Suicide conjugal – Le Carnet d’un Pompier

Quand Le Matou part pour un suicide, ce n’est jamais la grosse ambiance dans l’ambulance. Enfin parfois y’a quand même de quoi se poiler. La preuve.

Suicide conjugal – Le Carnet d’un Pompier

Vous voyez « Scènes de Ménage » sur M6 ? Bon, bah nous on a régulièrement droit à ce genre de « tranches de vie » en exclusivité, en 3D et en direct live s’il vous plaît. Ce jour-là, c’était un épisode assez gratiné.

Appelés pour une menace de suicide, nous arrivons en ambulance en même temps que le camion Échelle Pivotante Automatique et les policiers. Et pour bien faire les choses, la femme est retranchée chez elle avec son enfant. Voila une intervention qui promet d’être tendue du slip.

À peine a-t-on arrêté notre véhicule qu’on nous annonce la mauvaise nouvelle : impossible de positionner correctement le camion pour déplier l’échelle. Il va falloir entamer le dialogue côté porte. Ni une ni deux, on monte quatre à quatre les marches des 6 étages. Arrivés sur le palier, mes co-équipiers vont sonner chez les voisins pour voir s’il est possible d’accéder à l’appartement depuis leurs fenêtres. De mon côté, je fais un rapide bilan de la situation en me renseignant auprès de l’homme qui attend devant la porte.

– C’est bien vous qui avez appelé les secours ?
– Oui monsieur.
– Vous connaissez cette personne ?
– Oui c’est ma femme.
– Comment menace-t-elle de se suicider ?
– Ho elle ne veut pas se suicider. Elle ne veut pas me laisser rentrer, c’est tout.
– …
– …
– Vous vous foutez de ma gueule ?
– Non, monsieur.
– Et vous avez appelé les pompiers pour ça ?!
– Elle ne veut vraiment pas me laisser rentrer vous savez. Ça fait au moins une heure que j’essaie de la convaincre, mais rien à faire ! Je me suis dit que vous pourriez arranger la situation…
– Je suis pompier moi, pas psy !
– …
– Bon, de toute façon maintenant que nous sommes là, nous sommes obligés de nous assurer que votre femme et votre enfant sont en bonne santé.

Je sonne donc poliment à la porte et entame le dialogue.

– Madame, c’est les pompiers. On nous a appelés pour vous aider.
– Je vais bien, dégagez !
– Non madame. Maintenant que nous sommes ici nous devons vérifier que vous allez bien et votre enfant aussi.
– Qui vous a appelé d’abord ?!
– Votre mari, il est avec nous.
– Ah ! C’est tout ce qu’il a trouvé pour que je lui ouvre ? Dégagez, je ne le laisserai pas rentrer !
– Si vous nous ouvrez nous serons les seuls à entrer, il restera sur le palier.
– C’est ça ! Et mon cul c’est du poulet ?

Le mari choisit ce moment-là pour « reprendre les choses en main ».

– Mais ma chérie, ne parle pas comme ça aux pompiers ! Ils sont là pour toi.
– Ah le voilà celui-là ! Dégage incapable ! On est mieux sans toi !
– Mais Bibiche…

Tandis que les tourtereaux s’écharpent dans leur coin, l’équipe de police me rejoint et mes collègues reviennent au rapport.

– Aucun accès possible par le toit et tous les voisins directs sont absents… Comment va la victime ?
– Hum, t’inquiètes elle est plutôt vigoureuse. C’est une fausse alerte.
– Quoi ?
– On est tombé sur une engueulade de couple, tu vas voir c’est folklo.

En attendant notre non-suicide se complique, il va falloir défoncer la porte si « Bibiche » ne veut pas l’ouvrir d’elle-même. Je charge mon équipe de reprendre le dialogue avec elle, je demande aux flics l’autorisation d’ouvrir la porte de force et je descends chercher notre pied-de-biche.

À mon retour, la situation n’a pas franchement évolué : l’homme supplie Bibiche de lui ouvrir. Elle lui répond d’aller se faire voir chez les Russes. Mes collègues comptent les points, les flics sont au spectacle, la concierge vient aux nouvelles. Normal, quoi.

Je me racle la gorge :

– Vous voulez du pop corn ?
– Heu, non ! Bibi… Enfin la victime refuse le dialogue et on a l’autorisation de l’officier de police judiciaire pour rentrer.
– Bon alors c’est parti. Madame, nous allons entrer dans votre appartement ! Éloignez-vous de la porte !
– Vous n’avez pas le droit ! Je vais porter plainte si vous le faites
– Beinh en fait si, on a le droit.

CRAAAAAAAAAAACK !

Oups, j’y suis pas allé de main morte : la porte est cassée en deux au niveau de la poignée.
Et Bibiche n’a pas l’air contente. D’ailleurs je ne peux pas m’empêcher de remarquer qu’elle n’a rien d’un doux cervidé effarouché. Je la comparerais plutôt à un sanglier pas commode, vous voyez ?

– Mais pourquoi vous avez fait ça abruti ?!
– Ça fait une heure qu’on vous dit qu’on va le faire. Alors on le fait.
– Mais je vous croyais pas !
– Bah vous auriez dû.

Épilogue

Entre les flics qui empêchaient le mari de rentrer, et les pompiers qui retenaient Bibiche de lui mettre une droite, le salon a vite pris des airs de foire à la saucisse. M’éloignant du bordel ambiant, je suis donc parti voir avec quelques collègues si le mouflet n’était pas trop choqué par les événements. Et en fait d’un mioche, on a trouvé un emo-ado-gothique en train de jouer à la console dans sa chambre.

– Mais… T’es grand !
– Bah ouais, j’ai 15 ans.
– Pourquoi tu ne nous as pas ouvert ?
– Hé ho je veux pas avoir d’emmerdes moi. Je me mêle pas de leurs histoires…
– Elle est si chiante que ça ta mère ?
– Oulaaaa vous avez pas idée !

Digne de « Scènes de Ménage », je vous dis.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • ScorpiFr
    ScorpiFr, Le 25 mars 2012 à 21h31

    Le Matou;3029521
    Ce sujet est dédié aux réactions concernant cette actu : Suicide conjugal - Le Carnet d'un Pompier.

    Merci d'utiliser ce post pour publier vos commentaires et vos avis ;)
    ahah, j'aime beaucoup le style.

    Sinon je viens de voir à la télé un clip sur la violence conjugale... Mais au fait, qui a dit et répété à longueur de journée qu'elle ne se situait que d'un coté ? :ko:

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