Mon journal de bord au Togo #1 — Mémoire, entretiens et tragédie

Yannicke est partie au Togo pour étudier la façon dont les élites volent les terres des paysans pauvres. Voici son journal de bord, entre émotion et dépaysement.

Mon journal de bord au Togo #1 — Mémoire, entretiens et tragédie

Je m’appelle Yannicke , je suis étudiante en sociologie en Belgique. J’ai eu un parcours un peu bizarre ; j’ai fait mon bac (ma licence) en sciences politiques, avec quelques cours en agronomie sur le côté, et je suis passée en master socio cette année, tout en faisant un mini-diplôme en éthique (c’est-à-dire des cours de philo, de genre, des travaux sur l’éthique de l’enseignement, et caetera).

Avec tout ça, je ne savais pas quel sujet de mémoire choisir. Et puis un jour j’ai eu un cours sur l’Afrique avec un prof génial ; je lui ai demandé par mail s’il proposait des sujets de mémoire… et il m’a renvoyée vers ONG togolaise, en disant que je ferais une recherche chez eux, sur l’accaparement des terres par les élites. Ah bon !

Après BEAUCOUP de paperasses, je suis arrivée au Togo le 10 juillet, pour un séjour de 6 semaines et un sujet de recherches encore à découvrir.

C’est là !

Pour faire court, l’accaparement des terres, c’est quand quelqu’un achète beaucoup de terres à des fins spéculatives (pour faire monter les prix) ou d’exportation massive, de manière souvent pas tout à fait légale (en expulsant des gens).

On a toujours l’idée des accaparements entre pays (genre Madagascar qui vend des milliers d’hectares à la Chine, mettant plein de paysans dans la m…), mais le phénomène sur lequel moi je bosse, c’est l’accaparement par des élites : des ministres, des juges, des hauts fonctionnaires, des étrangers riches… qui achètent des terres sur lesquelles d’autres cultivent.

On pourrait dire « ils les achètent, donc où est le problème ? ». Le problème c’est que ces gens font peur, et ils ne laissent pas le choix ; soit tu acceptes un prix ridicule, soit tu files en prison sans rien. En plus, souvent, les ventes se concluent entre l’acheteur et un juge, un géomètre… quelqu’un d’autre que le propriétaire, en somme.

Tout ça, je l’ai découvert en arrivant, et je raconte ça ici. J’ai envie que ça soit plus connu comme phénomène, sans savoir si ça peut vraiment servir à quelque chose. Bonne lecture !

Ce texte est le récit au jour le jour de mon séjour au Togo en juillet-aout 2013, dans le cadre de mon mémoire de sociologie sur l’accaparement des terres. Je n’ai rien réécrit, je tiens donc à souligner au fluo indélébile à paillettes que ce sont des réflexions, des instantanés de ce que j’ai vécu et senti là-bas.

Ceci n’est pas un portrait du Togo ; je n’ai pas vu tou-te-s les Togolais-es, ni tout le Togo, et quasiment tout ce que je faisais était en relation avec ce sujet affreux qu’est l’accaparement des terres. Donc attention, c’est un peu comme si je racontais mes observations des centres DDASS français ; ce n’est pas le visage du pays mais une de ses sombres facettes.

On peut retenir aussi en lisant ces articles qu’on peut y voir l’évolution de la compréhension d’une jeune blanche (« yovo ») du Togo et de la manière de penser des Togolais rencontrés ; j’ai essayé de toujours maintenir un regard étonné sur tout ce que je voyais, tout en accumulant des clés pour le comprendre le mieux possible.

Comme on me l’a demandé dans les commentaires, j’explique rapidement le protocole de recherche : je suis arrivée au Togo le 10 juillet, sans en savoir plus que le titre de la recherche et le nom de l’ONG qui me filerait les contacts et à qui je remettrai mon mémoire (ils font une recherche en plusieurs volet sur le phénomène, je fais l’un des volets).

Je suis restée cinq jours à Lomé chez cette ONG à préparer un « guide d’entretien » (des questions ouvertes, qui me permettent de cerner le phénomène au cours d’une conversation informelle, avoir toujours de quoi relancer/rediriger la conversation, etc.).

Avant mon arrivée, l’ONG avait prévenu deux villages que j’allais venir leur poser des questions sur ce qu’ils vivaient au niveau des vols de terres, que ceux qui voulaient pourraient venir me parler. Il n’y avait donc pas de prise de rendez-vous à proprement parler ; au Togo c’est pas trop la norme.

Le 15 juillet donc, j’ai quitté Lomé, l’ONG m’a présentée aux chefferies des deux villages et m’a installée à mi-chemin entre ceux–ci (à Kpalimé), pour quatre semaines de recherches, chez Séverin, qui serait mon traducteur-chauffeur (et pote, aussi).

Durant ces quatre semaines, j’ai découvert mon sujet de recherche : je suis d’abord allée rencontrer en cachette des gens d’un premier village, terrorisés par des espions des acquéreurs, mais qui voulaient parler. Ensuite, j’ai passé trois semaines dans un autre village concerné par le phénomène, où, même si les gens vivaient dans une grande précarité, ils n’avaient pas peur. J’avais pour traducteur l’instituteur du village, puis une amie togolaise.

J’ai évidemment entre-temps réécrit de fond en comble mon guide d’entretien, j’ai essayé de comprendre les mots utilisés dans  la langue locale, je me suis renseignée sur les coutumes… La dernière semaine d’enquête, je suis allée une dernière fois voir les gens des deux villages, puis remercier les chefferies.

Ensuite, il me restait une semaine à Lomé pour écrire un compte-rendu provisoire pour l’ONG, avant de rentrer en Belgique (et de pleurer pendant des heures comme une dinde, mais c’est pas dans le protocole de recherche).

Jeudi 19 juillet : un peu de repos « chez Fanny »…

Aujourd’hui on est jeudi 19 juillet, il est 20h. J’en suis seulement à deux jours d’entretiens, mais je suis tellement éreintée que j’ai été me payer le luxe de souper « chez Fanny », un hôtel-restaurant européen à deux pas de la maison de Séverin.

La fin de journée a été si belle que j’ai ri toute seule, car oui j’étais seule, trois serveurs me guettant du coin de l’œil. Trempée parce que je suis venue en zemzemidjan », moto-taxi) sous la mousson, puant de ma journée démarrée à 6h, je sirotais mon vin blanc, droite comme un i, sur une table nappée, avec un fond de musique cubaine.

Les zémidjans (source)

J’ai mangé mes crevettes au curry et mes frites comme une petite chatte, savourant le moment, sourire au lèvre, j’ai presque eu un rire nerveux en allant aux toilettes (des toilettes ! Avec une chasse ! Sans mauvaises odeurs !). Je pense avoir rarement mangé aussi délicatement, j’aurais eu envie de partager ce moment avec la Terre entière.

Kpalimé, chez Séverin

Ah, hier et ce matin c’était autre chose ! Je suis bien logée ici à Kpalimé, près de la frontière du Ghana, chez Séverin, mon chauffeur-traducteur. Sa femme est adorable, ils habitent un espèce d’habitat groupé : une cour commune en béton, très propre, sur laquelle donnent plusieurs pièces.

Une maison à Kpalimé

Chacun en a une (j’en ai une qui était libre), il y a deux latrines et deux « douches » (un espace en béton pour se verser de l’eau dessus avec un seau), deux cuisines et un puits. Un vrai puits, où il faut lancer un seau et tirer l’eau pour la douche. Je trouve ça tellement plus cool qu’une pompe, je me trouve moi-même adorable (faut bien que quelqu’un le fasse).

Premiers entretiens avec les habitant-e-s

Je suis arrivée de Lomé mardi soir, crevée à un point que je pense n’avoir jamais atteint (ça faisait seulement cinq jours que j’étais au Togo). Le mercredi après-midi, premiers entretiens à Avé*, où les gens de Sou* se déplacent pour témoigner.

Cruche que j’étais, je comprenais pas — et même, je m’insurgeais, parce que cet échantillon ne serait pas représentatif (tout le monde ne peut pas se permettre de faire le trajet !). Le premier entretien m’a fait saisir mon erreur.

Le vieil homme était tendu, regardant partout autour de lui. Racontant son histoire, il finit sans le savoir par me foutre un sacré coup au moral tandis que je tente vaille que vaille de lui extorquer les informations dont on a besoin.

Les soldats sont venus, les palmiers ont disparu

Cet homme, de plus de 60 ans, a vu un jour débarquer des soldats, qui l’ont jeté trois mois en prison pour occupation frauduleuse de terres et ont coupé les palmiers de sa parcelle, qui le faisaient vivre et lui avaient permis de mettre ses enfants à l’école.

Son champ est gardé en permanence par des soldats, il cultive une parcelle minuscule ailleurs, beaucoup d’habitants sont partis, et des mouchards se sont installés au village, vivant de délations ; si quelqu’un est vu en train de parler de cette affaire, ils téléphonent à l’acquéreur, qui peut envoyer l’homme en prison.

Lui, comme les deux suivants, est venu contre l’avis de sa femme, consciente qu’aucun membre du couple ne survivrait (littéralement) à une remise en prison. Mais il est venu quand même, parce qu’il n’avait plus assez pour manger, parce que ses enfants n’avaient plus d’avenir, et il est prêt à risquer sa vie pour que quelque chose aboutisse.

Qu’est-ce que ça allait régler, que faisait-on au juste, pourquoi risquait-il sa vie ?

Quatre ans de primaire pour un repas « chez Fanny »

Ce mémoire, c’est une recherche de longue haleine qui n’aura sans doute pas grand poids vu la corruption, et pour moi c’est un moyen d’avoir mon diplôme, égoïstement. Et d’ailleurs, j’hésite à claquer en une soirée ce que vous coûte la mise à l’école de vos quatre enfants, juste pour manger européen…

Je ne pouvais pas m’empêcher en l’écoutant de me sentir coupable, de m’imaginer aller casser la gueule à ce ministre, de lui mettre sous les yeux cet homme brisé et courageux, je me demandais si en tant que Belge il risquait vraiment de m’arriver quelque chose…

L’école primaire coûte 1500 CFA/an dans le public, 30 000 CFA/an minimum dans le privé. Chez les paysans, c’est le public, mais dès qu’un parent le peut, il met ses enfants dans le privé. Mon dîner « chez Fanny » jeudi soir a coûté 7500 CFA, soit 11,5€, pour des crevettes au curry, des frites, deux verres de vin blanc et un verre d’eau.

Le témoin suivant, c’est la même histoire. Je suis impressionnée, je me déteste de les pousser, de leur demander froidement de bien chercher quelles conséquences cet accaparement a pu avoir, à quel point c’est horrible, s’il n’y a rien d’autre que le fait de ne pas avoir assez à manger (pire question de ma vie), etc.

Des journées éprouvantes dans un cadre inconnu

Ça, plus le trajet, le climat, la bouffe, les sanitaires, des règles imprévues (ouaiiiiis), j’étais épuisée et vraiment mal, paniquée à l’idée d’aller au village la semaine prochaine, sans savoir où je vais, sans savoir s’ils ne vont pas me cuisiner des trucs que je ne digèrerais pas, sachant que ce village est à 26 fichus kilomètres en pleine jungle (donc si j’ai un pépin, tant pis pour l’ambulance)… Jeudi matin, j’étais dans un état lamentable. Même Séverin l’a vu.

Muse en plein milieu de Kpalimé !

À midi, j’ai dormi une heure, j’étais bien mieux après, et les entretiens étaient moins éprouvants. À cause de la mousson, trois personnes ne se sont pas déplacées : journée finie à 16h. Et comme à midi, Séverin avait remarqué mon état (« Ta physionomie là, ça ne va pas hein, tu n’es pas bien ! »)… et m’avait dit que je devais me reposer, qu’on allait annuler deux rendez-vous, j’étais joyeuse comme un oisillon.

On papote sur le chemin du retour qu’on fait en zem à toute allure, je lui fais écouter ma musique, il me dit qu’il veut que je lui apprenne le rock, que je lui passe des chansons. Une fois arrivés, je lui donne ma carte mémoire, pars discuter avec sa femme à la cuisine, puis…

D’un coup, à Kpalimé, au Togo, alors que je regarde une femme accroupie faire de la pâte de maïs sur un four en glaise et que je me demande si je ne devrais pas aller remettre de l’antimoustique, j’entend résonner Muse, puis Ignition de Brian Setzer !

C’était tellement incongru que j’étais morte de rire. Essi (sa femme) et moi, on va voir Séverin, qui écoute, sérieux comme un Pape, et on commence tous les trois à remuer en rythme, puis j’apprend une passe de rock à Séverin. C’était tellement… à la fois tellement cliché, et tellement fou !

Petits problèmes de femmes

Les règles, l’épilation et la danse, ponts d’universalité. Ah oui, parce que drame national : les femmes togolaises se font les sourcils « à la lame » — comprenez donc que la pince à épiler n’existe pas. Et j’ai oublié la mienne.

Et ça, madame, ça m’inquiète autant que la diarrhée ou le palu. Et si je revenais avec un monosourcil, et que lors de l’épilation salutaire en Belgique, ça me faisait une marque de bronzage, hein ?

HEIN ?!

Comme ils disent tous, ce jeudi soir je suis convaincue que « ça va aller »… même si j’ai la nausée rien qu’à l’idée de manger au village.

Dans la jungle, terrible jungle…

Parenthèse jungle. La moto a eu un pépin au retour d’Avé* (une heure de trajet, deux à quatre fois par jour), on s’est arrêté deux minutes, et pour la première fois j’étais sur la route — ni dans une bagnole, ni sur un zem.

Ce silence, cette oppression de l’immensité verte, avec des lianes, des tecks aux feuilles plus grandes que ma tête, ce léger bourdonnement incessant de milliers d’insectes, et les montagnes autour, couvertes de végétation, mousse vert sombre ininterrompue, parfois juste tranchée par un arbre géant au tronc argenté, montagnes dont le sommet est invisible, caché par les nuages de la mousson…

J’ai failli paniquer. Je ne me suis pas sentie en sécurité ou émerveillée, mais vulnérable comme jamais, perdue, minuscule dans cette immensité, priant la moto de démarrer (ce qu’elle a fait, d’ailleurs).

Vendredi : une matinée de « repos », une après-midi d’ennui

Vendredi, 16h. J’ai pris ma matinée de repos : j’ai fait ma lessive sous le commandement de Germaine, guide touristique qui habite une des pièces de la maisonnée et qui parle un excellent français.

Discuter m’a fait du bien, elle est très compréhensive. Mais j’ai cinq phalanges presque en sang d’avoir fait cette lessive, et bien mal au dos. Une fois encore, je suis gênée en pensant que je serai contente d’avoir fait ça, une fois que je serai confortablement en train de trier mes couleurs devant ma machine…

Je suis à Avé*, et heureusement que j’ai pris mon ordinateur : on était censés interroger deux personnes de 14 à 17h, on n’a toujours vu personne. Séverin pense que demain, personne ne viendra : les gens ont trop peur. Je me fais à cette idée, mais c’est tellement… obscène, cette différence entre la liberté dont on dispose chez nous et cette peur, cette vulnérabilité ici.

Peut-être que demain, en rentrant des champs, ils feront tout de même un détour.

Vendredi soir : une ombre dans la nuit

J’ai été à une soirée, et en partant, il m’est arrivé un truc assez bouleversant. Après avoir hélé un zem (à 20h, il faisait déjà nuit noire) et avoir discuté le prix, je monte à l’arrière. Et là… il ne démarre pas.

Je regarde devant, et je vois surgir du noir un ket (« gamin », en belge) d’une quinzaine d’années, nu, qui boite et traverse la route en souriant, le regard halluciné dans la lumière des phares.

Je demande au chauffeur s’il le connaît. Non. Je lui dis que je l’ai déjà vu deux fois, sur la route entre Agou et Kpalimé, nu, marchant seul. Il me dit que c’est sûrement un fou.

Le temps d’échanger ces deux phrases, le gars est devant la moto et s’approche de moi. Je dis à voix basse « Démarrez ! Démarrez ! ». Le zem réagit enfin, et quand le moteur démarre, le gamin attrape mon sac, faiblement, heureusement : je n’ai eu qu’à donner une secousse pour le récupérer.

Deux secondes après, ce gosse halluciné était happé par la nuit. J’en ai encore une peur et une pitié forte : qui c’est ? qu’est-ce qu’il a ? Un fou ? Il avait l’air blessé…

Samedi : quatre entretiens, une mauvaise nouvelle

Quatre personnes en entretien, dont une femme et deux jeunes filles, pour quatre heures d’échange non-stop. « Je suis venue demander de l’aide parce que je n’arrive pas à nourrir mes enfants ». « Je suis venue à la place de mes parents parce qu’ils ont peur et que je veux continuer mes études ».

Au moment de partir, j’apprends que la première personne qu’on a interrogée a été appelée par l’acquéreur ; il risque de retourner en prison. À 63 ans. Parce qu’il a dit qu’on lui avait volé ce que trois générations avaient mis à construire, ce qui était supposé faire vivre toutes les générations suivantes. Au final, il a été « simplement » menacé… pour cette fois.

*Plusieurs noms de villes ont été modifiés afin que les personnes ne soient pas identifiables.

 Yannicke reviendra vous conter son séjour au Togo !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Salvia
    Salvia, Le 2 octobre 2013 à 16h33

    J'arrive un peu tard, il m'a fallut du temps pour bien digérer toute la discussion et prendre du recul.

    Si je t'ai bien compris @ladystardust, tu reproches à l'auteur son misérabilisme et son regard néo-colonialiste, c'est bien ça?

    Quelle définition donnes-tu au terme "misérabilisme"?

    Le Larousse dit: "Tendance à insister sur les aspects les plus misérables, pitoyables de la vie sociale" tandis que wikipedia explique: "attitude qui consiste à « [...] ne voir dans la culture des pauvres qu'une pauvre culture. »
    Cette notion renvoie plutôt à une vision péjorative de la pauvreté, le pauvre étant vu comme victime de sa situation et dépourvu d'outils pour s'en sortir."
    Je ne sais pas quelle définition est la bonne mais il me semble qu'elles ne disent pas la même chose.

    Dans le premier cas il est vrai que le terme est approprié puisque l'auteur de l'article explique qu'elle à choisit de se concentrer sur ce sujet en particulier qu'elle a cru bon de médiatiser (elle s'est donc concentré sur un aspect "misérable" de la vie togolaise). Par contre je ne suis pas certaine que la deuxième définition soit juste. En tout cas l'article ne nous donne pas suffisamment d'éléments pour conclure que l'auteur ne voit dans le Togo qu'un pays pauvre.

    Concernant le regard néo-colonialiste ça me fait penser à ma propre expérience. J'ai vécut quelques temps en Afrique où j'ai pu discuter avec certaines femmes de l'excision. En tant qu'européenne féministe, l'excision m'apparaissait comme quelque-chose d'atroce qu'il fallait absolument combattre et j'ai été très étonnée d'entendre ces femmes me dire "l'excision fait partie de notre culture et nous y sommes attachées. Cela ne nous empêche absolument pas de coucher avec nos maris et nous en avons assez de ces blancs qui cherchent à nous imposer leur culture tout en rabaissant la nôtre." J'avoue que j'en suis restée abasourdie et il m'a fallut un peu de temps pour admettre que OUI mon attitude et mon raisonnement étaient très proches de ceux des colons. Je croyais que ce que qui était néfaste pour moi était forcément néfaste pour les autres et que ces femmes devaient en souffrir alors que de toutes évidence: ce n'est pas le cas. Évidemment, je continue à penser que l'excision n'est pas une bonne chose et que le discours de mes interlocutrices était forcément influencé par le patriarcat (Mais là encore je juge avec mes yeux d'européenne) mais je respecte le fait que ces femmes le vivent bien.

    Il me semble que la situation que l'auteur décrit est différente puisque ce sont les togolais eux-même qui dénoncent le problème et qui espèrent une aide. Alors évidemment on pourrait s'interroger: pourquoi ces gens se tournent-ils vers cette madmoizelle? pourquoi pensent-ils qu'elle peut avoir une influence? s’imaginent-ils que les blancs sont capables de résoudre leur problèmes (là c'est moi qui extrapole mais on serait en plein de le misérabilisme décrit par wikipedia) et si oui à quoi est-ce dû? La culture africaine est très complexe et très éloignée de la nôtre, il faudrait faire des études très poussées pour bien la comprendre.

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