Tiny Furniture et la mouvance du mumblecore

Aura, étudiante en cinéma, vient d’être diplômée. Elle est de retour dans le loft familial à Tribeca avec sa mère, photographe et sa sœur, lycéenne prometteuse. De ses études, il ne lui reste qu’une vidéo plus ou moins expérimentale sur Youtube et la nécessité de trouver un boulot rapidement. En contact avec sa copine de […]

Tiny Furniture et la mouvance du mumblecore

Aura, étudiante en cinéma, vient d’être diplômée. Elle est de retour dans le loft familial à Tribeca avec sa mère, photographe et sa sœur, lycéenne prometteuse. De ses études, il ne lui reste qu’une vidéo plus ou moins expérimentale sur Youtube et la nécessité de trouver un boulot rapidement. En contact avec sa copine de la fac avec laquelle elle est censée emménager sous peu (façon Ghost World), Aura se remet en question, trouve un job d’hôtesse, renoue avec une ancienne amie et essaie d’encaisser sa récente rupture avec son petit-ami. En résumé, comme l’annonce l’affiche du film, « Aura would like you to know that she is having a very, very hard time. »

Tiny Furniture est le prétexte idéal pour parler du mumblecore, genre ou mouvance du cinéma indépendant américain, né au début de la décennie 2000 et en fin de compte assez difficile à circonscrire. Tiny Furniture est idéal car c’est un assez bon film, donc une bonne introduction – qui plus est assez humble et drôle – à un courant cinématographique qui donne parfois envie de s’arracher les cheveux.

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Le mumblecore, quézako ? Des films souvent faits par des anciens étudiants en cinéma et leurs copains, des films sans réelle intrigue, sinon le désarroi de ces jeunes diplômés livrés à eux-mêmes et leurs problèmes sentimentaux. Des films nourris du quotidien et surtout de longs dialogues naturalistes (parfois improvisés) qui sont la substance, le propos, le mouvement même du mumblecore.

Le terme est né aux alentours de 2005 au Festival South by Southwest d’Austin, Texas, par l’intermédiaire du réalisateur Andrew Bujalski qui est l’une des principales figures du genre. Entre nous, l’intérêt des films de Bujalski est discutable. Funny Ha Ha (2002), LE film référence du mumblecore, est l’histoire d’une jeune femme, de ses problèmes sentimentaux et de son manque d’ambition professionnelle ; c’est un bon moyen de démarrer avec le genre, un film porté par son interprète principale, un film subtil, amusant sur la détresse de cette jeunesse-là. Beeswax (2008), l’histoire de deux jumelles dont l’une est en fauteuil roulant est excellent – mais pourquoi ? Parce que les dialogues sont prenants et authentiques, les caractères forts et les situations souvent saisissantes.

Ces deux films sont l’exemple de ce que le mumblecore peut faire de bon. Malheureusement, ce n’est pas tout : pour rester avec Bujalski, parlons de Mutual Appreciation (2005) et Hannah Takes the Stairs (2007, film essentiellement improvisé, réalisé par Joe Swanberg, et dans lequel Bujalski a un rôle assez important). Deux échecs : lassants, répétitifs, en somme aussi plats que peut l’être la vie – sans le style et la richesse des films cités plus haut.

La recette du mumblecore serait donc celle-ci : le quotidien et ses dialogues, le désarroi (jamais pleurnichard) d’une jeunesse qu’on oublie souvent (elle n’a pas sa place dans le teen-movie, ni dans les crises des trentenaires), l’auto-dérision (dans le meilleur des cas), un petit budget. Ce sont des films faits en famille ou entre copains – les acteurs se retrouvent en général d’un film à l’autre. A l’horizon du mumblecore, tout le monde sera d’accord pour placer Slacker (1991), le meilleur film de Richard Linklater, qui passe en revue la jeunesse d’Austin dans son quotidien le plus brut – une véritable capture de ce qu’est la jeunesse de l’époque. En somme, c’est ce qu’espère reproduire le mumblecore aujourd’hui, avec une structure plus traditionnelle.

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Tiny Furniture, bourré de défauts, est toutefois un film attachant. Parce qu’il respire le naturel, les petits moyens, le cinéma DIY (ce qui pourrait être le petit nom du mumblecore). Lena Dunham se filme et filme sa mère, sa sœur dans leur loft – on ne veut pas tant savoir si leurs relations sont à l’écran telles qu’elles sont dans la vie que se dire qu’il faut un sacré cran pour embarquer sa famille dans une telle entreprise et se montrer nue (sens propre et figuré) au monde.

Le film est drôle, parfois un peu prétentieux – mais suffisamment incongru, original et courageux pour être tout ce qu’il prétend être : attachant – le mumblecore enfin agréable, en somme.

Les mumblecore à voir

Slacker, de Richard Linklater (1991) : l’ancêtre du mumblecore qui, dans les rues, les bars et les intérieurs d’Austin, suit la jeunesse de l’époque discuter de tout et rien en se passant le relais.

Beeswax et éventuellement Funny Ha Ha d’Andrew Bujalski (2008 et 2002) : l’attachante histoire de deux jumelles, vraiment captivante ; ou le film qui est considéré comme le premier du genre, sur le désarroi d’une jeune fille comme vous et moi.

Tiny Furniture, succès au Festival SXSW 2010, sortie aux Etats-Unis ces jours-ci, qui vaut le détour.

Cold Weather, d’Aaron Katz (2010) : quand le mumblecore donne dans le suspens. Dans une petite ville de l’Illinois, Doug se met à la recherche de son ex disparue mystérieusement. Enquête façon naturaliste. Pas mal !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Elise
    Elise, Le 17 décembre 2010 à 11h05

    Super article, j'en veux d'autres comme ça.

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