Comment je suis sortie de ma relation violente et abusive

Valentine a été dans une relation abusive, dont l'emprise psychologique a été lourde et longue. Elle nous raconte comment elle a fini par en sortir.

Comment je suis sortie de ma relation violente et abusive

La photo d’illustration est tirée du film Un Havre de paix.

« Veux-tu devenir ma fiancée ? »

Au bout d’à peine un mois de relation, j’aurais dû me douter que quelque chose clochait. « J’aurais dû », « si j’avais su », toutes ces phrases me tournent encore en tête quand l’angoisse remonte, de moins en moins souvent, mais encore parfois.

Une belle rencontre…

Au sortir de mon année de prépa, alors que je m’apprêtais à entamer la rude période des concours, j’ai fait sa connaissance. Il était l’exact opposé de ce que mes parents souhaitaient pour moi : un musico, le genre de type qui attire les filles en sortant sa gratte. Et moi je suis tombée, amoureuse, dans le panneau, et dans le piège.

Il m’aura sorti toutes ces répliques auxquelles une fille pense rêver. Ces fameuses phrases dont on nous bombarde dans les contes de fée mielleux : « T’es la seule », « amour de ma vie », « je suis fou de toi », « ce sera toi, jusqu’à la fin ». Comment aurais-je pu croire que derrière ces jolis mots, les maux m’attendaient, tapis dans l’ombre ?

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La période dite « lune de miel » aura duré six mois. Six mois pendant lesquels je pensais avoir trouvé un homme capable de tout entendre, de mon passé de jeune fille violée à mes soirées sulfureuses de classe prépa, exutoires de ce passé non soigné. Il me l’a répété plusieurs fois :

« Tu m’as, moi, je suis le seul à pouvoir comprendre et supporter toutes tes histoires. »

Il m’a, habilement, coupée de toutes mes fréquentations extérieures.

À l’époque, je pensais que cela voulait dire que j’allais me sentir un peu moins seule. Je ne savais pas que c’était, en fait, les prémisses d’une longue solitude. Il me poussait à rejeter l’avis de mes parents, qui refusaient de le rencontrer, à raison. Il m’a, habilement, coupée de toutes mes fréquentations extérieures, en me faisant miroiter un bonheur utopique, possible qu’avec lui.

… et une relation abusive et violente

Au bout de ces six mois, le masque a commencé à se fissurer. J’ai essayé, plusieurs fois, de partir. Les mensonges ont commencé à poindre. Quand je lui mettais le nez dedans, il retournait la situation en me disant des choses comme « c’est de ta faute, t’es instable », ou encore que j’avais peur de m’engager. J’y croyais, moi qui n’avais que très peu d’estime pour ma petite personne.

Il me demandait d’être une fille que je n’avais pas envie d’être, de me comporter comme une prostituée avec lui.

Il me demandait d’être une fille que je n’avais pas envie d’être, de me comporter comme une prostituée avec lui. Il voulait, avant que je sois sa copine, me voir comme un « bon coup ». Ayant un passé plus que difficile, ayant connu les abus, j’ai beaucoup de mal avec les dérapages sexuels. Avec lui, quand je disais « non », ça voulait dire « oui », alors qu’il connaissait mon histoire et savait ce que nier mon consentement signifiait.

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Il n’a jamais voulu accepter l’idée qu’il m’avait forcée à plusieurs reprises, et m’a enfoncée plus bas que terre à chaque fois que j’en ai émis la possibilité. Me refermant sur moi-même un peu plus chaque jour, refusant de plus en plus l’idée du contact charnel, il s’est montré plus entreprenant avec ces autres filles que, parfois, je connaissais. Je voyais les conversations, il niait, retournait la situation, et j’acceptais. C’était le même schéma à chaque fois.

Solitude et harcèlement

Quand j’ai voulu partir il m’a retenue, en retournant la situation.

Je n’ai rien dit, parce qu’à chacune de mes remarques, ça me retombait dessus. J’ai accepté. Une fois, deux fois. À la troisième, j’en ai eu marre, j’ai essayé de partir pour de bon. Il m’a retenue, en retournant la situation, m’accusant d’être un « cancer », un « poison », de lui « pourrir la vie ».

Mes ami•es étaient tou•tes au courant de la teneur de notre relation, ils m’ont poussée à m’éloigner de lui plusieurs fois, mais il arrivait toujours à rentrer à nouveau dans ma vie. Soit en me harcelant et donc en me faisant peur, soit en me menaçant de se faire du mal ou de me faire du mal ; ou encore en me répétant que sans lui, je n’avais personne, et que personne ne voudrait jamais de moi à part lui.

À force de me remettre avec lui, mon entourage s’est éloigné, ce que je peux comprendre avec le recul. J’ai perdu beaucoup d’ami•es en restant avec lui. Certains sont revenus depuis, d’autres non.

Je l’ai finalement quitté au bout d’un an, et c’est là que le vrai cauchemar a commencé.

Il me traquait, comme un loup poursuit sa proie. Il m’attendait à la sortie de l’université. Alors j’ai changé de chemin. Il a cherché ma voiture pour m’y attendre, m’a déjà, à plusieurs reprises, forcée à l’embrasser alors que nous n’étions plus ensemble, juste pour son plaisir.

Ça me dégoûtait et me rappelait les pires souvenirs de ma vie. Sa violence et sa perversion ont généré nombre de mes crises d’angoisse et de larmes.

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Mes parents ne comprenaient pas pourquoi j’étais si irritable, pourquoi je sursautais au moindre contact physique. J’avais envie de leur dire : « Papa, maman, aidez-moi, je n’en peux plus, j’ai peur ».

Mais je n’ai pas pu, parce que j’aurais dû leur avouer que je ne les avais pas écoutés, et qu’au lieu de quitter le goujat comme ils me l’avaient demandé dès les premiers jours, je l’avais laissé entrer dans ma vie et prendre racine dans mes démons.

Il aura tout fait pour les voir ressurgir, d’ailleurs, ces démons. Il voulait me faire croire que mon monde sans lui était l’enfer, au point, même, d’approcher ma famille quand j’ai pris la décision de partir six mois loin de tout, aux États-Unis.

Il a contacté mon petit frère pour se rapprocher de lui et savoir ce que je faisais, tout en sachant qu’à l’époque il ne me parlait plus. Ça m’a rendue folle quand mon ex m’a reproché : « T’étais pas la, j’ai pris ton rôle, j’ai été un grand frère pour lui ».

À coté de ça, quand je ne lui répondais pas, il menaçait d’aller voir mes parents pour leur dire la « salope » que j’étais. J’avais honte, je ne voulais pas qu’ils soient impliqués.

Sur le moment, j’avais l’impression de ne pas avoir le choix, d’être piégée, de mériter ce qui m’arrivait.

J’ai essayé plusieurs fois de refaire ma vie, mais il a toujours pris la liberté d’intervenir dans mes relations, même à distance. À chaque fois, il a trouvé un moyen de pression pour réintégrer ma vie. J’ai été stupide de céder, c’est vrai, mais sur le moment j’avais l’impression de ne pas avoir le choix, d’être piégée, de mériter ce qui m’arrivait.

Une lente descente aux enfers

Revenue des États-Unis, j’ai commencé une lente descente aux enfers, jusqu’à être internée pour dépression, stress post-traumatique et anorexie — il avait une obsession pour les filles maigres et je m’étais laissée embarquer dans une spirale morbide pour lui plaire.

J’ai pris conscience de la gravité de la situation quand en discutant avec une fille internée avec moi, j’ai appris qu’il m’avait trompée avec elle. Quand je l’ai appelé pour lui demander des explications, il m’a répondu qu’il savait qu’on allait être dans la même clinique, mais qu’il avait délibérément choisi de ne pas m’en informer parce qu’il n’avait pas envie d’assumer l’état dans lequel ça me mettrait.

Il m’a alors redit que j’étais un « cancer », un « poison », que « le monde se porterait mieux si je n’en faisais plus partie », et que je devrais le remercier d’être encore dans ma vie. Quand j’ai raccroché, j’étais en larmes. Je me suis regardée dans le miroir et je me suis dit : « Stop, il faut que ça s’arrête, ça va trop loin ».

Ça a été le déclic.

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Sortie de là, j’ai repris ma vie en main. J’ai pris un appart, seule. J’ai entamé des études que j’aime plus que tout au monde et trouvé cinq jobs étudiants dans le même domaine. De larve, je suis passée à hyperactive, pour oublier le passé, meubler la solitude, sortir de ma routine infernale.

Je me raccrochais à l’idée qu’il avait peut-être raison, que peut-être personne ne pourrait me supporter mis à part lui.

Cependant, plusieurs fois encore, j’ai cédé. Parce qu’il m’envoyait des messages, ou alors parce qu’étant au fond du trou dans ma solitude et ma dépression encore bien présentes, je me raccrochais à l’idée qu’il avait peut-être raison, que peut-être personne ne pourrait me supporter mis à part lui, et je le recontactais.

Puis j’ai rencontré cet autre, qui m’a sortie de l’enfer, non sans mal. Celui là qui, dès le premier soir, m’a dit que je valais mieux que toutes ces horreurs qui m’ont été infligées. J’ai rencontré celui qui m’a doucement aidée à me hisser vers une vie normale, stable.

J’ai compris qu’aucune femme ne devrait être traitée d’une telle façon

Le premier pas, c’est moi qui l’ai fait. Du jour au lendemain, j’ai ouvert les yeux sur une anomalie. J’ai compris qu’aucune femme ne devrait être traitée d’une telle façon. Aujourd’hui encore, il joue la provocation, de temps à autre. Je lui rappelle donc parfois qu’il me doit le respect et la tranquillité. Je sais qu’il ne comprendra jamais.

Cependant je pense porter plainte contre lui, pour harcèlement moral et cyberharcèlement (il tweete et lance des rumeurs à mon propos), mais également pour viol et incitation au suicide pendant notre relation.

Moi, de mon côté, je suis heureuse et épanouie. Au fond, c’est tout ce qui compte et c’est ma meilleure revanche sur la vie.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Shamecca
    Shamecca, Le 31 octobre 2016 à 12h16

    @LadyMarianne
    Merci beaucoup, ça va beaucoup mieux en ce moment. J'ai fais une main courante avant que çà se produise et après les faits j'ai porté plainte faut pas se voiler la face même la police le dit çà changera rien, il faut juste fuir et passer à autre chose.

    @cococat J'irais dans le même sens que @Gazpacho et @Inko Nito un très bon ami qui ne juge pas la situation mais qui s'intéresse qu'à toi, à tes ressentiments.
    Pas ceux qui ont juste envie de lui péter la gueule, car sur le moment c'est la dernière chose que tu veux.

    Dans mon cas c'est mon meilleur pote qui m'a aidé en partie, il est venu me voir quand je venais de me faire battre, j'étais méconnaissable, il ne m'a pas jugé une seule fois, j'ai pas vu de pitié dans ses yeux que de l'amour et de la tristesse.
    Quand çà s'est produit cette année, ici en France, c'est lui qui a appelé mon père pour tout lui expliquer. J'osais pas avouer à mes parents d'ailleurs je leur ai menti j'ai dis que j'avais fais un malaise respiratoire ... (c'est pas totalement faux hein) Cet ami là je l'en remercierais jamais assez.

    Rien ne sert de dire de partir, de fuir, que ce n'est pas de l'amour de façon catégorique et didactique ça ne marchera pas.Je ne sais pas pourquoi mais dans ce cas la logique disparaît.
    Le déclic vient de lui même, provoqué ou pas, mais seulement par la personne concernée.
    Si tu ne sais pas quoi faire, ne fais rien, ne dis rien, sois juste présent.

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