Rendre visibles les femmes invisibles grâce aux statistiques, le TEDx passionnant d’Anne-Laure Humbert

Montrer que les inégalités hommes-femmes sont réelles, ça peut passer uniquement par des chiffres. La chercheuse Anne-Laure Humbert en fait la démonstration dans un TEDx génial.

Rendre visibles les femmes invisibles grâce aux statistiques, le TEDx passionnant d’Anne-Laure Humbert

Anne-Laure Humbert est une chercheuse en statistiques, qui travaille à l’université de Cranfield, au Royaume-Uni. Dans ses travaux, elle s’intéresse particulièrement à la place des femmes. Récemment, elle a donné une conférence TEDx, dans laquelle elle explique comment les statistiques permettent de mettre en valeur les inégalités homme-femme, afin de travailler à les réduire :

« Les statistiques sont un pouvoir. Quand vous voyez les chiffres, vous voyez les preuves. Et quand vous avez les preuves, c’est plus dur pour les gens de détourner les yeux. »

Son discours est absolument passionnant, et balaye, en une vingtaine de minutes, différentes problématiques.

Anne-Laure Humbert s’intéresse d’abord au Code civil, mis en place par Napoléon, et sur lequel s’est basée la législation en France pendant près de 200 ans. Ce document, rappelle-t-elle, donnait aux hommes des droits sur leur femme.

Tout a changé en 1965 : pour la première fois, une femme mariée pouvait travailler, ouvrir un compte bancaire et posséder des biens sans la permission de son mari.

« Le moment où j’ai lu ça est à jamais gravé dans ma mémoire, à cause de la façon dont je me suis sentie. Je trouvais ça si injuste. J’ai pensé à ma mère, qui avait quatorze ans à l’époque, et à comment ça aurait changé les possibilités de sa vie. Je me souviens avoir pensé à mes grand-mères, qui en 1965, auraient eu une quarantaine d’années, et qui n’ont jamais eu les opportunités que j’ai aujourd’hui. […] Les inégalités de genre ne sont jamais aussi réelles que lorsque que vous réalisez qu’un droit que vous tenez pour acquis ne l’était pas il y a encore une génération. »

Dans les quatre pays européens où Anne-Laure Humbert a habité, elle a constaté les mêmes inégalités de genre, explique-t-elle. Mais pendant longtemps, ces inégalités étaient invisibles à ses yeux.

Elle raconte le slutshaming dont elle a été victime à l’école, les injonctions qu’elle avait intériorisé en temps que fille. Une fois diplômée en statistiques et mathématiques, elle a voulu axer son travail sur les inégalités de genre.

Et les statistiques qu’énonce la chercheuse, les voici : une femme sur trois a été ou sera victime de violences à cause de son genre. Anne-Laure Humbert explique aussi en quoi 2015 est une année-clé : différentes actions internationales, qui ont un impact sur l’égalité des sexes, arrivent à leur fin ou démarrent un renouveau.

Elle fait partie de l’équipe qui a développé le Gender Equality Index auprès de l’Institut européen pour l’égalité des genres, un outil qui mesure les inégalités dans trois aspects importants du développement humain. Il s’intéresse à six domaines-clés : le travail, l’argent, la connaissance, le temps, le pouvoir et la santé.

  • En 2012, 62% de femmes, contre 74% d’hommes de 20 à 64 ans sont dans la vie active, et ce chiffre décroît plus vite pour les femmes si on prend en compte le temps partiel.
  • Toujours en 2012, l’écart de salaire entre hommes et femmes est estimé à 16%, et il s’agrandit lorsqu’on considère les retraites.
  • La tendance s’inverse dans l’Union Européenne, et les femmes sont plus nombreuses à être diplômées de l’université en premier cycle.
  • Mais hommes et femmes ne sont pas aussi nombreux suivants les domaines d’études
  • En 2010, 41% des femmes passaient au moins une heure à s’occuper de leur enfants

Passer plus de temps à s’occuper des tâches ménagères « prive beaucoup de gens de l’opportunité de se réaliser », explique la chercheuse.

« Il n’y a pas de meilleure façon de s’accomplir que de pouvoir choisir de faire ce qu’on veut ou d’obtenir une position de leadership quand vous avez l’opportunité de changer les choses. »

  • Dans toutes les sphères de pouvoir, les hommes sont largement plus représentés que les femmes.

Elle expose enfin comment fonctionne l’agrégation de ces chiffres, qui permet de mesurer l’inégalité des sexes. Résultat : dans l’Union Européenne, nous ne sommes qu’à la moitié du chemin pour atteindre l’égalité, et la progression entre 2005 et 2012 a été mineure.

« Serons-nous encore très loin de l’égalité des sexes dans 50 ans ? […]

L’égalité des sexes est beaucoup plus qu’un problème de femmes. Je leur souhaite d’avoir l’opportunité de s’accomplir en tant qu’êtres humains, libérées des attentes et des discriminations liées au genre. »

À lire aussi : La loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a été adoptée !

– Merci à Claire de nous avoir signalé cette vidéo !

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