Tabous, l’émission fascinante de National Geographic

« Tabous » est une série de documentaires signés National Geographic qui nous fait découvrir des gens hors normes à travers le globe.

Tabous, l’émission fascinante de National Geographic

Suite à mon article sur l’agence de mannequins Ugly Models, j’ai été contactée par la Fox qui s’occupe de la distribution d’une série documentaire intitulée Tabous et diffusée actuellement sur la chaîne National Geographic (tous les vendredis à 21h35) – puisque j’avais utilisé un extrait de l’émission pour illustrer l’article.

On m’a donc proposé de visionner quelques épisodes pour me faire une idée du concept et vous en parler si j’étais convaincue – comme vous pouvez le constater, ce fut le cas.

Tabous est une émission aux sujets extrêmement variés, tous plus intéressants et fascinants les uns que les autres et exposés sous un jour relativement positif – sans jugement, éclairés par des spécialistes bien renseignés et qui offrent le beau rôle à tous les civils qui s’exposent sous leurs caméras. Comme l’indique la description officielle de l’émission :

Tabous explore les rituels, croyances et comportements les plus étranges qui existent. Des histoires extrêmes d’addictions, d’amour et de fantaisies, Tabous donne une vision sur les aspects les plus insolites et controversés du comportement humain. Voyagez à travers les cinq continents pour découvrir ce qui se cache derrière les sujets dits « tabous ».

Loin des émissions voyeuristes auxquelles on est habitué-e-s, Tabous offre un point de vue rafraîchissant et enrichissant sur chaque question abordée – et l’éventail des sujets proposés est extrêmement large. Chaque épisode se penche sur un thème illustré par trois à cinq cas différents, nous permettant de voyager à travers le monde et d’explorer chaque tabou sous des angles différents, dans des cultures différentes, avec des destins qui ne sont liés que par le sujet épineux dont ils se font les porte-paroles.

Les moches

Parmi les épisodes que j’ai eu la chance de voir se trouve le fameux sujet sur les moches – dont était extrait la vidéo que j’ai postée dans l’article sur Ugly Models. Et si j’étais sceptique au départ concernant le choix d’un tel nom pour une agence qui, au final, représente des personnes qui ne correspondent certes pas aux critères du monde de la mode tel qu’il existe aujourd’hui mais qui ne sont pas repoussantes pour autant, j’avoue comprendre un peu mieux la démarche de son créateur aujourd’hui. Si Marc French a choisi ce nom pour son agence, c’est avant tout pour valoriser cette différence, pour promouvoir une réappropriation du terme « moche » – tout en assumant une juste dose de provoc assumée à 100%. La « mocheté » devient alors une étiquette qu’on porte avec fierté.

Nous vivons dans un monde où la beauté est encore synonyme de réussite – des études prouvent que les gens beaux gagnent mieux leur vie, réussissent plus facilement dans le domaine professionnel et privé, et trouvent plus facilement un-e compagne-on plus attirant-e et instruit-e. À l’inverse, les « moches » gagnent moins d’argent et payent plus. (source : Daniel Mamermesh, professeur d’économie, intervenant dans l’émission).

Mais pour ceux et celles qui n’ont pas la chance de bosser pour Ugly Models, c’est tout de suite moins marrant. Comme par exemple pour Nathaniel, un jeune garçon de huit ans souffrant du syndrome de Treacher-Collins, une maladie génétique impossible à détecter lors de la grossesse. Cette maladie affecte notamment le développement des os malaires, et provoque des anomalies au niveau de la formation des oreilles, des paupières, du palais, de la mâchoire, ou de l’implantation des cheveux. Résultat, les enfants comme Nathaniel naissent avec un visage qu’on qualifierait aisément de « repoussant » – et vous vous doutez bien qu’il est très difficile de se construire normalement dans ces conditions.

Les autres enfants le rejettent, le fuient, ont peur de lui – et les parents ne sont généralement pas plus malins. Il arrive même qu’ils viennent retirer leur enfant de l’aire de jeu où Nathaniel se rend pour éviter qu’ils aient à être confrontés à son physique atypique. Heureusement, il a eu la chance de naître dans une famille qui l’aime plus que tout et qui l’admire même – mais ça ne suffit pas toujours. Nathaniel est un garçon très courageux mais il souffre constamment du regard des autres et doit se forcer à aller à l’école tous les jours en sachant ce qui l’y attend. Si son apparence reste déroutante parce qu’inhabituelle, les réactions qu’il suscite prouve bien qu’on a un gros problème avec les physique hors normes.

Pour que certains parents en arrivent à fuir le garçon pour éviter d’avoir à expliquer la situation à leurs enfants et leur permettre de voir au-delà de ces difformités, c’est bien qu’il s’agit d’un énorme tabou encore trop présent. Cette partie de l’épisode est particulièrement éprouvante à regarder ; d’abord parce qu’il nous faut passer au-dessus de l’apparence de Nathaniel mais surtout parce que son message, celui de ses parents et leur témoignage risquent bien de vous fendre le coeur. Larmes et colère sont à prévoir. Il est absolument révoltant de constater qu’un petit garçon de huit ans déjà bien emmerdé par la nature soit forcé de se coltiner les angoisses de la Terre entière parce que les autres ne sont pas capables de les gérer seuls.

Vient ensuite un sujet tout aussi éprouvant mais pour différentes raisons – il s’agit de l’histoire de Dallas, un jeune homme qui a été complètement défiguré, au sens propre du terme, après avoir été électrocuté. Son visage a été tellement carbonisé que les chirurgiens ont été forcés de tout retirer – son nez, ses yeux, ses lèvres, tout. Depuis, Dallas Vince est devenu le premier américain à recevoir une greffe totale du visage. Le résultat est extrêmement déroutant et des images de l’avant, du pendant, et de l’après sont présentes tout au long de l’épisode.

Si vous avez le coeur et l’estomac fragile, passez votre chemin. Pour les plus courageux-ses d’entre vous, le cas de Dallas vous montrera ce qu’on traverse quand on se retrouve sans visage du jour au lendemain…

Extreme Bodies

Toujours sur le sujet du corps et des conséquences de son aspect sur le regard des autres, le sujet sur les body modifications est allé au-delà des clichés sur les gens piercés et tatoués pour s’intéresser directement à des cas « extrêmes ».

Il y a notamment celui d’Elaine Davidson, une Brésilienne expatriée à Londres qui a toujours rêvé d’apparaître dans le Livre des Records – et qui y est parvenue à l’aide de ses 806 piercings. Mais ses rêves de célébrités ne sont pas les seuls facteurs qui l’ont amenée à faire ces choix – depuis toujours elle prend plaisir à tester les limites de son corps et de son esprit, sa résistance à la douleur (au Brésil, elle s’allongeait sur un tapis de clous et faisait monter des gens sur son corps). Quoi qu’on en dise, Elaine a au moins la chance d’avoir réalisé son rêve de gosse.

Cet épisode m’a également permis d’apprendre l’existence d’une pratique appelée le « muscle worship » (vénération du muscle) qui consiste, pour les hommes, à se payer les services de femmes body buildées soit via webcam, soit en face à face. Lors de ces séances, il n’est pas question de rapport sexuels – la femme se contente de faire des démonstrations musclées en soulevant l’homme, en le battant au bras de fer, en se battant avec lui (et en gagnant), en écrasant des pastèques entre ses cuisses ou encore en le laissant tâter ses muscles. Comptez en moyenne 500$ par heure pour chaque session. Ces hommes sont plus à l’aise dans un contexte de soumission qui leur est « interdit » par la société dans laquelle ils évoluent – un comportement qui est encore considéré comme tabou.

Or, le fantasme de la femme baraquée est loin d’être nouveau – de nombreux mythes mettant en scène des femmes guerrières (Valkyries, Amazones, déesses musclées…) prouvent que ce fantasme a toujours existé et n’a pas toujours porté l’étiquette de tabou. Encore une autre raison de prendre une grande partie des tabous actuels plus à la légère – parce que rien ne garantit qu’ils soient encore catégorisés ainsi dans dix, vingt ou cinquante ans.

Parmi les autres sujets abordés par la série se trouvent les sales boulots (étude et manipulation de parasites, nettoyage de maisons dégueulasses, dentistes de rue…), les couples transgenres, les différents modes d’alimentation qui choquent les estomacs occidentaux, les différents fétichismes méconnus, la dysmorphophobie, les drogues, l’anorexie, les rites funéraires étranges, le polyamour, l’identité sexuelle et tout un tas d’autres « tabous » extrêmement intéressants.

Si vous souhaitez enrichir vos connaissances, vous ouvrir l’esprit ou essayer de comprendre un tabou qui vous gêne encore, l’émission de National Geographic est idéale. Ses points forts, j’insiste, restent son objectivité, son ouverture d’esprit, son absence de jugement et sa capacité à aborder des sujets qui dérangent sans tomber dans le sensationnalisme à deux balles qui surpeuple nos écrans. C’est un excellent moyen de s’ouvrir sur le monde et sur tout ce qu’il a à offrir, à nous apprendre, pour repousser nos limites, sortir de notre zone de confort et passer quelques instants dans la peau de quelqu’un d’autre. Et on sait à quel point ça peut être bénéfique.

Pour voir quelques extraits de la série, rendez-vous sur le site de National Geographic. Et pour celles qui sont à l’aise en anglais, encore plus d’extraits sont disponibles sur le site US.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Rastatopoulos
    Rastatopoulos, Le 3 mars 2013 à 0h53

    noctys;3956237
    Euh... très intéressant ce débat d'opinion sur les drogues, mais ce n'est pas vraiment le sujet ici, non?
    Un groupe social cohérent va imposer une vision de la ou des normes en ce qui concerne le physique, les moeurs ou les coutumes. Et c'est normal, ça forme une culture.
    Point de vue rejet à cause du physique, notre héritage judéo-chrétien en est grandement responsable: excepté le handicap physique, les autres cultures antiques voyaient plutôt positivement les "anormalités", perçues comme étant une marque de l'intérêt divin. C'était totalement l'inverse chez les Juifs ("les péchés des parents se révélant dans leurs enfants") et c'est malheureusement passé dans le christianisme.
    Il est malheureux de constater que bien que les religions - ne vous fiez pas aux apparences - perdent du terrain, leurs plus répugnants côtés perdurent.
    C'est très interessant ton commentaire, je ne savais pas du tout..

    Pour revenir sur le débat de la drogue, certes l'addiction est un fléau, il n'empèche que prise de façon isolée certaines drogues permettent de vivre des états, des expériences, d'ouvrir sa conscience et de vivre tout simplement. C'est le côté positif de la drogue. Elle fait découvrir un autre monde (c'est aussi pourquoi certains ont bien du mal à le quitter..)

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