Superstitieux, les Nippons ? – Carte postale du Japon

Entre shintoïsme, traditions et légendes, la vie au Japon est rythmée par de multiples superstitions. Laetitia vous explique tout ça !

Superstitieux, les Nippons ? – Carte postale du Japon

Vue par nos yeux occidentaux, bercés par la culture judéo-chrétienne ou bien farouchement rationnels, la civilisation japonaise peut paraître pétrie de superstitions et de croyances « folkloriques ». Si au Japon, on ne craint pas de passer sous une échelle, rêver du mont Fuji reste un excellent présage et voir un serpent annonce un grand bonheur à venir – des croyances héritées bien souvent du culte shinto, proto-religion née au Japon. Quelques explications s’imposent !

Une tradition animiste

Le shintoïsme, dit aussi shinto, est une religion fondamentale au Japon. Son origine est floue car très ancienne ; ce culte s’est transmis pendant des siècles sans qu’aucune transcription n’en soit faite. Ça n’est qu’au XIVème siècle que l’ensemble des mythes, des croyances, des pratiques rituelles a été rassemblé et rédigé. Le shinto s’est profondément ancré dans la culture japonaise et les traces en sont visibles au quotidien.

Les ema sont des plaques en bois sur lesquelles on grave une prière ; ensuite, on les accroche pour qu’elles soient lues par les kamis.

Le shintoïsme offre une vision du monde animiste : l’environnement est peuplé de kamis, des esprits qui s’incarnent dans tous les êtres vivants, les objets parfois, des pierres, et les phénomènes naturels. L’homme doit donc respecter la nature, où le divin est présent partout… même si tous les kamis ne se valent pas : Inari, le kami du riz, compte plus de sanctuaires dédiés que le kami du peigne par exemple.

Pour les shintoïstes, l’homme est bon par essence, mais il lui arrive de « souiller » cette nature – et il ne faut pas se présenter « impur » devant les kamis, d’où l’omniprésence des rites de purification. On ne s’excuse pas pour d’éventuels péchés ou défaillances, on se purifie symboliquement. À l’entrée de chaque sanctuaire shinto, une fois passé le torii rouge, on doit se laver la bouche et les mains, avant d’adresser une prière ou un vœu.

La religion shinto, très liée au monde agraire et au calendrier des récoltes, exalte la nature, la vie, la communauté. On prie ou on fait une offrande pour obtenir quelque chose. À part les rituels de purification, le shintoïsme se distingue par l’absence de contreparties morales ou idéologiques.

Inari, le kami du riz

Pas croyants mais fidèles aux traditions

Contrairement à la France où l’on compte plus de croyants que de pratiquants, les études montrent exactement l’inverse au Japon. Les Japonais-es sont une minorité à se déclarer croyant-e-s – 30% de la population, dont la grande majorité se divise entre shintoïsme et bouddhisme. Pourtant, les temples sont toujours fréquentés, les fêtes religieuses sont nombreuses et très suivies. Il y a des sanctuaires shinto absolument partout. Le fait qu’il y ait encore un empereur au Japon est une bonne illustration de la permanence du shinto dans la société japonaise : il incarne la relation entre les kamis, le peuple et le Japon, et l’origine de son pouvoir est divine. Personne n’y « croit », mais on respecte.

Le shintoïsme est leader sur toutes les fêtes célébrant un commencement ou un renouveau ; les célébrations y sont joyeuses et souvent accompagnées de stands de snacking. On y célèbre l’enfance (la fête des filles, celle des garçons, la fête des 3/5/7 ans), on y présente le nouveau-né, on y prie pour la fertilité, on s’y marie, on fête le passage d’une saison à une autre.

Des prédictions à acheter

Ces traditions sont restées bien vivantes malgré le développement du bouddhisme, notamment parce que la pratique de ces deux cultes n’est pas exclusive. On peut pratiquer différents cultes sans que cela ne froisse personne – et sans que ça ne heurte des principes religieux. Les fêtes sont aussi un moment de la vie de la communauté, une notion capitale au Japon.

Il est resté, du coup, des petites croyances ou des superstitions anciennes, une sorte de folklore religieux dont il est mal vu de se moquer.

Gare à l’année du cheval !

Superstitieux-se ? Voici au cas-où quelques conseils à pratiquer au Japon…

  • Tu es du genre tenace (et patiente) ? Arme-toi de papier blanc : réaliser mille grues en origami permet d’exaucer un vœu.
  • Place du sel devant ta porte pour éloigner les mauvais esprits !
  • Cache tes pouces quand passe un corbillard, pour protéger tes parents de la mort (j’ai pas dit que ce serait que des trucs rigolos, hein) car « pouce » se dit comme « parents » en japonais.
  • Le chiffre 4, qui peut se prononcer comme le mot « mort », porte malheur. Dans les hôpitaux, pas de chambre 4 et, surtout, n’offrez jamais de cadeaux par lot de quatre : ce serait souhaiter la mort de votre interlocuteur (donc le niveau ultime de l’impolitesse).
  • Pour une raison similaire, on n’aime pas trop le chiffre 9, qui se prononce comme « douleur ».
  • Tu vas accoucher d’une fille l’année du cheval ? Bon courage. Elle ne trouvera pas de mari (en tout cas, pas un superstitieux) car les femmes nées cette année-là sont réputées porter malheur. Pas de chance, car l’année du cheval, c’est un an sur douze. Dans le Kansaï, la même légende existe pour les femmes nées l’année du Bélier – mais rien pour les hommes.
  • Pour décider de la date d’un mariage, ou pour fonder légalement une entreprise, la coutume veut qu’on attende un jour favorable, déterminé par le calendrier lunaire.
  • L’omikuji, la prédiction sur papier achetée au temple shinto, t’annonce une année catastrophique ? Surtout, ne ramène pas le papier chez toi : le nouer autour d’une branche ou d’une corde, au temple même, annulera la prédiction.

  • Connais ton groupe sanguin : ici, ça en dit long sur la personnalité (il paraît que les A sont difficiles à vivre).
  • Offre des fleurs coupées… mais prudemment, car les fleurs funéraires ne sont pas les mêmes que chez nous.
  • Ne te coupe pas les ongles le soir, sinon, tu ne seras pas près de tes parents pour leur décès. Rien n’est spécifié si on utilise une lime à ongles – par prudence, je m’abstiendrais.
  • La 19ème, la 33ème et la 37ème année sont considérée comme des années de malchance pour les femmes – pour les hommes, il s’agit des 25, 42 et 61 ans. On n’y peut rien.

Et toi ? Ta 19ème année confirme-t-elle l’adage japonais ? En général, y a-t-il des choses que tu évites de faire… au cas où ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Beatricetokyo
    Beatricetokyo, Le 24 février 2013 à 18h28

    Je n'ai pas tout lu mais vu les commentaires je cite ces deux petits infos : ce n'est pas toutes les années de cheval, c'est chaque 60 années : La dernière était 1966, la prochaine 2026. Donc il ne faut pas s'inquiéter lol

    On dit que c'est à cause de cette fille
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Yaoya_Oshichi#Post.C3.A9rit.C3.A9
    Sinon l'année de cheval tout ça, ce n'est pas comme en Chine on ne fait pas de nouvel an chinois, c'est au calendrier grégorien.

    Et pour l'âge ce n'est pas 19/33/37 mais 18/32/36 en fait. Ce n'est pas vraiment superstitieux, le corps des femmes changent à cause d'hormone, c'est plutôt pour nous rappeler d'aller voir le gygy pour vérifier si tout va bien... :) Et pour l'info un an précédent ou suivant (donc 17/19 ans, 31/33 ans, 35/37 ans) il faut quand même aussi prudent lol

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