« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage

Pondu par Emilie Laystary le 26 juillet 2013     

Apparu aux États-Unis lors de la crise financière de 2007, le phénomène « staycation », qui consiste à délibérément rester à la maison lors de ses congés, prend de plus en plus d’ampleur.

Prendre la voiture pour explorer les environs, essayer de nouveaux restaurants, buller dans le jardin sur son vieux transat, suivre tous les vieux Derrick qui repassent à la télé, dîner chez des amis qui habitent la région, passer le temps qu’on n’a pas le reste de l’année avec ses proches, profiter de son appartement… Pour les partisans du « staycation » (contraction des mots « stay » et « vacation »), partir loin n’est pas un pré-requis à des vacances dépaysantes. Au contraire : choisir de rester à la maison est l’occasion de s’ouvrir aux curiosités locales desquelles l’on se désintéresse durant l’année. C’est l’idée que défend Isabelle, qui habite en Normandie avec sa petite famille, et pas partie en vacances depuis 3 étés :

« On a tendance à sous-estimer le potentiel récréatif de notre lieu d’habitation, parce qu’on l’associe à la routine, au travail et aux enfants qu’il faut conduire à l’école. Mais si l’on part du principe que certaines familles se déplacent jusqu’à nos régions pour les découvrir, ça nous ramène à l’idée que chaque terroir est potentiellement dépaysant.

Alors, pourquoi se ruiner dans une location située dans un autre département ou pays quand on peut aussi se surprendre à découvrir de nouveaux coins près de chez soi ? »

« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage  foret

L’idée sous-jacente est que pour être dépaysé, partir loin (et engendrer des frais de transports et locations) n’est pas impératif. L’expérience que nous faisons tous les jours de nos villes serait hautement polarisée par nos obligations quotidiennes.

Or, rester à la maison pour les vacances est un moyen de prendre le temps de découvrir ces activités auxquelles l’on ne s’adonne pas le reste de l’année, faute de motivation et de curiosité. Si l’on peut considérer qu’une majeure partie des « staycationers » ne partent pas faute de moyen, il est intéressant de voir que pour certains, les « vacances à la maison » sont un choix pragmatique.

Rester chez soi pour économiser

L’année dernière, Fabien, 24 ans et endetté, s’est retrouvé à devoir passer tout l’été à Paris :

« Ce qui s’annonçait comme une punition a fini par être un des meilleurs moments de l’année. J’ai pris le temps de faire toutes ces choses que je me suis un jour promis de faire à Paris : des balades en banlieue, du vélo le long du canal, des musées, de la lecture allongé dans l’herbe au parc Monceau… »

Depuis, le jeune homme a décidé de couper ses vacances en deux : un gros week-end « hors de Paris, pour souffler », le reste du temps à la maison « pour profiter de [sa] ville quand elle se vide de ses occupants ».

À l’heure où la crise réduit considérablement le budget vacances des Français-es, rester à la maison apparaît comme une option rentable. Ailleurs, on remarque déjà qu’avec les bons plans de dernière minute, choix de vacances plus longues sur une destination peu chère ou folie mais sur une période plus courte… les Français-es tendent à désacraliser la place des vacances dans le programme de l’année.

« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage  paris

D’après une étude Ipsos-Europ Assistance, les intentions de départ ont d’ailleurs baissé de 8 points en France (62%). « La crise pèse de façon durable. Il y a une corrélation évidente entre son intensité et le recul des intentions de départ en vacances et le poste des vacances n’est plus un sanctuaire des loisirs, même chez les Français », résume Martin Vial, directeur général d’Europ Assistance.

Pour Agathe, qui a déjà la chance de vivre sur le littoral, les vacances à la maison se sont vite imposées comme une évidence :

« Tout d’abord parce qu’étant étudiante, le seul endroit où j’aurai pu aller, c’est là où vont papa-maman et bon… un peu la flemme quoi. Ah et il y a le Festival Interceltique là où je vis, à Lorient, juste au moment où ils s’en vont et je ne louperais ça pour rien au monde : l’ambiance est dingue ! Comme j’habite près des côtes, je profite quand même de la plage et du coup, j’ai vraiment pas de regret. »

Par ailleurs, ne pas partir permet également de reporter le budget transports et locations sur des moyens de se faire plaisir sans quitter sa ville, tels que s’accorder des restaurants un peu plus chers que d’ordinaire, aller au spa, s’offrir des activités sportives dans la région, se rendre au théâtre ou à l’opéra au lieu du cinéma, etc.

Pour de vraies « vacances à la maison », il faut apprendre à décrocher

Ainsi, si fuir sa ville est souvent perçu comme la façon la plus radicale de profiter de ses jours de congés, à l’inverse rester à la maison permet souvent des économies, en plus de remplir la mission de repos et de dépaysement… à condition de jouer le jeu.

« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage  home alone

En effet, le fait de rester dans son environnement habituel peut inciter le vacancier à ne pas totalement s’abandonner au repos. Lucie, 31 ans, cadre dans une agence de télécommunication, explique :

« Ton ordinateur, ton téléphone, tes documents… tout ça n’est jamais loin. Si en plus de ça ton employeur sait que tu n’es pas à 5 000 bornes, il pourra se permettre de te contacter pour quelques bricoles, trois fois rien peut-être, mais ce sera toujours ça qui t’empêchera de déconnecter complètement. »

Pour éviter la tentation du travail, Lucie parle de la nécessité d’une rigoureuse autodiscipline. Passer des vacances à la maison n’est réellement reposant que si l’on signe le contrat avec soi-même de s’éloigner à tout prix de son quotidien habituel.

« Chassez le naturel, il revient au galop ! Même quand tu as la prétention de profiter de tes vacances pour aller à la piscine et visiter telle ou telle réserve naturelle à l’extérieur de ta ville, tu ne le fais pas forcément si tu ne t’imposes pas un programme.

En te réveillant un matin, tu te surprendras peut-être à ouvrir ta boîte e-mail et t’avancer un peu sur ton travail de la rentrée. Pour éviter ça, il ne faut pas hésiter à éloigner physiquement ton ordinateur de ton salon, écrire sur une feuille ton programme de la semaine, et du reste, lâcher prise »

« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage  death

Ne pas partir, c’est aussi moins de stress

Par ailleurs, nombreux des adeptes des vacances à la maison notent que le fait de ne pas partir évite tout un lot de stress : les préparatifs, la longueur des voyages, l’attente à l’aéroport…

« J’ai vite réalisé qu’il m’arrivait de prendre l’avion pour une destination lointaine et sur place, ne faire que buller au lieu de visiter les parages.

Chacun sa conception des vacances, mais si pour certains elles sont l’occasion de découvrir de nouveaux endroits, pour moi elles doivent surtout être synonyme de repos maximal »

Et Claire, 27 ans, d’expliquer que les activités qu’elle aime le plus ne se pratiquent pas nécessairement à l’étranger :

« Ma conception des vacances ne m’oblige pas à prendre l’avion et payer une location. À partir de là, pourquoi assumer toutes ces dépenses ? Faire la sieste au bord de l’eau, je peux le faire chez moi en Suisse plutôt que dans un resort à Marrakech ! »

« Staycation » : prendre des vacances pour rester à la maison — Le Petit Reportage  bronzette

Souvent, rester chez soi l’été permet également de faire le bilan de l’année et le point sur la rentrée qui arrive. C’est le cas de Saniya, qui explique que ne pas partir lui a permis de se reposer et de ne penser qu’à elle :

« Je suis restée deux semaines chez moi, à Paris, pour prendre le temps de faire tout ce que je n’avais jamais le temps de faire en temps normal.

Le reste de l’année, j’avais beaucoup de boulot, pas envie de contraintes le soir, ni l’envie de rester chez moi pour ne rien faire. Toute l’année, je suis dans une dynamique, dans un flux continu d’activités, la journée, après le boulot et le week-end.

J’ai préféré rester chez moi pour m’occuper de mon appartement, faire quelques expos parisiennes, mais aussi faire un bilan de mon année et réfléchir aux projets de l’année prochaine. En plus, comme personne n’est là, ça permet vraiment de se poser, de se retrouver avec soi-même et de réfléchi à où on en est. En fait, je l’ai fait pour me re-centrer. »

Les pouvoirs publics travaillent sur l’offre culturelle à domicile

Parce que les politiques culturelles ne devraient pas s’arrêter en juillet et août puisque tout le monde ne s’expatrie pas pour l’été, les pouvoirs publics sont de plus en plus nombreux à proposer un agenda d’activités étoffé pour les beaux jours.

Festivals de musique intra-muros, plages éphémères, concerts, projections de films en plein air… L’offre culturelle est devenue un moyen pour les pouvoirs publics de communiquer sur le dynamisme des villes.

Les Siestes Électroniques à Toulouse et Paris, Paris Jazz Festival, le Parc Floral de Paris, Roy Lichtenstein au Centre Pompidou, les Nuits Secrètes à Aulnoye Aymeries près de Lille, « Tout L’Monde Dehors » (balades, cinéma, chant, sport, etc.) à Lyon, le festival de Cornouaille… De nombreuses villes jouent aujourd’hui la carte de la profusion d’événements estivaux. Le phénomène staycation aura t-il bientôt autant la cote que les séjours à l’étranger ?

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Émilie Laystary est journaliste indépendante (VICE magazine, RTL.fr, les Inrocks, etc.) spécialisée en politique et société. Elle tient ici la rubrique "Le Petit Reportage" dans laquelle un fait d'actualité est décrypté chaque semaine. Retrouvez également ses billets d'humeur sur son blog, Pensées Plastiques.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. GandalfGandalf

    Le 26 juillet 2013 à 19:33

    C'est sur que certaines d'entre nous habitent dans des coins déjà bien sympas à la base et on n'a pas forcément l réflexe d'épuiser ses possibilités.

    J'habite à Strasbourg depuis 3 ans te je suis sure et certaine qu'il y a des tas de trucs qu'on n'a pas encore visité. Passer 2 semaines à faire le tour de l'Alsace me parait un plan assez tentant.

    … mais il y a effectivement le piège du boulot : je ne suis pas sure de pouvoir décrocher l'Homme de son ordi suffisamment longtemps pour qu'on puisse faire des trucs en famille. Et ouais.
  2. Ally DarlingAlly Darling

    Le 26 juillet 2013 à 20:13

    Depuis 5ans (depuis ma majorité en fait) j'avais pour habitude de travailler tous les étés, de début Juin à mi-Septembre, donc pas de vacances pour moi. J'étais super frustrée, de voir les autres partir, profiter de la mer, quand moi je devais rester ici, je me disais que je n'avais rien à raconter… Et puis cet été je n'ai pas trouvé de boulot, mais j'ai réalisé qu'en fait, je n'avais pas forcément envie de partir. Et c'est assez dur de faire comprendre aux gens que je ne le vis pas mal du tout, j'ai passé ma soutenance de mémoire fin Mai, et depuis, je bulle sur mon canapé. J'ai mon chaton, des livres, des films et des séries à rattraper, je participe à la Coupe des 4 Maisons sur le forum Potterhead, je fais des gâteaux… Bref, je fais tout ce que j'avais envie de faire pendant cette année passée à travailler sur mon mémoire en regardant mon canapé avec envie.
    Et c'est super! Le temps passe à une vitesse folle, et pour la première fois, je ne culpabilise pas de ne pas avoir de boulot et donc moins de sous. Je serais diplômée dans un an et donc c'est ma dernière chance de pouvoir rester à buller chez moi aussi longtemps sans culpabiliser/stresser (j'entends par là que le chômage ne compte pas, et j'espère que ce dernier ne s'installera pas aussi longtemps) d'ici l'âge de la retraite :lunette:
    Ma rentrée ne sera sûrement pas avant début Octobre, je n'en suis qu'à la moitié de mes loooongues vacances à la maison et c'est très bien comme ça!
  3. HesteHeste

    Le 26 juillet 2013 à 20:38

    Dans l'idéal, j'aime partager mes vacances en deux, partir un peu et passer le reste du temps chez moi à faire tout ce que je n'ai pas le temps de faire d'habitude. Mais aussi juste décompresser en prenant le temps de faire les choses :happy:
  4. Miss FrambieMiss Frambie

    Le 26 juillet 2013 à 20:39

    En 27 ans, j'ai du partir à peine une douzaine de fois en vacances (je compte les passionnantes chez mémé et les beaux-parents qui me détestent sinon on est à 2). Le "Staycation" c'est limite un mode de vie pour moi. On va dire "oui mais t'habites Paris" mais ça ne me gêne pas de trainasser chez moi ou d'aller lire un bouquin au bord de la Marne. C'est sympa de partir mais chez soi, on peut aussi passer du bon temps.

    Je fais ma positive mais enfant, j'en ai souffert avec les rédactions ou les dessins "racontes tes vacances". On te met à l'écart.
  5. RuthRuth

    Le 26 juillet 2013 à 21:12

    Sur le principe et dans l'idée, je trouve ça une bonne idée. C'est vrai que bien souvent on ne profite pas de sa région… Sauf que mauvaise pioche pour moi, depuis quelques années, je me suis donné comme objective de découvrir ma ville ! Donc je le fais le reste de l'année, alors en vacances, je veux partir… Et puis bon je trouve que glander ailleurs que chez soi, ça a une autre saveur quand même… En plus de ça, J'habite dans une région où on meurs de chaud et de soleil l'été, impossible que je ne bouge pas un peu. Mais sur le principe, je le redis, je trouve qu'aborder les vacances comme ça, c'est plutôt cool.
  6. LadyFaeLadyFae

    Le 26 juillet 2013 à 22:04

    Je ne suis jamais partie en vacances de ma vie, et je le vis bien, lol. Non, en fait : je n'étais jamais partie, jusqu'à il y a 5 ans en arrière, quand je suis allée dans les Alpes avec mon copain. Youhou. \o/

    Mes parents n'ont jamais eu les moyens de partir pendant l'été, du coup pour moi ça a toujours été comme ça. Au collège, j'ai vécu ça comme un manque, et même une tare. Quand on me disait "J'ai fait 15 jours aux Etats-Unis/en Inde/en Afrique/en Chine avec mes parents, et toi ?" je répondais toujours "Moi j'ai fait le voyage canapé-pc." J'avais l'impression d'être une paria, et on me le faisait sentir. Du coup je détestais les périodes des retours de vacances.

    Maintenant, à 22 ans, j'ai appris à apprécier de passer 2 mois (maintenant 4 avec la fac, muhaha) pendant l'été à buller à la maison. Je lis pour le plaisir, ce que je peux faire rarement pendant l'année, je mate des animes, je me mets au soleil, je vois mon copain, je geek sur des jeux-vidéos (The Witcher 2, me voilà !), je fais du tricot, du crochet, du masking tape… Je travaille aussi, juste un mois généralement, pour mettre de côté pour les études. J'ai même trop de choses à faire, en fait.

    Si ça ne me gêne pas de faire tout ça, c'est déjà parce qu'à la base je suis une pure sédentaire. Je ne sors pas souvent pendant l'année, parce que je n'en ressens pas le besoin. Pendant les vacances, c'est pareil. Et ça va, je le vis bien maintenant.

    C'est peut-être plus une question de caractère que de budget, parce que j'ai beau vivre dans une région très touristique (la Provence) je ne sors pas des masses, alors qu'il y a vraiment de quoi faire. Des fois je m'en veux de ne pas (savoir) en profiter plus x).
  7. Nuwara EliyaNuwara Eliya

    Le 26 juillet 2013 à 22:30

    Je trouve le concept super mais avec un gros bémol en ce qui me concerne : j'ai vraiment besoin de soleil et de chaleur pour recharger les batteries et en Belgique c'est pas garanti du tout. Là ça fait trois semaines qu'il fait entre 25 et 35 degrés donc ce serait super mais je sais que j'aurais du mal à me sentir en vacances si le temps est froid et pluvieux.
    Mais c'est vrai que maintenant que je n'ai plus que quelques petites semaines de vacances par an ( dont une seule de septembre à juin :gonk: ) je donnerais beaucoup pour faire rien qu'une soirée télé…
  8. Mircéa AustenMircéa Austen

    Le 27 juillet 2013 à 01:20

    Je vais me faire détester mais perso j'adorerais passer une semaine seule à Paris peinard dans mon appart cet été…
    Je vais voyager tout l'été pour des stages ou pour suivre ma famille et c'est vraiment génial j'en profite à fond mais parfois mon "petit chez moi" et ma petite solitude de grosse chieuse solitaire me manque xD
    Du coup les prochaines vacances ce sera pire encore que du "stay at home", je compte me creuser une grotte dans ma biblio, y mettre des provisions et ne pas en sortir jusqu'à ce que j'ai rechargé les batteries !
  9. TKTTKT

    Le 29 juillet 2013 à 02:12

    J' ai 20 ans je ne suis jamais mais alors jamais partie en vacance autant vous dire que ce concept je le connais bien. Après comme j' habite  en idf et que je suis à côter de Paris y a toujours un truc à faire, mais rien ne remplacera l' idée que je me fais des vacances…plage soleil et ça y a pas à pas à Paris.

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