme d’habitude, elle évolue au rythme de mes relations. J’ai fréquenté Drys pendant un temps, et j’ai adoré ça.

Tout chez lui m’éblouissait, surtout ses talents humains de type sympathie, empathie, intelligence, sociabilité, sensibilité.

Seulement voilà, impossible de lui avouer mon inclinaison. Trop peur d’une non-réciprocité, trop de fierté mal placée. Et surtout, je suis en couple avec un Allemand rencontré en Inde, qui fait du skate et me fout la paix.

C’est à peu près tout ce que je lui demande.

Alors avec Drys, on s’est dit qu’on resterait amis. Ce qui signifie en réalité : on ne se voit pas, mais on s’écrit à intervalle régulier d’environ deux semaines.

Pourtant ce matin, il m’a proposé un apéro suivi d’une séance de ciné tardive. L’objectif : rattraper le temps perdu et se donner des nouvelles + partager notre passion commune pour le cinéma.

Un jour de septembre 2014, 22h…

Après un apéritif d’une affligeante banalité lors duquel nous n’échangeons que des poncifs sur la météo et la rentrée scolaire, nous allons au Balzac.

Je sens Drys gêné, presque triste. Je fais mine d’ignorer son état.

J’ai hâte de voir Les Rencontres d’après minuit, avec Kate Moran, Niels Schneider, Béatrice Dalle, et Éric Cantona, que j’attends comme le messie depuis des mois.

Assise dans la petite salle de cinéma où nous sommes 6, je regarde Drys une dernière fois avant le noir. Trop occupé à ingérer les bandes-annonces des films d’auteur français, il ne m’écoute pas râler sur leurs prétendues prétentions.

J’ergote pour masquer mes idées troubles. Car ce soir, je le trouve plus beau que d’habitude.

Le film commence, et tout s’emmêle. Les paroles, les corps, les plans, et surtout mes idées. Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une partouze…

Ma respiration s’accélère.

Sont attendus des personnages qui semblent tous sortis de comptes érotiques : La Chienne, La Star, L’Étalon et L’Adolescent. Les créatures de nuit de Yann Gonzalez s’entrelacent sans pudeur mais avec élégance.

J’ose un regard vers Drys, qui me le rend aussitôt. Je tourne la tête, et j’ai la tête qui tourne.

Comme dans Les Rencontres d’après minuit, nos relations ne sont pas de simples parenthèses charnelles. Il y a autre chose entre nous. Des idées, des réflexions, de la poésie dans les échanges, de la fureur dans les débats.

L’érotisme intelligent et finalement presque amoureux de ces rencontres parisiennes à l’écran active ma machine à penser. Je tente une main ouverte sur l’accoudoir, pour que Drys y loge la sienne.

Mais ses mains restent jointes et son regard fixé aux images psychédéliques. Toutefois je crois déceler quelque chose, une intention tendre de son corps au mien. Une émotion passe qui n’a pas besoin d’être exprimée par un geste ou un regard.

Une sorte d’énergie que j’accueille, sans qu’elle me fasse sortir du film.

Là, à presque 23 h, devant une partouze, je constate deux choses.

  1. Les orgies peuvent être poétiques.
  2. Je suis amoureuse.

Lundi 20 août, midi

Cette année est la quatrième que je passe à dormir sur le canapé-lit de Drys. Les ignobles rideaux verts anis ont été remplacés par des rideaux de velours bleu ciel, et l’appartement est rempli d’osier.

Je suis chez moi désormais, dans ce studio du fin fond d’un 18ème qui « sent la pisse ».

Quatre ans que je chéris ce moment charnière, dans le petit cinéma qui jouxte un café peint du même bleu que mes rideaux. Quatre ans que j’ai failli passer à côté de la plus belle de mes rencontres.

Aujourd’hui je dois beaucoup à Yann Gonzalez, qui vient de sortir un nouveau film tout aussi génial mais tourmenté : Un Couteau dans le coeur.

Je lui dois une vie d’amour simple et évident, l’exploration d’un monde à deux, et les joies de disputes relatives au ménage.

Il me faut reconnaitre aujourd’hui qu’une partouze a changé ma vie.

À lire aussi : La rencontre la plus romantique de ma vie, sur un toit en Inde

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Commentaires
  • Leshayaa
    Leshayaa, Le 24 août 2018 à 17h02

    Ce que j'ai retenu: une randonnée à pic rue Caulaincourt? Mais t'as jamais pris la rue Lepic toi :yawn: + "randonnée de Levallois à 18ème, en métro an plus, y'a un seul changement CA VA QUOI ELLE ABUSE" (déformation de 25 ans de vie dans le 18ème haha dézo)

    Et puis après je me suis souvenue qu'on s'en foutait, que c'était clairement pas le propos et qu'en fait c'était plutôt marrant cette exagération, et au final c'est une bien belle histoire que tu nous contes là :jv:

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