J’ai testé pour vous… avoir zéro capacité de concentration

La concentration n’a jamais été le super-pouvoir de Sarah, qui fait partie de ces gens qui préfèrent regarder les oiseaux plutôt que la route. Mais ça s’apprend. Histoire d’une capacité de concentration similaire à celle d'une crevette en apnée.

J’ai testé pour vous… avoir zéro capacité de concentration

J’ai beau un peu trop aimer les métaphores à base de crevettes et avoir peur du cirque, je suis une fille majeure qui a les pieds sur terre. Non, vraiment. J’irais même jusqu’à dire plutôt responsable, dans le sens où je me nourris convenablement (coucou maman) et n’ai jamais balancé des documents administratifs très importants à la poubelle en voulant faire le ménage. Ah, je vous sens un peu plus admirati-f-ve-s, là, déjà.

Mais voilà… Avoir les pieds sur terre n’est qu’un trop bon prétexte pour avoir la tête dans les nuages, et parfois, je ne suis pas très efficace. Parce que je pense à autre chose. Parce que la feuille morte en arrière-plan a attiré mon attention. Parce que j’ai faim. Parce que le modem dans ma tête a encore perdu le réseau. Bref, vous avez compris l’idée : j’ai le cervelet un peu poète et la concentration qui cherche le wifi.

Oui, voilà, un peu comme ça.

Cela dit, attention, il y a une différence entre avoir le pois chiche qui bade, et avoir de véritables problèmes de concentration : le « trouble du déficit de l’attention », ou TDA, est un vrai trouble psychiatrique dont on ne parlera pas dans cet article, tout simplement parce que je ne suis ni concernée, ni qualifiée pour le faire. Quand je compare ma capacité de concentration à celle d’une crevette (retenant sa respiration), je parle de ce comportement de « rêveur », qui épuise les instituteurs et concerne, je pense et espère, beaucoup plus de monde !

Car où avons-nous tous la tête, parfois ? Encore que, je ne sais pas vous, mais si ce n’est toujours pas la fête à mémé, mon pois chiche et moi-même avons fait énormément de progrès depuis ce temps béni où je portais des couettes.

« Toute petite, déjà… »

À ce moment-là, le problème était pour faire efficacement mes devoirs et, surtout, apprendre mes leçons. Soyons honnêtes deux secondes : il n’y a rien de plus laxatif que de devoir bêtement enregistrer que le corbeau avait en son bec une carotte et que trois fois quatre égal dix, on est d’accord. Surtout quand il fait beau dehors, qu’on a une nouvelle idée de truc à enterrer dans le jardin, ou qu’on sait que quelqu’un a loué une nouvelle K7 (vos gueules, les jeunes).

L’intérêt étant parti faire la danse des canards depuis longtemps, il devient plus compliqué de se concentrer sur les quelques lignes dans le cahier vert à retenir (et d’abord, pourquoi c’est le cahier vert, pour la grammaire ?). La chance, c’est que mes parents étaient convaincus qu’il fallait commencer par comprendre un texte avant de l’apprendre. Le manque de chance, c’est le plafond me paraissait quand même plus fascinant que Pépin le Bref.

« Bored. » »

Je me souviens encore des tentatives de ma mère pour m’obliger à me concentrer. Si on passe les quelques « tu m’écoutes, là ? » persévérants, les « HÉ HO je suis là ! » qui ont des allures de réveil-matin, et les perfides « qu’est-ce que je viens de dire ? » (une chance sur trouze mille, c’est beaucoup trop pour répondre au pif)… elle essaya — au moins deux fois — de me soumettre à une innocente méthode de concentration qui, encore aujourd’hui, prend le goût amer de la torture dans mon esprit nébuleux de gosse ingrate.

Il fallait que je me tienne assise normalement (« pff »), le dos droit (« mais aïeuhh »), et que je regarde droit devant moi (« où ça ? ») pour fixer un point, un seul (« pourquoi celui-là, pourquoi pas à côté ? »). Et ne plus bouger (« j’ai pipi »). L’exercice était d’un ennui mortel, qui m’obligeait à m’accrocher de toutes mes forces à mon âme avant que celle-ci ne parte voir en des contrées moins hostiles s’il y avait une petite place pour elle.

Au fond, je comprends l’idée : forcer mon cancre surexcité de cervelet à se focaliser sur un seul point à la fois est un travail qui aurait pu lui apprendre à faire ça plus souvent et plus vite par la suite. Un peu comme dégager son bordel sur son bureau pour travailler dessus. Mais, peut-être parce qu’elle n’était pas tout à fait adaptée, ou peut-être par esprit de contradiction chronique, la technique ne prit pas sur mon pois chiche spongieux.

Au contraire, l’entreprise me confondait de questions. Pourquoi je dois faire ça pour de la grammaire ? Quel rapport entre la poignée de la fenêtre et les pronoms personnels je sais plus trop quoi ? Est-ce que le dos droit ça aide à mieux voir ? Qu’est-ce qu’elle a cette poignée ? C’est pas un peu chiant de faire ça ? Est-ce que maman me regarde pendant que je regarde la poignée ? Est-ce que si je regarde elle va s’énerver ? Ça rentre dans les droits des enfants, cette histoire ? Tiens, il y a une tache sur le rideau…

Elle est chou (non).

À la fin, si je ne ronflais pas, j’avais un peu oublié à quoi j’étais censée réfléchir. Ni si je devais réfléchir à quelque chose en particulier. Pardon maman.

« Imagination fertile », « rêver sa vie », ou je-m’en-foutisme

J’ai, depuis, trouvé un moyen pour apprendre mes leçons — ou au moins pour faire croire que j’avais appris mes leçons — et pourtant, même en ce moment précis, mon regard s’est posé sur l’en-tête de mon propre article et les questions existentielles m’assaillent : une crevette peut-elle faire de l’apnée ? Est-ce que ça l’empêche seulement de se concentrer ? Ça se concentre, une crevette ? Qu’est-donc ma vie devenue ?

Où voulais-je en venir lorsque j’ai commencé à écrire ce paragraphe ?

Ah oui.

Si en grandissant, j’ai accepté l’idée qu’il me fallait un peu moins me prendre pour Wonder Woman, et un peu plus regarder avant de traverser pour éviter les voitures qui étaient plus fortes que moi, mon pois chiche avait gardé un peu de sa tendance à flâner dans son jus. Je jouais moins à avoir un sabre laser, mais je pensais à beaucoup de choses à la fois, qui n’étaient pas non plus d’une utilité folle sur le moment. Ni au quotidien.

En soi, ça pourrait être utile de se demander ce qu’on ferait ou pourrait faire si un terroriste débarquait dans la bibliothèque une Kalachnikov dans chaque main. Mais pas pour finir la dissertation à rendre demain, celle-la même qu’on fixe dans le blanc de sa page depuis une petite heure. Taux de productivité : 2% (pour avoir réfléchi à apprendre le krav maga sur YouTube).

« Tiens mais je suis pas au parc ? »

Sans compter le nombre de fois où je manque la bonne sortie, à réfléchir à toutes les manières dont je pourrais tomber dans l’escalier du métro et ainsi mourir (comme me fouler la cheville et m’écraser tout en bas, mes bouquins plantés dans le crâne en une dernière ode ironique à ma tête trop légère).

Ah oui, parce que les nuages ou les trucs qui n’existent pas, figurez-vous que ce ne sont pas de bons points de repère à prendre pour ne pas se perdre. Eh non. J’ai encore parfois cette sale manie de partir dans ma tête alors que je marche dans une ville que je ne connais pas si bien que ça… Et croyez-moi, toute épique que soit l’aventure qui vient de se dérouler dans votre imagination, ce n’est pas votre nouvel héroïsme qui va vous expliquer ce que vous fichez, exactement, en face d’un lac, et votre sentiment de victoire va se prendre une baffe dans sa gueule qui s’appelle la réalité.

Il paraît que quand on s’ennuie, on a tendance à se tourner vers des histoires plus intéressantes, qu’on se raconte soi-même. C’est peut-être ça, qui nous déconnecte de la réalité décevante qu’on traverse — un peu comme l’illustre ce cher Walter Mitty qui, dès qu’il a trouvé quoi faire de sa vie pour la trouver captivante, cesse peu à peu de rêver en plein jour. Un peu, aussi, comme mon je-m’en-foutiste de cervelet se tourne vers d’autres horizons alors que quelqu’un me parle…

Et la crevette respira

Aujourd’hui, je dirais que je bade moins. Que les romantiques dans la salle ne se disent pas que c’est triste : je rêvasse toujours, comme tout le monde, mais je suis capable de me concentrer sur une tâche, même si celle-ci ne me passionne pas ou n’est pas aussi fantastique qu’un combat de magiciens, par exemple (au pif).

Pour autant, je m’en voudrais de vous sortir que la morale de cette histoire, c’est que la vie réelle c’est pas drôle et qu’il faut faire avec. Paie ton article dépressif, hein. Mais déjà, voilà, si j’arrive à vous pondre ce genre d’article de façon quotidienne, c’est bien qu’à un moment ou un autre, j’ai réussi à me mettre dedans. À me focaliser sur cette tâche-là en étant efficace. Et tu vas voir qu’après avoir écrit ça, je vais finir en retard.

Je ne sais pas si c’est une parade que j’ai trouvée, ou si j’ai juste mis du temps à comprendre comment ça marche, mais voilà : je travaille mieux quand je trouve un intérêt dans ce que je fais. Bon, écrire pour vous et vous parler de crevettes (sans que vous ne compreniez bien pourquoi, d’ailleurs), cher lectorat, nous sommes bien d’accord sur le fait que c’est un plaisir sans fin. Prenons plutôt le fait d’écrire un mémoire sur lequel on s’abîme les neurones depuis trop longtemps, ou remplir un dossier de demande d’APL. L’exaltation de l’esprit personnifiée.

Ambiance.

Ma manière de botter les fesses à mon cervelet avant qu’il ne parte déclamer des vers, c’est de le pousser à trouver un intérêt même dans les activités qu’il juge plus insignifiantes qu’une crotte de moustique passant le mur du son (encore qu’en fait, c’est intriguant comme concept, une crotte qui… pardon).

Je ne sais pas ce que j’aurais fait de cette « technique » avec mes leçons de grammaire… et je ne parviens toujours pas à rendre mon dossier de la CAF épique à mes yeux. Désolée. Mais en me focalisant, mettons, sur les sous qu’il peut y avoir à la clé plutôt que les galères, j’arrive à le finir plus vite. Une forme d’optimisme qui ne se détache pas entièrement de la réalité, en somme.

Maintenant, j’ai le problème inverse avec ce qui m’intéresse : quand j’écris ou effectue des recherches précises, je peux rentrer tellement dedans que je n’entends même plus ce qu’il se passe autour de moi, ni le marteau-piqueur dans la rue, ni les pigeons qui se prennent la fenêtre. Mais alors, quel est encore le problème, me direz-vous, un poil excédé-e-s ? Le problème, fougueux lectorat, c’est lorsque je relève la tête et replonge d’un coup dans la réalité.

Parce que, pas que je veuille balancer sur mon lieu de travail, mais arriver en plein dans une conversation où la dernière phrase lâchée est « BON, QUI S’OCCUPE DU PLUG ANAL POUTINE ? »… ça peut laisser des traces.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Madamebavarde
    Madamebavarde, Le 4 octobre 2014 à 13h52

    J'étais entrain de travailler, mon esprit a divagué. Non allez faut que je me concentre, tiens concentration ? Oh mais j'avais lu un article là dessus sur madmoizelle et si je le relisais, et me voilà entrain d'écrire sur le forum.
    Allez zou focus sur mes cours...

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